No home movie, un film de Chantal Akerman : critique

No home movie est un film posthume, le dernier réalisé par Chantal Akerman avant son décès en octobre 2015. Cette œuvre orpheline à plus d’un titre, puisque son personnage principal, la mère de la cinéaste, est morte en avril 2014, n’est pourtant pas un film lourd et triste sur le vide laissé par la disparition d’un être aimé, mais plutôt une élégie contemplative qui interroge notre distance à l’autre.

Synopsis :  » Parce que ce film est avant tout un film sur ma mère, ma mère qui n’est plus. Sur cette femme arrivée en Belgique en 1938 fuyant la Pologne, les pogroms et les exactions. Cette femme qu’on ne voit que dans son appartement. Un appartement à Bruxelles. Un film sur le monde qui bouge et que ma mère ne voit pas. »

Tout sur ma mère

« Je voudrais faire quelque chose comme s’il n’y avait plus de distance dans le monde, tu es à Bruxelles et moi à New York, il n’y a plus de distance. » C’est ainsi qu’Akerman explique son projet à sa mère lors d’une discussion qu’elles ont sur Skype. La distorsion de l’espace et du temps que permettent les nouvelles technologies abolissent les questions relatives à la distance physique ; on est parfois plus proche de quelqu’un en étant à des milliers de kilomètres que lorsqu’on se retrouve dans la même pièce.

Par des propositions de mise en scène différentes, la réalisatrice transpose à l’image son ressenti du moment. Parfois au plus près de celle qu’elle filme, au point de fondre son reflet dans le sien, à d’autres moments elle choisit à l’inverse un cadre volontairement éloigné de la scène qu’elle filme, au seuil d’une pièce, la caméra à demi dissimulée derrière un meuble ou posée discrètement sur une table. Le choix de mise en scène est-il assorti d’une certaine forme de pudeur, ou bien est-ce une manière de montrer qu’en cet instant mère et fille sont loin l’une de l’autre ? Le film n’assigne pas à ses spectateurs à un point de vue unique, ce qui offre de multiples voies d’accès à ce portrait intime. No home movie tient du film de famille, il y a en lui cet acte de conservation par l’image, intrinsèquement attaché au film de famille. C’est ce qui rend ce long métrage si familier à quiconque le regarde. No home movie peut tout autant être perçu comme un film de la perte de l’autre que comme une sorte de correspondance mère-fille. La cinéaste élabore chaque séquence de son film en ménageant une place pour l’un et l’autre. La longue scène d’ouverture sur le désert battu par les vents attire l’attention parce qu’il y a au premier plan ce petit arbre, courbé, tordu par la force des rafales mais qui tient bon. Tout n’est pas voué à disparaître.

No home movie : Bande-annonce

No home movie : fiche technique

Réalisation: Chantal Akerman
Scénario : Chantal Akerman
Image : Chantal Akerman
Son : Chantal Akerman, Eric Lesachet
Montage : Claire Atherton
Production : Chantal Akerman, Patrick Quinet, Serge Zeitoun
Société de production : Chemah IS
Distribution : Zeugma Films
Durée : 115 minutes
Genre : Portrait
Date de sortie : 24 février 2016

France / Belgique – 2015

Festival

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Constance Mendez-Harscouët
Constance Mendez-Harscouëthttps://www.lemagducine.fr/
Mes premières amours de cinéma, c'est aux films d'animation que je les dois. La poésie du dessin animé est incomparable à mes yeux. J'ai ensuite élargi mes perspectives et ai découvert à quel point le champ du septième art était vaste et beau. Mon envie de films ne s'est jamais tarie. J'en ai vus et je continue d'en voir autant que je peux, car, au-delà d'être un divertissement, le cinéma façonne ma manière de voir le monde.

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