Wolf Man : la nuit des chasseurs

Les films de monstres continuent d’envahir les salles à coups de crocs. Ce fut récemment le cas avec The Substance ou le dernier remake de Nosferatu, quand ils ne sont pas relégués à la VOD comme La Bête enfouie. Wolf Man s’inscrit donc dans cette continuité. Cette nouvelle adaptation, stimulée par des idées visuelles et sensorielles intéressantes, ne parvient pourtant pas à concilier ses envies de frissons et de tragédie familiale.

Synopsis : Et si quelqu’un que vous aimiez devenait autre chose ?

Maillon indispensable aux succès de James Wan avec Saw, Dead Silence et Insidious, puisqu’il en a été le scénariste, Leigh Whannell s’est rapidement affirmé comme un technicien accompli derrière la caméra. En apprenant beaucoup de Wan, il se familiarise avec la réalisation sur le troisième chapitre d’Insidious, avant de confirmer son savoir-faire avec Upgrade, un vigilante movie plus audacieux et spectaculaire que ne peut être un épisode trop lissé de John Wick. Il y utilise le langage de la science-fiction pour mieux caractériser son personnage principal, mutilé et profondément traumatisé. Il n’est donc pas étonnant qu’on le courtise ensuite afin de restaurer l’honneur des monstres popularisés par Universal, sous la tutelle de Blumhouse.

Le réalisateur australien propose alors son reboot d’Invisible Man, porté par Elisabeth Moss, où il réinterprétait les capacités de l’homme invisible pour en faire une étude psychologique à travers l’emprise masculine et toxique dans un couple. Le résultat a convaincu et a confirmé une volonté de prendre de la distance avec des modèles franchisés, comme lorsque Universal Pictures souhaita relancer le cycle des monstres avec Dracula Untold en 2014, puis La Momie trois ans plus tard, dans l’objectif d’aboutir à une itération de La Ligue des gentlemen extraordinaires, ou simplement des Avengers. Aujourd’hui, le défi reste dans la même veine : réintroduire un monstre bien connu des mythologies et autres folklores, en laissant une tragédie familiale et intime guider le spectateur à travers un bain de sang inévitable.

Animal Kingdom

La bête du Gévaudan, Le Chien des Baskerville, Hurlements, Cujo ou autres sagas populaires (Harry Potter, Twilight, Underworld)… Il existe suffisamment de variantes de canidés qui ont désormais leur place dans les récits de fiction, plus ou moins dans une tonalité fantastique. Celle du loup-garou est la plus populaire, car il est bien connu qu’aux soirs de pleine lune, la malédiction des lycanthropes s’active, décuplant et libérant ainsi toute la bestialité des hôtes. C’est en tout cas ce qui préoccupe Whannell dans la représentation de sa créature, ou plutôt du père de famille qui se métamorphose et qui perd peu à peu toute son humanité. Comment protéger sa famille du danger de l’extérieur comme de l’intérieur dans ces conditions ? Personne n’avait prévu que des vacances dans la maison d’enfance de Blake (Christoplher Abbott) tournerait aussi mal. Une créature rode autour de leur refuge, tandis qu’une nouvelle menace se profite de l’intérieur. Le père voit rapidement son apparence et ses aptitudes changer…

