Mad Max 2 : Gazolina

En réalisant la suite du premier opus de la saga Mad Max, George Miller consolidait ce qui deviendra une légende, avec une mémoire, un mythe, incarné par l’exceptionnel Mel Gibson, à la fois mutique, traumatisé et sauveur éphémère. Soit la présence d’un acteur comme une ombre dans le désert. Une grande réussite qui est devenue une référence, malgré le succès de l’épisode Fury Road.

Mad Max 2 est un chef-d’œuvre que l’on revoit l’air fasciné.

L’introduction est déjà un petit tour de force, en noir et blanc. La voix est elliptique, d’une neutralité morbide. La musique prend de l’ampleur. Elle orchestre la mort d’une époque. La diplomatie tient avec des bouts de ficelles. La silhouette de Mel Gibson est d’un effroi absolu. Un bijou de noirceur.

Puis la couleur.

Prolongeant le premier épisode, glaçant et sans pitié, le film porte sa caméra sur le personnage principal qui est rendu mythologique. Le long-métrage hérite de la tragédie radicale de Max, ici exploitée en toile de fond, sans démonstration directe, comme en écho au précédent opus. C’est son traumatisme, provoqué par la mort lapidaire de sa famille, qu’il porte sur ses épaules, sa jambe cassée, son regard moribond dans un contexte de « re-civilisation ».

Les gens fabriquent une pseudo-société et essayent de survivre en s’habituant au barbarisme quotidien.

Physionomie du désert

La saga Mad Max est devenue l’archétype d’un genre : motorisations bruyantes, bitume en lignes jaunes, plaines désertiques, poursuites, fusil double canon, silhouette bancale, héros proche du mutisme, etc. Cette mythologie contient une cohérence interne qui est parfaitement rodée, travaillée, avec ses thèmes dramatiques et ses enjeux exposés impeccablement et sans fioritures, comme dans une arborescence.

La civilisation, les pulsions humaines, l’exploitation sauvage des ressources, la survie, les intérêts individuels et communs… La mythologie Mad Max utilise ces thèmes dans un esprit de synthèse et d’articulation.

Caméra sur bitume

Sur la forme, le montage profite d’une habilité technique remarquable, qui intègre des séquences pyrotechniques ébouriffantes, parfois courtes et survoltées, mais aussi des parties plus longues, dont le sens aiguisé de l’accumulation et de l’enchevêtrement impose le respect.

Il se met en place à l’écran un mariage naturel, d’une manière qui peut être inconsciente, entre l’art du montage d’une part et celui de la conduite d’autre part. Il y a dans ces deux exercices des points similaires dans la façon de maitriser et gérer un flow.

Cette analogie se manifeste brillamment dans la dernière partie du long-métrage à travers un déluge sur bitume grisant de près d’une demi-heure, qui relève d’un coup de maitre.

Ne reste alors qu’un dernier traveling arrière, sur le profil de Max, de plus en plus lointain, comme un souvenir.

Routes, bolides, pétrole, pillage, désert, solitaire, sang, chien, enfant sauvage, le champ lexical du film nous transporte dans la vitesse et la quête de la survie. Une œuvre marquante, qui choque le spectateur pour mieux l’emmener dans la poussière et la rédemption.

Bande-annonce – Mad Max 2 : Le Défi

Synopsis : Dans un futur non défini, les réserves de pétrole sont épuisées et la violence règne sur le monde. Max, un ancien de la sécurité routière, se porte aux secours d’une communauté de fuyards aux prises avec des pirates de la route. La bataille se concentre autour de la réserve d’une raffinerie.

Fiche Technique – Mad Max 2 : Le Défi

Titre américain : The Road Warrior ou Mad Max 2: The Road Warrior
Réalisation : George Miller
Scénario : George Miller, Terry Hayes et Brian Hannant
Musique : Brian May
Direction artistique : Graham Walker
Costumes : Norma Moriceau
Photographie : Dean Semler et Geoffrey Simpson (seconde équipe)
Montage : Michael Balson, David Stiven et Tim Wellburn
Société de production : Kennedy Miller Productions
Société de distribution : Warner Bros.
Budget : 4 millions de dollars australiens
Pays de production : Australie
Langue originale : anglais
Format : couleur et noir et blanc – 35 mm (et négatif 65 mm pour les scènes d’explosion) – 2,20:1 (copies 70 mm) – son stéréo 6 pistes magnétiques et 2,35:1 (copies 35 mm) – son Dolby stéréo
Genre : action, Science-fiction post-apocalyptique, dystopie, western, road movie
Durée : 95 minutes
Dates de sorties : Australie (24 décembre 1981) ; France (11 août 1982)
Casting : 
Mel Gibson (VF : Patrick Floersheim) : Max Rockatansky, dit « Mad » Max ; surnommé le « Guerrier de la route » (The Road Warrior en VO) par le narrateur
Bruce Spence (VF : Jacques Balutin) : le pilote de l’autogire (Gyro Captain en VO)
Mike Preston (VF : Denis Savignat) : Pappagallo, le leader de la communauté de la raffinerie
Max Phipps (VF : Yves Barsacq) : Toadie, le porte-paroles d’Humungus
Vernon Wells (VF : Michel Barbey) : Wez, le motard à la crête iroquoise rouge et adjoint de Humungus
Emil Minty : l’enfant sauvage (Feral Kid en VO) de la communauté
Kjell Nilsson (VF : Henry Djanik) : le seigneur Humungus, chef des pirates de la route
Virginia Hey : la femme guerrière de la communauté de la raffinerie
Arkie Whiteley (VF : Joëlle Fossier) : la jeune femme blonde de la communauté
William Zappa (VF : Michel Bedetti) : Zetta, un membre de la communauté
Steve J. Spears (VF : Jacques Ferrière) : le mécanicien de la communauté
Syd Heylen : Curmudgeon
Moira Claux : Big Rebecca
David Downer (VF : Maurice Sarfati) : Nathan
David Slingsby : l’homme tranquille
Harold Baigent (VF : Dominique Paturel) : le narrateur (voix)

Note des lecteurs1 Note
4.5

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Oka Liptus
Oka Liptushttps://www.lemagducine.fr
Le raffinement, la sophistication de la langue française sont ma plus grande histoire d'amour. J’essaie autant que je peux d’en faire part dans mes critiques. Spécialiste des films classiques, car je suis un vieux ringard, qui estime que c’était mieux avant. Le cinéma est une industrie, et parfois, un art. Je tente de mettre l’art en avant. Un grand réalisateur a dit un jour que le quotidien serait ennuyeux à filmer. C’est tout l’objectif du cinéma : magnifier, passer des messages forts et, parfois, nous restituer la logique flottante des rêves.

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