Que valent les séries Space Force, Betty, Hollywood, The Great, I Know This Much Is True ?

Comme tous les mois, la rédaction du MagDuCiné a regardé pour vous les pilotes des séries qui ont débuté ces dernières semaines. Au programme pour ce mois de mai, le rêve de l’Hollywood des années 40 ou celui de la tsarine Catherine de Russie, la communauté des skateurs new-yorkais dans Betty ou une comédie spatiale ouvertement anti-Trump avec Space Force ?

Space force : le missile fait long feu

Sur le papier, Space Force envoie du rêve. La série marque les retrouvailles du duo choc de The Office (version US), Steve Carell et Greg Daniels (qui vient juste de nous servir Upload). Aux côtés de l’acteur de Little Miss Sunshine, on retrouve John Malkovich, Noah Emmerich, Lisa Kudrow (Phoebe dans Friends), Diana Silvers… Et puis, surtout, une cible désignée, Donald Trump.
De ce côté-là, la série touche quelques fois à son but : un POTUS qui transmet ses ordres via Twitter (et avec des fautes d’orthographe, de surcroît), un général qui dénigre ceux qui ne sont pas de son avis et n’hésite pas, alors, à employer des blagues racistes, une succession de mesquineries et d’incompétences… On peut facilement se dire que cette base militaire est un microcosme représentant l’Amérique de Trump.
Le problème, c’est que l’idée n’est pas exploitée à fond. Misant avant tout sur le rythme, l’épisode pilote enchaîne les scènes sans donner l’impression d’avoir un but précis. Finalement, ce qui s’annonçait comme une critique acerbe se révèle un peu être un pétard mouillé par manque d’ambition. Et, finalement, le pilote se transforme en un one-man-show de Steve Carell (avec, comme point d’orgue, une version assez délirante de la chanson Kokomo, des Beach Boys).
Impossible de ne pas ressentir une petite déception devant ce qui aurait pu être une grande satire politique et ne devient, du moins pour cet épisode, qu’un petite pochade, certes drôle (parfois) et bien rythmée, mais qui fait long feu.

https://www.youtube.com/watch?v=l4mY2asIjWk

2.5

Hervé Aubert

I Know This Much Is True : Incroyablement poignant, irrésistiblement douloureux 

D’une qualité cinématographique, I Know This Much Is True est une minisérie dramatique de HBO à la fois intimiste et captivante. Cette histoire modeste et troublante adaptée du roman de Wally Lamb dépeint la vie de Dominick Birdsey, et son frère jumeau, Thomas, atteint de schizophrénie.

Dès le début, Dominick fait figure non pas de héros mais de martyre. Les épisodes dévoilent, lentement et cruellement, les drames qui ont ponctué sa vie.  Entre les différents épisodes schizophréniques de son frère, le cancer de sa mère, mais aussi ce qui a causé son divorce, chaque drame nous fait entrer profondément dans l’âme de cet homme insondable. Tout cela en partie grâce à la performance juste et réussie de Mark Ruffallo. Filmé presque de manière documentaire, ce drame des temps modernes pourrait être tiré d’une histoire vraie tellement il respire de vérité émotionnelle. Toujours en cours de diffusion, I Know This Much is true est une minisérie à savourer péniblement et dont on espère une issue cathartique.

https://www.youtube.com/watch?v=JDuzhrI0edQ&feature=emb_title

5

Celine Lacroix

Betty

Betty, la nouvelle comédie légère sur HBO, est une mise à jour de Girls dans l’univers du skate. Cette série, dirigée par Crystal Moselle, est une adaptation de son long métrage, Skate Kitchen, qui suit la même bande de jeunes skateuses. Janay (Dede Lovelace) et Kint (Mina Moran), tentent de créer leur propre gang de Betties (ndla : surnom adressé aux filles skateuses qu’elles se sont ré-appropriées). Un challenge de taille dans ce sport connoté plutôt masculin. Malgré des regards de travers et des petits rires moqueurs, leur session parvient à réunir Honeybar (Kabrina Adams) et Camille (Rachelle Vinberg).

En toute honnêteté, rien d’extraordinaire ne se passe en un épisode, si ce n’est leur rencontre et la recherche du sac perdu de Camille. L’occasion d’explorer les rues de New York et de découvrir la communauté des skateurs et leur culture à travers une perspective féminine. Le seul protagoniste masculin semble servir d’exemple de la misogynie intériorisée des skateurs. On s’attend alors par la suite à plus de confrontations, de la part de leur pairs masculins, et à plus faire face aux moqueries qu’elles peuvent subir pour oser être douées dans un sport dédiés aux mecs. Au final, Betty reste une série lumineuse, à la fois documentaire et sympathique à regarder d’une perspective féministe.

