Servant saison deux : l’obsession Jericho

Un bébé disparu. Une mère prête à tout. Une secte mystérieuse. La saison deux de Servant repart sur les bases posées par la saison une, mais le résultat est loin d’être aussi réussi.

La saison 1 de Servant avait été une belle surprise, misant sur une atmosphère étrange et décalée ainsi que sur la peur qu’a connue tout parent de perdre son enfant. C’était bien rythmé, vraiment énigmatique et plutôt angoissant. En bref, tout ce que ne parviendra pas à reproduire cette saison deux, qui se révèle bien faible en comparaison.
Pour mémoire, la saison une se terminait sur l’enlèvement du bébé Jericho (mais était-ce vraiment lui ?) par sa baby-sitter Leanne aidée des mystérieux et terrifiants Tonton George et Tante May. On avait d’ailleurs appris que tout ce beau monde était rattaché à une secte jugée dangereuse qui avait officiellement disparu dans un massacre quelques temps plus tôt.
Telle est donc la situation lorsque démarre le premier épisode de cette saison deux, qui s’enchaîne directement à la suite du précédent. La police est prévenue, mais comment lui expliquer qu’une femme morte depuis sept ans, gourou d’une secte qui s’est décimée, a volé un bébé mort depuis des semaines ? Cette situation renforce un des aspects savamment exploité dans la saison une et que l’on retrouve ici dans les premiers épisodes, le décalage entre le monde extérieur et ce qui se passe dans la famille Turner. Sauf qu’ici, progressivement, cette folie gagnera le reste du monde…
La solution pour les Turner consiste donc à ne rien dire aux autorités et à faire leurs recherches eux-mêmes. C’est ce qui deviendra le point central de la saison : la recherche de Jericho. Une recherche menée essentiellement par Dorothy, sa mère, pour qui cela deviendra une véritable obsession. Tout sera permis pour arriver à ses fins : s’introduire illégalement dans des propriétés, lancer des messages personnels alors qu’elle est en pleine présentation du JT, et même enlever et séquestrer des personnes qu’elle n’hésitera pas à menacer et à brutaliser.
A ses côtés, son mari Sean semble être constamment incapable de réagir. Il est sans cesse dépassé par les événements et semble se contenter de suivre les autres, que ce soit sa femme ou son beau-frère Julian.
Car dans cette folie furieuse qui se dessine là, Julian, le frère de Dorothy, n’est pas en reste. Apercevant que la très fragile santé mentale de sa sœur semble se renforcer dans cette quête d’un enfant disparu, Julian va tout miser là-dessus, mettant en scène un kidnapping avec demande fictive de rançon, etc. Il va donc contribuer à compliquer encore la situation, puisqu’il contribue à faire croire à Dorothy que son Jericho, le véritable Jericho, est toujours en vie. Or, ce sera là un des dilemmes posés à Sean : faut-il laisser Dorothy dans ses délires ou lui ouvrir les yeux sur le décès de son fils, de nombreuses semaines plus tôt ? Un dilemme à l’image de la série, entre une réalité qui paraît trop lointaine, trop inadmissible, et une fiction coupée du monde.

Tout cela partait donc très bien. Le problème, c’est que, une fois ceci posé, la saison n’a pas grand chose à nous apporter. Lorsque se termine le dixième épisode, on n’est guère plus avancé qu’avant. La faute à un scénario qui veut à tout prix maintenir les énigmes (sur le bébé, sur Leanne, sur l’oncle et la secte). A force de ne pas vouloir apporter certains éléments de réponses qui feraient rebondir l’action, la série fait du sur-place. On pourrait presque dire : une saison pour rien.
Certes, ce jugement serait à nuancer.
D’abord, la saison nous apporte quelques scènes intéressantes. Les deux premiers épisodes, réalisés par Julia Ducournau (la réalisatrice de Grave et de Titane, qui sera en compétition officielle à Cannes cette année 2021) nous réservent de belles surprises, entre autre une scène d’hypnose régressive qui est sans aucun doute la scène la plus terrifiante de la saison. Ishana Night Shyamalan se révèle aussi une excellente réalisatrice lorsqu’il s’agit de planter une ambiance anxiogène.
Le problème, c’est que ce talent de réalisation se met au service d’un scénario qui n’est pas à la hauteur. La saison est répétitive, enfermée dans cette quête de Jericho qui n’avance pas. On fait intervenir des personnages extérieurs, sans que cela ne fasse avancer les choses. Tout ce que la saison nous montre, c’est une Dorothy enfermée dans son obsession, surjouée par une actrice qui en fait des tonnes et perd ainsi toute crédibilité. Toby Kebbell, qui tient le rôle de Sean, se contente de faire une tête d’ahuri tout au long de la saison.
Si l’on cherche de belles performances d’acteurs, il faut aller voir Rupert Grint et Nell Tiger Free, les interprètes respectifs de Julian et Leanne. Le premier est formidable en un personnage s’enfonçant progressivement dans son délire, se brûlant un peu plus les ailes à chaque épisode. Nell Tiger Free, quant à elle, est peut-être la bonne raison pour voir cette saison, tant elle nous offre une Leanne ambiguë, dépassée par tous ces événements, et qui va renforcer petit à petit sa détermination. A la fois bienfaitrice et maudite, victime et tueuse, Leanne devient le personnage autour duquel tourne la saison. Un personnage insaisissable, tour à tour émouvante ou inquiétante.
A côté de cela, la série cumule les procédés qui paraissent vides de sens ou qui ne servent qu’à faire du remplissage un peu sensationnel mais sans intérêt pour l’action. En faisant de la cave le lieu maudit de la maison, les scénaristes auraient pu avoir une bonne idée… si elle avait été exploitée, et non abandonnée bêtement au bord du chemin. Sinon, les vitres qui explosent ou les pannes de courant n’apportent rien, ni dans l’action, ni dans l’ambiance.
On ne peut pas dire que ce soit mauvais, mais cette dizaine d’épisodes laisse l’impression d’une saison pour (presque) rien. Dommage.

Servant : bande annonce

Servant : fiche technique

Créateur et scénariste : Tony Basgallop
Réalisateurs : Julia Ducournau, Ishana Night Shyamalan, M. Night Shyamalan…
Interprètes : Lauren Ambrose (Dorothy Turner), Toby Kebbell (Sean Turner), Nell Tiger Free (Leanne Grayson), Rupert Grint (Julian Pearce).
Musique : Trevor Gureckis
Photographie : Marshall Adams, Gabriel Lobos
Montage : Jason Savage, Noemi Katharina Preiswerk
Production : Larissa Michel, Tony Basgallop
Sociétés de production : Blinding Edge Pictures, Escape Artists
Société de distribution : Apple TV+
Nombre d’épisode : 10
Durée d’un épisode : environ 30 minutes
Genre : fantastique
Diffusion du premier épisode : 15 janvier 2021
Etats-Unis – 2021

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Herve Aubert
Herve Auberthttps://www.lemagducine.fr/
"professeur de français, j'ai découvert le cinéma grâce aux films de Spielberg des années 80, mais je suis vraiment devenu cinéphile avec John Huston (Quand la ville dort) et Akira Kurosawa (Le Chateau de l'Araignée), Humphrey Bogart (Le Faucon Maltais) et Marlon Brando (Sur les quais). Appréciant aussi bien le cinéma classique que moderne, les séries des années 60 que celles des années 2010, c'est de la diversité que je tire mes plaisirs."

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