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© Chris Harris | Alexander Skarsgård, Harry Melling | Pillion

Pillion : Bad (BDSM) Romance

Mettre en images une romance gay avec en option le milieu du sadomasochisme et du bondage est un pari très risqué. Il faut à tout prix éviter d’être dans le jugement et surtout contourner toute forme de voyeurisme ou de graveleux. Harry Lighton s’en sort avec les honneurs en se jouant de la plupart des obstacles inhérents à un tel postulat, à une séquence trop crue et trop longue près. Pillion se révèle pourtant aussi touchant et parfois cocasse que son contexte est particulier et réservé à un public averti.

Alors bien sûr, ce film n’est pas à mettre devant tous les yeux, mais il s’en dégage une tendresse certaine, plutôt étonnante et galvanisante. Et si la mise en scène n’a rien de particulièrement remarquable en soi, le traitement apposé à cette relation de soumission et de domination est vraiment empreint de justesse avec même une pointe de nostalgie finale du plus bel effet. Alors quand en plus c’est porté par deux acteurs incroyables qui osent tout en sortant de leur zone de confort, on dit oui !

Synopsis : Colin, un jeune homme introverti, rencontre Ray, le séduisant et charismatique leader d’un club de motards. Ray l’introduit dans sa communauté et fait de lui son soumis.

À l’heure où la série Heated Rivalry cartonne partout dans le monde et rend dingue aussi bien le public gay que ces demoiselles, une œuvre comme Pillion fait figure de matériau à contre-courant. On est ici (très) loin de l’homoérotisme chic cher à la série canadienne, qui a cependant le mérite d’éviter le niais pour normaliser avec brio l’amour entre hommes. Le film qui nous intéresse ici a séduit pas mal de festivals et s’intéresse à un milieu méconnu et ô combien singulier. Il s’agit de celui des bikers gays adeptes de pratiques BDSM, sous-entendu les rapports de domination et soumission avec pratiques sadomasochistes. Tout un programme et un sujet casse-gueule au possible ! Comment ne pas sombrer dans le crapoteux, le graveleux ou le voyeurisme pour rester accessible à un public adulte large, tout en évitant de verser dans le jugement et la stigmatisation ou de faire paraître cette communauté d’une manière injuste ou « exotique » ? Pas simple…

Pour son premier film de cinéma, Harry Lighton se présente donc comme un jeune cinéaste courageux en adaptant l’œuvre éponyme d’Adam Mars-Jones avec sa collaboration. Et il réussit son challenge. Il ne tombe dans aucun de ces travers et parvient à nous offrir un film empreint de tendresse, toujours juste et parfois même très drôle et cocasse. Bien moins aseptisée qu’une version gay de la saga Cinquante nuances de Grey et son sadomasochisme de pacotille, et bien plus accessible que le thriller glauque Cruising (La Chasse) de William Friedkin qui prenait place dans ce milieu, Pillion sait trouver le juste milieu pour être réaliste. Il dresse une peinture honnête et visiblement très documentée de ce microcosme d’hommes virils aux pratiques parfois extrêmes (mais toujours consenties), où le soumis prend plaisir à obéir au dominant sous toutes ses formes.

Alors bien sûr, le film n’est pas à mettre devant tous les yeux. Un public quelque peu fermé risque de crier au loup et d’être tout de même choqué, et il serait peu judicieux que des spectateurs mineurs assistent à la projection d’un tel long-métrage. En cause, notamment la seule séquence de trop qui va excessivement loin sans que ce soit nécessaire : celle du camping qui finit en orgie. Si le début de celle-ci, bucolique, apaisé et presque drôle, apparaît adapté, elle se conclut sur une scène de sexe presque pornographique qui n’a aucune utilité réelle, puisque ce qu’elle montre ou suggère avait déjà été assimilé. Autant la première rencontre des deux personnages et son côté brut était utile pour incarner la nature de leurs rapports futurs, autant celle-ci est gênante et de trop. On pourra aussi reprocher à Pillion une mise en scène classique et peu inspirée qui n’a rien de remarquable, semblable à un vulgaire téléfilm de la BBC (qui produit d’ailleurs). Pourtant, le sujet laissait espérer quelque chose de plus racé visuellement.

On apprécie en revanche la manière dont l’homosexualité est ici présentée via les parents tolérants et aimants du personnage joué par Harry Melling. Ils apportent douceur et quelques notes d’humour bienvenues à ce récit particulier. La relation entre le dominant et le soumis est bien retranscrite et amuse autant qu’elle surprend et interroge. Mais lorsque les sentiments vont s’en mêler, c’est là que Pillion sort la carte de la tendresse et, in fine, d’une pointe très réussie de nostalgie. Au final, le film fut un récit d’apprentissage — certes peu commun — pour le personnage principal. La fin nous file un bourdon presque similaire à celui de Call Me by Your Name, toutes proportions gardées.

Saluons enfin les prestations courageuses d’Harry Melling, qui n’a peur de rien, et d’Alexander Skarsgård, décidément imprévisible, qui jouent énormément dans la réussite du film. Après son apparition dingue dans le faux documentaire sur Charli XCX, The Moment, son incarnation d’un guerrier viking dans le sous-estimé The Northman ou son second rôle dans l’immense série Succession, le comédien sort souvent de sa zone de confort et montre des talents insoupçonnés. Voilà donc une œuvre qui traite d’un sujet particulier avec la distance et l’angle nécessaires, portée par un duo de comédiens investis et téméraires. On pardonnera donc une grosse faute de goût et une réalisation un peu terne. Âmes sensibles, s’abstenir néanmoins.

Bande-annonce – Pillion

Fiche technique – Pillion

Réalisateur : Harry Lighton
Scénariste : Harry Lighton (basé sur le roman Box Hill d’Adam Mars-Jones)
Production : Element Pictures, BBC & BFI
Distribution : Memento Films
Interprétation : Alexander Skarsgard, Harry Melling, Douglas Hodge, Lesley Sharp, …
Genres : Comédie – Romantisme – Érotisme – Psychlogique
Date de sortie : 4 mars 2026
Durée : 1h47
Pays de production : Royaume-Uni

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3.5