Sky, un film de Fabienne Berthaud : Critique

En trois films et autant de collaborations avec Diane Kruger, Fabienne Berthaud a fait de la belle actrice franco-allemande son alter-ego au cinéma. Après le mannequin dépressif dans Frankie (2006) et la femme décoincée par sa sœur volage dans Pieds nus sur les limaces (2010), la réalisatrice, même si elle signe là le premier film dont elle n’a pas écrit seule le scénario, poursuit son approche intimiste de la thématique de la renaissance de femmes brisées en allant effectuer son premier tournage sur le sol américain et en langue anglaise.

Synopsis : Romy et Richard sont un couple de français en vacances dans l’Ouest américain. Un soir, une violente dispute éclate entre eux, forçant Romy à s’enfuire, bien décidée à reprendre sa vie en main. De rencontres en rencontres, elle va réapprendre à avoir confiance en soi et à croire en l’amour.

California Love

Le moins que l’on puisse dire de son exploitation des grands espaces californiens – des décors ô combien cinégéniques ! – est qu’elle a su en extraire tous les archétypes. C’est d’ailleurs ce sentiment d’être constamment en terrain connu qui fait le charme mais aussi la principale limite de Sky. Le charme car les paysages à perte de vue et illuminés d’un soleil rougeoyant lui assurent un romantisme brut, et la limite car la dramaturgie qui emprunte et mêle les codes les plus classiques du road-trip et du mélodrame n’offre strictement aucune surprise quant au déroulement des événements.

Rarement on aura vu Diane Kruger aussi rayonnante que dans la peau de cette femme errant sur les routes de Californie et du Nevada. Il parait évident, au vu des nombreux gros plans sur ses expressions faciales, que la réalisatrice se plait à filmer sa muse, lui donnant une grâce et une force de caractère auxquelles il est difficile de rester insensible. Pour ce qui est du reste du casting, on retrouve tout d’abord Gilles Lelouche dans le rôle de Richard, ce mari antipathique dont Romy va rapidement chercher à se défaire, ainsi qu’une pléthore d’acteurs américains pour la plupart connus pour leur participation à des séries : Lena Dunham (Weeds), Joshua Jackson (Dawson et The Affair) mais surtout Norman Reedus (The Walking Dead). C’est certainement ce dernier qui représente la meilleure surprise, tant l’image de personnage taciturne dans lequel l’ont enfermé ses précédents films (de Blade 2 à Triple 9) ne nous avaient en rien laissé présager qu’il puisse ainsi faire preuve d’une telle sensibilité. Car même si, à l’instar de tous les autres protagonistes américains, il incarne un pur stéréotype local, son charisme brut de décoffrage et son jeu à fleur de peau sont pour beaucoup dans l’émotion que transmet le film.

La photographie en lumière naturelle donne au long-métrage son identité formelle pleine de sincérité et le déleste du reproche de cinéma contemplatif que l’on pourrait faire à la façon qu’à la mise en scène naturaliste de s’attarder lourdement sur les paysages. Nous sommes toutefois très loin de la beauté esthétique du My Blueberry Night de Wong Kar-Wai dont l’imagerie visuelle et romanesque donnée de l’Ouest américain est très proche. Magnétisé par l’actrice principale, au point d’éclipser ses deux amants, le film ne réussit pas à faire des autres personnages autre chose de simples figures illustratives auxquels il est difficile de s’attacher. Paradoxalement, le personnage de Romy est lui aussi mal développé, faute à ces larges ellipses de la narration qui lui font subir des revirements de personnalité trop brusques pour être parfaitement réalistes. Et pourtant, le scénario est loin de manquer de longueurs, soit autant de passages qu’il aurait pu exploiter pour pallier son manque de profondeur. On pourra toujours défendre l’idée que, malgré sa grande prévisibilité, le fait que l’histoire nous donne le sentiment de ne pas savoir vers quelle finalité elle se dirige s’accorde aux errances de son héroïne, mais le résultat est un spectacle cousu de fils blancs et par moment assez ennuyeux.

Les trop nombreuses facilités scénaristiques ainsi que l’écriture caricaturale un peu plate et confuse rendent cette jolie histoire d’amour bien trop convenue pour que le mélodrame qui en découle ne soit véritablement bouleversant. Et pourtant, les deux interprètes principaux livrent des prestations si remarquables que l’on en viendrait presque à regretter qu’elles ne soient pas misent au profit d’un film plus marquant.

Sky : Bande-annonce

Sky : Fiche technique

Réalisation : Fabienne Berthaud
Scénario : Fabienne Berthaud et Pascal Arnold
Interprétation : Diane Kruger (Romy), Norman Reedus (Diego), Gilles Lellouche (Richard), Lena Dunham (Billie), Joshua Jackson (Inspecteur Ruther)…
Image : Nathalie Durand
Montage : Pierre Haberer
Musique : François-Eudes Chanfrault, David Drake
Directeur artistique : Christian Kastner
Production : Bertrand Faivre, Gabrielle Dumon
Société de production : Le Bureau
Distribution : Haut et Court
Festivals: Sélection « Platform » du festival du film de Toronto 2015 et sélection « Playtime » du festival de cinéma européen des Arcs 2015
Durée : 102 minutes
Genre : Mélodrame
Date de sortie : 6 avril 2016

France – 2015

Festival

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Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

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