Le moment le plus attendu reste la transformation physique de l’hôte, prouesse maintes fois imitée mais qui égale rarement celle du Loup-garou de Londres. Whannell n’est pas dupe sur ce point et contourne cette attente en laissant lentement Blake perdre pied sur son identité et son humanité. De fait, cela rend sa chute beaucoup plus tragique, car tout l’enjeu de son arc réside dans son endurance et dans son amour pour sa famille. En adoptant son point de vue, la photographie de Stefan Duscio nous immerge dans les nouveaux sens de Blake, de sa nyctalopie à son instinct de chasseur. Quant à Whannell, il se saisit de cette faculté pour mettre le doigt sur l’incompréhension verbale entre le père et son épouse, afin d’accentuer les failles de leur couple. Sans non plus dépendre de cette démarche innovante, les comédiens ont beaucoup à exprimer par le non-dit. Malheureusement, le drame familial se fait rapidement écraser par la dimension survivaliste du film, dans tout ce qu’elle a de plus cru à nous offrir. L’économie des effets spéciaux par des effets pratiques et un décor rural néo-zélandais nous convainc, malgré des défauts d’écriture et de rythme. Ce qui est fatal dans un huis clos de cette envergure, car la plongée dans l’angoisse ne mise que sur l’attente et le hors-champ, à tel point que la chute horrifique n’est pas à la hauteur de ces avant-goûts psychologiques. Ce qui peut paraître bancales dans cette histoire était pourtant l’un des points fort de Invisible Man.

Au clair d’une demi-lune

Pour compenser le tout, le récit hérite ensuite d’une narration miroir sur la relation père-fils en introduction et mère-fille en conclusion. Cependant, l’observation s’arrête là car le film reste avare en dialogues, ce qui ne peut que limiter les évolutions de personnages lorsque toute l’intrigue se déroule pendant son seul acte nocturne. Charlotte (Julia Garner) et Ginger (Matilda Firth) partagent assez peu de choses pour que les démonstrations d’instincts protecteurs de la mère en deviennent artificielles. Certaines réactions nous donneraient presque à y voir de la bisserie de luxe, mais rien d’aussi accablant que le divertissement décérébré et anachronique du Loups-garous sur Netflix, fort heureusement. La famille et l’amour ont toujours été de précieux carburants pour générer de l’empathie pour les personnages. Comme pour le Wolfman porté par Benicio del Toro et Anthony Hopkins, ce film reste maladroit avec ces notions. En revanche, celui de 1941 possède une puissance émotionnelle encore intacte aujourd’hui, contribuant ainsi à son succès public et critique. Il est malheureusement regrettable que cette ultime version de Wolf Man assure un divertissement correct, sans prise de risques. Ou plutôt sans exploiter ses brillantes idées jusqu’au bout.

Tandis que The Bride, relecture La Fiancée de Frankenstein écrite et réalisée par Maggie Gyllenhaal, devrait arriver en salles l’automne prochain, Whannell nous convainc que de nouvelles approches contemporaines sont possibles pour les monstres emblématiques d’Universal, soit en préservant un climax anxiogène autour d’un drame familial comme ici avec Wolf Man, ou en détournant les shots d’adrénaline et les giclées de sang comme dans l’amusante Abigail (remake de La Fille de Dracula). Qu’importe la voie à suivre pour peu qu’elle reste cohérente et assumée, car il ne nous reste qu’une amère saveur de déception dans ce petit film aux grandes ambitions.

Wolf Man – Bande-annonce

Wolf Man – Fiche technique

Réalisation : Leigh Whannell
Scénario : Leigh Whannell, Corbett Tuck, Lauren Schuker Blum et Rebecca Angelo, d’après le scénario du film Le Loup-garou écrit par Curt Siodmak
Interprètes : Christopher Abbott, Julia Garner, Matilda Firth, Sam Jaeger, Benedict Hardie, Ben Prendergast, Zac Chandler, Beatriz Romilly, Milo Cawthorne
Photographie : Stefan Duscio
Décors : Ruby Mathers
Costumes : Sarah Voon
Montage : Andy Canny
Musique : Benjamin Wallfisch
Producteur : Jason Blum
Producteurs délégués : Ken Kao, Beatriz Sequeira, Melanie Turner, Leigh Whannell
Production : Blumhouse Productions, Motel Movies
Pays de production : États-Unis
Distribution France : Universal Pictures International France
Durée : 1h43
Genre : Épouvante-horreur, Fantastique, Thriller
Date de sortie : 15 janvier 2025

Wolf Man : la nuit des chasseurs
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2.5

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Jérémy Chommanivong
Jérémy Chommanivonghttps://www.lemagducine.fr/
Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

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