Renaissances, un film de Tarsem Singh : Critique

Nouvelle Peau

L’association entre les frères Pastor et Tarsem Singh avait de quoi être diablement intéressante. Même si ce ne sont pas les cinéastes les plus connus ni même les plus accomplis de leurs époques, ils ont le mérite d’avoir une approche relativement originale de leurs disciplines. Les frères Pastor avaient écrits et réalisés deux films post apocalyptique assez réussis, Carriers et Los últimos días, qui malgré leurs aspects référentiels étaient des films assez originaux. Tandis que Tarsem Singh est un metteur en scène à l’esthétique riche et à l’univers visuel unique mais qui dispose de films très inégaux, seul The Fall, son deuxième, était pleinement une réussite. Donc voir tout ce joli petit monde derrière un même projet peut autant exciter qu’inquiéter, entre promesses d’un long métrage unique et riche ou à l’inverse celles d’un film empli d’inégalités qui s’enfoncent dans le ridicule.

Au final, le film évitera les deux propositions qui semblaient les plus évidentes car les cinéastes vont tous simplement s’effacer au profit d’un film générique qui ne cherche que l’efficacité. Le scénario, écrit par les frères Pastor, n’exploite pas jusqu’au bout le propos, évitant toutes les questions scientifiques et existentielles qu’un tel concept aurait pu amener ; l’ensemble ne fait que prétexte à une série B énergique. C’est dommage de voir que les ambitions ont été revues à la baisse pour jouer la sûreté car au lieu de prendre le risque de faire un film de SF intelligent au risque d’échouer, ils ont préféré faire un petit thriller d’action plus malin que la moyenne. Mais Self/less en raison de tout cela n’atteindra dans aucun des domaines son plein potentiel. Il va d’ailleurs construire son intrigue sur les clichés et les personnages stéréotypés, le pire étant tout ce qui touche à la sphère familiale, les vies intimes de chacun des personnages seront très grossières et assez agaçantes avec leurs aspects tellement dramatiques que ça en devient niais. Sinon Renaissances sera très prévisible dans le déroulé de son histoire, on sait comment cela va finir au bout de 30mins et l’emploi systématique de facilités scénaristiques n’arrangent pas les choses. Les retournements de situations sont beaucoup trop téléphonés et évidents, notamment dans les révélations faîtes sur le grand méchant. D’ailleurs les méchants du film manquent cruellement de nuances et sont donc très caricaturaux, ce qui rend l’ensemble très manichéen alors qu’ils y avaient des questionnements troubles et diablement passionnants qui auraient pu être explorés. Mis à part ça, Self/less reste assez cohérent dans son approche, grâce entre autres à des dialogues pour la plupart du temps inspirés, qui permettent de créer des relations solides entre les personnages, évitant par la même occasion la romance facile et en permettant d’exposer une amitié solide et palpable entre deux personnages. Cela renforce légèrement l’implication du spectateur et apporte une touche d’humanité non négligeable dans un film qui aurait été sans ça très froid.