3

Céline Lacroix

 Hollywood : l’Age d’Or à la sauce Glee

Qui n’a jamais rêvé de devenir une star à Hollywood ? Pas grand monde il semblerait. Et c’est notamment l’impression que donne la nouvelle mini-série du même nom créée par Ryan Murphy, qui continue de produire à la chaîne pour Netflix.

Los Angeles, fin des années 1940. Jack Castello, un ancien soldat fauché, arrive dans l’espoir de devenir acteur et ainsi subvenir aux besoins de sa femme, enceinte de trois mois. Il n’a aucune expérience et beaucoup de mal à se faire remarquer par les studios, mais il est prêt à tout pour arriver à ses fins… jusqu’à se prostituer.

Si les œuvres présentant l’Age d’Or d’Hollywood sont nombreuses et nous font systématiquement replonger dans cette atmosphère unique (ses couleurs, ses costumes, ses décors et sa musique) qui nous rendrait nostalgique d’une époque que l’on n’a même pas vécue, le rêve américain semble un peu moins glamour lors du visionnage de l’épisode pilote de Hollywood. Pourtant tout est traité avec légèreté dans cette série très « woke », optimiste et inclusive, qui plaide pour plus de diversité à l’écran, mais demeure en ce sens très anachronique. Ici, l’homosexualité, l’adultère et les relations interraciales ne semblent pas du tout tabous. Si vous espériez une série historiquement fiable, passez donc votre chemin.

Mais pas forcément de quoi blâmer les créateurs de la mini-série : l’irréalisme d’Hollywood est complètement assumé et le slogan présent sur les affiches promotionnelles en est la preuve : « Et si vous pouviez réécrire l’histoire ? ». Hollywood n’est donc pas tant une série historique que l’expression d’un fantasme. Fantasme qu’incarne notre personnage principal aussi bien pour nous, qui souhaitons le voir gravir l’échelle de l’industrie, que pour ses clientes qui se succèdent dans l’espoir d’une partie de jambes en l’air.

Cette mini-série de seulement sept épisodes parle finalement moins du Hollywood de l’époque que de celui d’aujourd’hui. Une sorte hommage aux nombreuses minorités oubliées d’Hollywood, reléguées pendant des décennies aux rôles dégradants et accessoires.

3

Thomas Gallon

 

The Great : The Favorite en Russie, Huzzah !

Après Catherine The Great, la série de HBO, Tony McNamara, le scénariste de The Favorite, sort à son tour une série faussement historique et comique sur la grande impératrice de Russie. Ce n’est plus la talentueuse Helen Mirren mais Elle Fanning et son visage d’ingénue qui interprète cette fois la jeune impératrice fraîchement mariée et bercée par les idées romantiques des philosophes français. Malheureusement, le tsar Peter de Holstein-Gottorp, interprété par Nicholas Hoult est son opposé spirituel. Il joue un véritable coureur de jupon imbu de lui-même qui règne en véritable despote sadique auprès de sa cours de flagorneurs, tous aussi superficiels et incultes que lui. Une vision de la Russie barbare de l’époque fortement tournée en ridicule par des anachronismes de pensées féministes et progressistes de la part de Catherine.

Le drame réside donc dans l’incompatibilité risible du couple, ou chacune de leurs interactions tourne en scène de ménage à l’humour grinçant. Par exemple, quand Peter lui fait savoir qu’elle devrait s’estimer comblée en tant que femme de ne pas être battue, ou qu’il concède à lui offrir un ours en cadeau de mariage…

Dès le premier épisode, l’Impératrice déchante rapidement. Pour combler ce mariage malheureux, et avec le soutien de sa suivante rebelle, Marial (Phoebe Fox), elle s’engage à combattre les aprioris sur son sexe et user avec intelligence de son statut d’Impératrice pour tenter d’éduquer le peuple russe. Et pour cela, Orlov (Sacha Dawan), un conseiller érudit du roi, sera son guide et complotera à ses côtés contre la cruauté stupide de Peter.

The Great est une série qui a tous les bons ingrédients : de l’humour noir, un casting british de prestige pour jouer des personnages drôles et intelligents, le tout dans un décor d’époque insolite où s’instaurent drames, complots et romances. Facilement bingwatchable, la série devient plus dramatique que comique au fur et à mesure, et rappelle trop fortement The Favorite.

https://www.youtube.com/watch?v=hJGedvRfHYg

4

  Céline Lacroix

Festival

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Deauville 2026 : Test, la force fragile

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