Guy Ritchie’s The Covenant : Memories of saviors

Un pavillon d’alliance est dressé par un Guy Ritchie en exploration. Malheureusement, la route qu’il emprunte avec The Covenant est balisée par une démarche didactique. Qu’est-ce que l’héroïsme, si ce n’est une dette à payer ? Ça, le metteur en scène en est conscient, mais il intervient trop tard pour exploiter le filon dramatique qu’il convoque de manière anecdotique.

Synopsis : Lors de sa dernière mission en Afghanistan, le sergent John Kinley fait équipe avec l’interprète Ahmed pour arpenter la région. Lorsque leur unité tombe dans une embuscade au cours d’une patrouille, Kinley et Ahmed sont les seuls survivants. Alors que des combattants ennemis les poursuivent, Ahmed risque sa vie pour transporter Kinley, blessé, en sécurité. De retour sur le sol américain, Kinley apprend qu’Ahmed et sa famille n’ont pas obtenu la possibilité d’entrer aux Etats-Unis comme promis. Déterminé à protéger son ami et à rembourser sa dette, Kinley retourne dans la zone de guerre pour récupérer Ahmed et les siens…

Il est bien loin de son île britannique et de ses mimiques visuelles ou narratives qui font de Guy Ritchie un auteur qui stylise tout, même une simple conversation téléphonique. Le cinéaste retrouve Ivan Atkinson et Marn Davies à l’écriture. Depuis leur version adaptée du Convoyeur de Nicolas Boukhrief, Un Homme en Colère suscitait une vague de modestie pour un cinéaste qui a su refouler ses émotions, à l’image de son héros ténébreux. Ici, on pense également à retenir son souffle, mais moins à laisser un quelconque inhibiteur agir sur la conscience de soldats et de civils, en infiltration dans un pays qui ne leur appartient pas, ou plus du tout.

Mémoires de nos frères

Nous ne plongeons pas dans un film choral comme les autres. La narration reste linéaire de bout en bout et ne dévie pas une seconde de sa démarche. Différents textes viennent compléter les cartons d’introduction afin de nous présenter les protagonistes. Dans leurs uniformes, compliqué de les caractériser. Ce procédé cherche donc à établir le contact entre le spectateur et ces hommes, venus du coin ou d’ailleurs pour mener une lutte contre un régime qui opprime ses citoyens. Cependant, venir plus armé que jamais ne peut que provoquer des escarmouches musclées avec ceux qui ont besoin d’intermédiaires pour se faire comprendre.

Le sergent John Kinley se place effectivement là et Jake Gyllenhaal possède la partition la plus délicate à jouer, tout en tenant compte des traits irrévérencieux des personnages dandys que Ritchie a l’habitude d’écrire. L’héroïsme mal placé est rangé au placard (Horse Soldiers), tandis que le désespoir se cache dans chaque plan. Cette démarche a le mérite d’être honnête et ne faillit pas dans sa mission. Ce point de vue-là a largement été discuté dans Du sang et des larmes de Peter Berg et dans d’autres œuvres qui dénonce une crise par le biais d’opérations militaires en déroute. Il ne s’agit plus de faire la guerre, mais bien d’en revenir.

Ahmed (Dar Salim) est un soi-disant interprète têtu qui a autrefois été anéanti par les mensonges de ses pairs. Son service sous la bannière étoilée est le prix qu’il doit payer afin de pouvoir demander l’asile aux États-Unis, qui ont le monopole sur un pays divisé par la peur d’un côté, et la violence radicale de l’autre. Ahmed choisit de préserver sa famille et il trouvera tout le soutien nécessaire pour que tout se passe pour le mieux. Son instinct le guide et n’entrave pas son jugement, contrairement à la chaine de commandement souvent défectueuse de l’armée américaine, qui doit toujours s’en référer au supérieur ne serait-ce que pour avoir le droit de vivre consciencieusement.

Mémoires de nos peines

« Celui qui désespère des événements est un lâche, mais celui qui espère en la condition humaine est un fou. » Nous n’irons pas jusqu’à dire que cette œuvre applique à la lettre les pensées philosophiques d’Albert Camus, auteur de L’Étranger, mais nous constatons que celles-ci irriguent ses thématiques principales. Lorsqu’une opération tourne mal et que Kinley et Ahmed sont les seuls survivants, traqués sur les plateaux arides de la région, leur complémentarité jongle souvent avec leur dualité. Le sergent a beau encaisser les coups, il lui manquera de la jugeotte pour espérer revoir un jour sa femme et ses enfants.

Le linguiste donne alors tout ce qu’il a pour exfiltrer son employeur, qui a laissé de nombreux camarades derrière lui. C’est dans ces moments que le cinéaste puise dans ses ressources pour filmer autre chose que des marionnettes humaines. Il essaye et il s’efforce de contempler le décor naturel du sud-est espagnol, créant l’illusion d’une trajectoire accidentée et crédible. Hélas, cela ne représente qu’une infime partie d’un récit qui ne sait pas sur quel pied danser.

Les promesses de l’administration américaine sont mises en échec dans une seconde partie nettement plus prometteuse et qui part sur des bases nouvelles. L’intrigue aurait très bien pu se passer de sa première heure et démarrer à partir du soudain rapatriement de John, commotionné et qui a laissé un bout de son voyage en Afghanistan. Et sans tomber dans le piège des flashbacks à outrance, l’effort monstrueux d’Ahmed en solitaire pour sauver son sergent aurait bénéficié d’une meilleure clarté auprès d’un homme maudit et hanté par une dette que son État refuse d’entendre.

L’Étranger

A peine plus de deux mois après la sortie d’Opération Fortune : Ruse De Guerre, toujours sur Prime Video, Guy Ritchie laisse derrière lui son attirail stylistique où l’on aurait vite fait de l’identifier. Pour autant, il creuse dans le bon sens en matière de dramaturgie dans un film qui transpire l’hommage, des cartons de textes en ouverture aux photos des camarades de guerre au dénouement. Ce qui est regrettable, c’est qu’il échoue dans ses changements de ton et dans son interprétation de la camaraderie, qui s’avère être assez niaise dans son dernier acte.

Entre un récit guerrier épique et un drame qui sonde les traumatismes que les États-Unis ont laissés en Afghanistan, même après leur départ, Guy Ritchie’s The Covenant ne parvient pas à choisir son sujet et achève son chemin de croix avec un ange de la mort mécanisé à qui les héros doivent à peu près tout. On prie pour nos frères d’armes, on prie pour les étrangers qui ne sont que des outils à l’échelle militaire, mais que dire de ces deux discours contradictoires qui nous restent en travers de la gorge ?

Bande-annonce : Guy Ritchie’s The Covenant

Fiche technique : Guy Ritchie’s The Covenant

Réalisation : Guy Ritchie
Scénario : Ivan Atkinson, Marn Davies, Guy Ritchie
Photographie : Ed Wild
Décors : Martyn John
Costumes : Loulou Bontemps
Montage : James Herbert
Musique : Christopher Benstead
Production : STX Entertainment
Pays de production : Royaume-Uni, Espagne
Distribution France : Metro-Goldwyn-Mayer, Prime Video
Durée : 2h03
Genre : Drame, Guerre, Action
Date de sortie : 23 juin 2023

Guy Ritchie’s The Covenant : Memories of saviors
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2.5

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Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

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