L’Affaire SK1, un film de Frédéric Tellier – Critique

Il y a des films dont la sortie, par le hasard plus ou moins malheureux du calendrier et de l’actualité, trouvent un écho tout particulier. L’Affaire SK1 sortait donc ce mercredi 7 janvier, un jour devenu dans l’imagination des médias l’équivalent Français du 11 septembre.

Synopsis : Paris, 1991. Franck Magne, un jeune inspecteur fait ses premiers pas à la Police Judiciaire, 36 quai des Orfèvres, Brigade Criminelle. Sa première enquête porte sur l’assassinat d’une jeune fille. Son travail l’amène à étudier des dossiers similaires qu’il est le seul à connecter ensemble.

Les Experts Paris

Alors que s’entamait une chasse à l’homme au niveau national, qui allait aboutir à la mort des deux frères responsables du massacre des journalistes, et tandis que la psychose s’installait à Paris au rythme du bruit des balles résonnant de Porte de Chatillon à Porte de Vincennes, voilà qu’arrive sur les écrans le résumé d’une autre traque, d’un autre genre, qui avait lieu presque deux décennies auparavant. L’Affaire SK1 résume l’enquête autour des crimes commis par Guy George, le tueur de l’Est Parisien, sur presque dix ans. Un film qui trouve donc un triste écho cette semaine.

Une affaire bien trop complexe

Frédéric Tellier, le réalisateur, a consacré des années à ce projet. Metteur en scène venu du monde de la télévision, il a lui-même mené l’enquête pendant des années, afin de retranscrire au mieux l’ambiance dans le milieu de la PJ, les détails de la chasse à l’homme qui a eu lieu et toutes les fausses pistes suivies par les inspecteurs et les hommes de la Criminelle. Un travail de reconstitution gigantesque, qui permet une reconstitution minutieuse de l’affaire dans ses moindres détails. Malheureusement, si on ne peut que louer ce souci de réalisme, il faut reconnaître que cette précision dessert le film.

Suivre ainsi de A à Z une enquête qui a duré des années, a accaparé des dizaines, voire des centaines de flics, est un projet sans doute trop ambitieux, surtout sur deux heures de film. Tellier tente d’humaniser cette traque en mettant en avant le travail de Frank Magne mais, dans son souci de coller à la réalité, passe de personnage en personnage sans vraiment prendre le temps de creuser les personnalités. De plus, le déroulé de l’enquête fait que l’on saute ainsi de scène en scène, d’année en année, sans prendre le temps de s’installer, de découvrir les enjeux de telle ou telle agression. Le film prend ainsi un aspect catalogue qui nuit à l’immersion.

Classique et bancal

D’autant que le scénario, dans sa structure, manque d’originalité. Le film débute lors du procès, puis déroule la chasse à l’homme en séquences flashbacks. Des aller-retour pas franchement justifiés, et pas forcément bien construits ou mis en valeur. L’histoire en elle-même est plutôt cliché, avec certaines séquences bien trop classiques pour convaincre car déjà vues mille fois. L’histoire d’amour entre Magne et sa fiancée tombe ainsi comme un cheveu sur la soupe, et aurait probablement pu laisser place à des scènes supplémentaires.

Si l’on sent la passion sincère de Tellier pour son sujet, et son désir de retranscrire au plus près ces dix années qui auront fait trembler Paris, difficile de se projeter dans ce qui ressemble plus à un Faites entrer l’accusé qu’à un film. Une sorte de reportage aux qualités cinématographiques indéniables, mais à la construction brouillon. Mieux aurait valu, peut-être, se concentrer sur un moment précis de la traque, afin de mieux faire sortir la tension. L’Affaire SK1 se regarde sans déplaisir, mais se rattrapera sans problème lors de sa rediffusion sur TF1 accompagné d’un documentaire sur Guy George.

L’Affaire SK1 – Fiche Technique

Français – 2015
Drame, Policier
Réalisateur : Frédéric Tellier
Scénariste : Frédéric Tellier, David Oelhoffen, d’après l’oeuvre de Patricia Tourancheau
Distribution : Raphaël Personnaz (Franck Magne), Nathalie Baye (Frédérique Pons), Olivier Gourmet (Bougon), Adama Niane (Guy George)
Producteurs : Julien Madon, Julien Leclercq
Directeur de la photographie : Matias Boucard
Compositeur : Christophe La Pinta
Production : Labyrinthe Films
Distributeur : SND

Auteur : Mikael yung

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