Allegiance, Une Série De George Nolfi: Critique

Erreur de timming

Si la série Allegiance avait été produite dans les années 80, le succès aurait probablement été au rendez-vous et elle n’aurait pas été déprogrammée dès le sixième épisode, pour agoniser dans les limbes d’internet. Mais le public est exigeant de nos jours, il demande toujours plus de qualité et que chaque nouvelle série soit potentiellement cette série mythique qui enterrera la précédente. Allegiance vise malheureusement à côté de la cible…à côté de toutes les cibles en fait et parvient péniblement à tirer un maigre chaland de quelques spectateurs égarés.

Syndrôme 9/11

Il y avait un potentiel pourtant, bien sûr il s’agit d’une énième histoire de terrorisme qui réchauffe une nouvelle fois les attentats du 11 septembre 2001. Mais cette idée d’une famille d’espions transfuges, victimes et prisonniers de leurs passés, présageait de mieux que ça. Alors quelle idée que d’être allé nous placer cette éternelle « doctrine » de la haine de la Russie ? Car, même si le contexte politique s’y prête, même si les Russes de la série ne sont pas tous caricaturaux, cette recette accouche d’un plat qu’on a bien assez savouré et qui finit par écœurer.

Du sang !

Puis c’est trop propre tout ça, ça sent le terrorisme de salon. Il y a des héros qui souffrent, c’est vrai. Mais le public a pris goût à l’ignoble, à la monstruosité sans limites de Homeland, au cynisme arrogant de House Of Cards. Car en fin de compte, voilà le problème d’Allegiance, c’est que la morale est sauve. Que les gentils, même s’ils sont un (tout petit) peu ambigües, sont bien identifiables et identifiés. On se salit les mains, mais on sait tout de suite que c’est pour la bonne cause. Les scénaristes n’amènent pas le spectateur à remettre en cause ses valeurs morales. La morale ici, est prémâchée pour rendre tout ça bien digeste, que rien ne reste sur l’estomac.

Platitude

Jusque dans la mise en scène on ressent cette absence de proposer quelque chose, de remuer les tripes du spectateur. Là où les séries les plus ambitieuses se donnent les moyens du cinéma, Allegiance est plat. Alors là aussi c’est propre, tout roule sans anicroche, mais que c’est ennuyeux une mise en scène sans audace, sans un montage qui prend des risques, sans aucune imagination pour les transitions. C’est dommage, parce-que ce seul élément aurait pu suffir à décupler l’intérêt pour Allegiance.

Et molitude

Même chose pour les acteurs en fait, plutôt bons dans l’ensemble, mais cantonnés à des rôles très balisés. Des rôles qui ne leur ont certainement pas permis de proposer quoi que ce soit aux metteurs en scène. Que dire de Gavin Stenhouse (American Horror Story) dans son rôle de petit génie qui nous fait croire que l’intelligence rendrait associable, limite autiste. Hope Davis (Cœurs Perdus En Atlantide, L’Expérience Interdite) et Scott Cohen (L’Echelle De Jacob, Love Et Autres Drogues) qui jouent ses parents semblent ne même pas profiter de leur expérience. On joue, mais on joue peu. Margarita Levieva (La Défense Lincoln, Toy Boy) de son côté est belle, très belle. Quoi d’autre ? Rien… Finalement c’est Morgan Spector qui s’en tire le moins mal. Même si son jeu d’espion russe est un peu appuyé, c’est bien lui qui laisse le moins indifférent.

The Sound Of Silence

L’indifférence est le mot qui colle le mieux à la peau de cette série, tellement inoffensive. Les personnages sont beaux et propres sur eux, les méchants sont très cruels les gentils, des victimes évidentes. Rien de louche dans cette série, rien qui vient déranger, ce qui explique peut-être son échec. Nous sommes dans des sociétés qui, même si elles ne trouvent pas les réponses, sont en train de se poser beaucoup de question. Même si on ne s’attend pas à ce que les séries d’aujourd’hui apportent des réponses, on aimerait au moins qu’elles nous les posent, ces questions. Mais du côté d’Allegiance, silence radio…

Synopsis: Alex est un  petit génie, décoré de l’armée et recruté par la C.I.A. comme analyste. Ce qu’il ne sait pas c’est que ses parents sont d’anciens espions soviétiques qui vont être « réactivés » par les services secrets russes? pour préparer un terrible attentat contre les U.S.A.