Il est aussi important de noter que le film n’est pas non plus entièrement dénué de personnalité, même si c’est celle de Tarsem Singh qui prédomine. On retrouve les thématiques qui lui sont chères, à savoir la quête d’immortalité à la fois littérale et figurée, passant par la transmission, et aussi sa fascination du corps étranger, l’esprit qui voyage dans un autre corps pour le comprendre. On retrouvait déjà ça dans son étonnant The Cell. Malheureusement c’est au niveau de la forme que Tarsem Singh à fait d’innombrables concessions, son style excentrique étant ici incroyablement aseptisé. Il joue sur la sobriété avec une mise en scène assez plate néanmoins dynamisée par quelques fulgurances visuelles qui rappellent le faiseur d’image brillant qu’il est. C’est dommage, voir quel serait le nouveau magnifique tableau qu’allait nous peindre Singh était le principal attrait de ce film. Ici on reste dans une mise en scène classique, distillant quelques scènes d’actions efficaces même si la toute première séquence se révèle assez molle et maladroite dans son exécution. C’est en revanche sur la technique que Renaissances fait son petit effet, avec un montage énergique et bien pensé, qui assure un rythme impeccable au film, même si il se répète un peu avec quelques passages de voix-off. La musique est aussi très inspirée et originale dans son utilisation des sonorités, tandis que la photographie se montre très léchée. On retrouve cette habitude qu’a Singh de créer la froideur avec des couleurs chaudes et inversement, de faire des passages plus chaleureux avec l’utilisation de couleurs froides faisant un contraste assez étrange et pour le moins unique. On retrouve aussi un peu ce contraste des différences au sein même du casting, notamment dans le choix de Ben Kingsley et de Ryan Reynolds pour interpréter un même personnage. L’un est écrasant de charisme tandis que l’autre est typiquement l’acteur beau gosse mais fade. Ce contraste se montre aussi assez intéressant surtout que les deux sont impeccables à leurs manières. Kingsley est égal à lui-même tandis que Reynolds est sur la bonne voie cette année, s’offrant des rôles plus complexes et arrivant à être moins monotone que l’on aurait pu le penser au vu des précédentes années. Ici il arrive encore une fois à être relativement bon. Matthew Goode impressionne aussi avec son élégante étrangeté, entre monolithisme et intensité, tandis que le reste du cast fait le job convenablement.

En conclusion Self/less est un film sympathique dans la mesure où il est une série B efficace et maligne sans pour autant avoir de véritables prétentions. C’est dommage lorsque l’on voit les talents qui sont impliqués sur le projet, qui aurait pu promettre un film singulier et plus intelligent que la moyenne. Mais finalement l’ensemble ne va pas au bout de ses idées et les promesses ne sont pas tenues, l’aspect science-fiction devenant très vite anecdotique et accessoire pour offrir quelques rebondissements assez grossiers. Il n’y a donc pas grand-chose à se mettre sous la dent, que ce soit sur le fond et sur la forme ; il y a de quoi être déçu surtout si l’on connaît les précédents travaux des cinéastes. Néanmoins, tout n’est pas déplaisant, bien au contraire, car l’efficacité prime et elle fonctionne ici. A défaut d’avoir un grand film de SF, on se retrouve devant un sympathique divertissement, parfait pour le dimanche soir, qui sait se laisser apprécier malgré ses nombreux défauts.

Synopsis : Damian Hale (Ben Kingsley), un vieil aristocrate milliardaire, va bientôt mourir d’un cancer. Il souhaite alors faire « transférer » sa conscience dans un autre corps ; celui d’un jeune homme en bonne santé est donc choisi. Cependant, tout ne va pas se passer comme prévu

Renaissances >> Bande-annonce

Renaissances : Fiche Technique

Titre original : Self/less
Réalisateur : Tarsem Singh
Scénariste : David Pastor, Alex Pastor
Interprètes : Ryan Reynolds, Ben Kingsley, Natalie Martinez, Matthew Goode, Michelle Dockery, Melora Hardin, Victor Garber, Sam Page..
Photographie : Brendan Galvin
Montage : Robert Duffy
Costumes : Shay Cunliffe
Musique : Antonio Pinto, Dudu Aram
Décors : Tom Foden
Producteur : Ram Bergman, Peter Schlessel, James D. Stern pour Endgame Entertainment, Ram Bergman Productions
Durée du film : 1 h 56
Genre: Science-fiction, Thriller
Date de sortie : 29/07/2015
Distributeur : SND

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Frédéric Perrinot
Frédéric Perrinothttps://www.lemagducine.fr/
Passionné de cinéma depuis mon plus jeune âge, j'articule depuis ma vie autour du 7ème art, un monde qui alimente les passions et pousse à la réflexion. J'aspire à faire une carrière dans le cinéma, ayant un certain attrait pour l'écriture et la réalisation. J'aime m'intéresser et toucher à toute sorte d'arts ayant fait du théâtre et de la musique. Je n'ai pas de genres de films favoris, du moment que les films qui les représentent sont bons. Même si je tire évidemment mes influences de cinéastes particuliers à l'image de David Lynch, mon cinéaste fétiche, Michael Mann ou encore Darren Aronofsky. Ces cinéastes ayant en commun des univers visuels forts et un sens du romantisme qui me parlent particulièrement.

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