Manon 20 ans, une série de Jean-Xavier de Lestrade : critique

Trois ans après nous avoir laissé sur son lumineux sourire plein d’espoir, Jean-Xavier de Lestrade retrouve Manon 20 ans sur le chemin de la vie. Entre douceur, honnêteté et refus de renoncer, Alba Gaia Bellugi offre à Manon la force de grandir, de dire « non » et d’aller vers son destin tout le long de trois épisodes diffusés sur Arte.

Six fois Manon

Manon était crises, cris et refus quand elle est entrée dans un centre éducatif fermé à 15 ans. C’était la première fois que nous croisions Manon et elle nous bouleversait totalement avec sa bouille fermée, son corps si frêle et sa rage. Cette rage, plus que la contenir, Manon a appris à l’apprivoiser. Par le théâtre, mais aussi la confiance et le regard que certains ont bien voulu lui offrir. On l’avait quittée sur un sourire. Et un sourire de Manon, c’est précieux. Jean-Xavier de Lestrade l’a bien compris, c’est pourquoi il traque chaque mouvement sur le visage de son interprète Alba Gaia Bellugi qui est toujours au cœur de Manon 20 ans. Manon a grandi mais reste intranquille, elle refuse de renoncer, de lâcher prise. Elle voudrait être mécano, mais dans un monde d’hommes, ce n’est pas encore gagné. La voilà donc, non sans mal, propulsée à l’accueil où on lui demande d’être tout ce qu’elle n’est pas vraiment: une jolie poupée qui répond au téléphone. Deux personnages façonnent alors son désir naissant (elle a laissé tomber un ancien amour qui la trompait ouvertement) : la communicante du garage, Jennifer portée par Deborah François, qui la fait s’approprier son corps et Bruno (Théo Cholbi) qui tente de la dompter tout en adorant sa spontanéité, ce qui ne sera pas sans créer quelques étincelles. Au milieu de tout ça, Manon continue de tout dévaster sur son passage, de déconstruire en quelque sorte les attentes. La voilà fragile et forte à la fois, tendue, perdue, mais aussi sûre de ses choix. S’imposer ne sera jamais facile, mais une chose est certaine : Manon ne se laissera pas mettre en cage par la société.

Après la tempête

Toujours à l’affût du moindre mouvement, de l’imperceptible changement, du calme avant la tempête, Jean-Xavier Lestrade accompagne de nouveau Manon avec une grande bienveillance dans ces trois épisodes sur le fil du rasoir. A l’aide d’une BO fidèle aux états d’âme, ou du moins aux mouvements de Manon (ceux de la crise au sourire), le réalisateur prend le temps d’observer son héroïne. Il fait surtout le pari de la laisser s’opposer à cette société qui voudrait l’enfermer, la calmer. Elle refuse ce que l’on construit pour elle, cherche toujours sa voix. Cette fois, le théâtre même ne la canalisera pas, elle s’émancipe d’une vision trop réductrice de cet art pour n’en garder qu’une envie : celle de vivre. Telle une Nina à la Tchekhov, de laquelle elle rejette l’instinct de mort pour choisir la rage de vivre, Manon décide de déployer ses ailes de mouette pour planer au-dessus de la mer. La très douce dernière scène de la série – avec enfin le si attendu sourire – le souligne avec tendresse. Alba Gaia Bellugi offre de nouveau tout ce qu’elle a de spontanéité de douceur et de force à ce personnage passionnant auquel on veut tendre la main, tout en sachant qu’elle se relèvera toujours seule. Les scènes de confrontation entre Manon et sa mère (Marina Foïs) n’ont rien perdu, elles non plus, de leur rage et ce n’est pas le père qui apaisera ce climat tempétueux que seule Manon sait créer, comme personne. La lumière ne tient qu’à sa capacité à persévérer dans la voie qu’elle s’est choisie. Une réussite incontestable.

Retrouvez Manon 20 ans et 3 x Manon sur Arte+7 jusqu’au jeudi 8 juin

Manon 20 ans : Bande-annonce

Manon 20 ans : Fiche Technique

Réalisation : Jean-Xavier de Lestrade
Scénario : Antoine Lacomblez, Jean-Xavier de Lestrade
Avec : Alba Gaïa Bellugi (Manon Vidal), Déborah François (Jennifer Bressan), Théo Cholbi (Bruno), Yoann Blanc (M. Hervé), Charlie Nelson (François Losmel),
Claire Bouanich (Lola), Marina Foïs (Monique)
Son : Antoine Mercier, Dominique Lacour
Costumes : Valérie Mascolo
Décors : Léa Philippon
Image : Isabelle Razavet
Montage : Sophie Brunet
Musique : Alexandre Lessertisseur
Production : Image et Compagnie, ARTE
Productrice : Nicole Collet
Pays :France
Année : 2016

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Chloé Marguerittehttps://www.lemagducine.fr/
Diplômée en journalisme de l'ESJ Paris, je suis passée par mille et une péripéties culturelles et littéraires au cours de mes études : théâtres, ciné et prépa avant de débarquer à Paris pour me lancer dans le journalisme et la communication. Passionnée par l'art en général et par le cinéma en particulier, j'écris principalement des critiques et autres analyses filmiques.

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