Trailer – Allegiance

Fiche Technique – Allegiance 

Création : George Nolfi

Pays : U.S.A.

Diffuseur : NBC

Format : 13 épisodes de 42’

Distribution : Scott Cohen, Hope Davis, Margarita Levieva, Gavin Stenhouse & Alexandra Peters

Festival

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.

Newsletter

À ne pas manquer

Toy Story 5 tire la corde vers l’infini et au-delà

"Toy Story 5" déçoit malgré une belle animation. Woody trahit sa fin du quatrième opus, Buzz reste secondaire et c'est Jessie qui porte tout le poids émotionnel du film. Un scénario qui ne décolle jamais, des décors paresseux... Disney a-t-il fini par essorer sa propre saga ?

The Christophers : le prix des âmes

Le dernier Soderbergh : grand petit film sur les affres de l'art au temps de son extrême marchandisation. "The Christophers" brasse avec finesse la question de la valeur d'une œuvre et de la place de l'artiste dans un monde qui fétichise la marchandise. Entre un vieux peintre cabotin et une jeune faussaire en quête de vengeance, Soderbergh opacifie savamment un scénario trop convenu pour mieux révéler les contradictions profondes des artistes, empêtrés entre beauté, gloire et compromissions.

Le Cuirassé Potemkine : cent ans de rage intacte

Cent ans après, "Le Cuirassé Potemkine" revient en salles avec une musique inédite signée Pet Shop Boys. Chef-d'œuvre du cinéma muet, le film d'Eisenstein n'a rien perdu de sa puissance subversive. La rage de ceux qu'on écrase n'a pas de date de péremption.

Ma famille chérie : entre tornade émotionnelle et grâce cassavetienne

Maelström d'émotions, caméra à l'épaule et visages en gros plan avec "Ma famille chérie". Isild le Besco signe un ouragan familial tendre et survolté, entre fulgurances cassavetiennes et grâce mélancolique d'Élodie Bouchez.

L’affaire Zanetti : Confessions d’une meurtrière

Dans un centre pénitentiaire italien, Elisa Zanetti, condamnée pour le meurtre de sa sœur, entame des entretiens avec un criminologue qui ravivent un passé familial trouble. Entre huis clos oppressant, flashbacks maîtrisés et performances intenses, le film interroge la portée réelle d’un travail de reconstruction face à un crime irréparable.

Off Campus : les hockeyeurs mis à nu

Après le succès de "L'été où je suis devenue jolie", Prime Video offre avec "Off Campus" une nouvelle romance destinée aux jeunes adultes. La série relate les histoires d'amour de quatre amis hockeyeurs, partageant leur temps entre les études, les matchs et les conquêtes féminines. Malgré son déroulé très convenu, "Off Campus" compose une romance agréable à condition de l'accepter pour ce qu'elle reste : une série ado qui mise sur le sex-appeal de ses acteurs pour attirer ouvertement le public féminin. Oubliable, mais pas déplaisant.

Spider-Noir : dans les toiles de la Grande Dépression

Après des années de flops et de faux espoirs, Sony surprend tout le monde avec "Spider-Noir", disponible sur Prime Video. Nicolas Cage incarne un Spider-Man vieillissant et désabusé dans le New York de la Grande Dépression. Un polar élégant, une esthétique soignée, et une belle réussite qu'on n'attendait plus vraiment.

Harry Hole : Le Prince d’Oslo

Oslo, caniculaire et putride, sert d’écrin à la nouvelle série événement de Netflix : Harry Hole (L'Etoile du Diable). Cette plongée vertigineuse dans l’univers du maître du nordic noir Jo Nesbø tient toutes ses promesses. Scénarisée par l’auteur lui-même, la série emprunte à son œuvre son tempo punk rock, son écriture torturée, sa mise en scène à l'esthétique graphique et ses personnages hantés.