L’Enquête, un film de Vincent Garenq – Critique

Synopsis : 2001. Le journaliste Denis Robert met le feu aux poudres dans le monde de la finance en dénonçant le fonctionnement opaque de la société bancaire Clearstream. Sa quête de vérité pour tenter de révéler « l’Affaire des affaires » va rejoindre celle du juge Renaud Van Ruymbeke, très engagé contre la corruption. Leurs chemins vont les conduire au cœur d’une machination politico-financière baptisée « l’affaire Clearstream » qui va secouer la Vème République.

La Firme

La 5ème République, durant son demi-siècle d’existence, a été riche en scandales, affaires judiciaires et escroquerie à grande échelle. Ce qui n’a que rarement inquiété les hommes politiques impliqués, par ailleurs. Parmi les plus retentissantes récemment découverte, l’affaire Clearstream est un excellent exemple des méfaits que peut engendrer un capitalisme non maîtrisé. Petit problème, au vu des ramifications de ce scandale, de sa complexité et de son échelle internationale, est-il possible d’en exposer l’essentiel en une centaine de minutes, sans perdre le spectateur et en conservant un cachet cinématographique ?

Du grand journalisme

S’il y a bien un réalisateur Français qui peut réussir un tel exploit, c’est bien Vincent Garenq, spécialiste du genre s’il en est. Son précédent film, Présumé Coupable, s’attaquait au procès d’Outreau et au harcèlement que pouvaient subir les mis en cause. Un film bien plus intimiste, cependant, que cette Enquête qui prend pour cadre un trafic international impliquant des centaines, voire des milliers de personnes. Un véritable casse-tête pour le scénariste, qui doit penser aux spectateurs n’ayant pas forcément toutes les informations en main. En l’occurrence, le film réussit parfaitement son pari en prenant pour personnage principal Denis Robert, le journaliste qui a révélé toute l’affaire.

On pense tout de suite à d’autres films du même genre, comme Les Trois Jours du Condor, qui utilisait le même procédé pour mettre en lumière les tenants et aboutissants du Watergate. Le scénario déroule ainsi son fil conducteur de manière fluide, le spectateur s’identifiant au héros et recevant les informations en même temps que lui. La sous-intrigue centrée sur le juge Van Ruymbeke et les frégates de Taïwan permet à la fois de clarifier certains aspects de la procédure et de dévoiler un peu mieux les enjeux internationaux de cette affaire. Au final, si certain aspects de l’enquête paraissent toujours un peu flou, personne ne sera perdu.

Made in USA

La réussite du film doit aussi beaucoup à la réalisation de Garenq. Le metteur en scène a choisi de construire son film comme un thriller, et parvient sans problème à maintenir son audience sous tension. De révélation en révélation, L’Enquête se déroule sans temps morts, ou presque. Garenq prend exemple sur ses collègues outre-Atlantique dans sa réalisation comme dans son montage. L’influence des Trois Jours se fait sentir, mais on pourrait aussi citer La Firme, par exemple, pour le côté déséquilibré du combat entre l’homme et la machine. Petit bémol, néanmoins, dans les scènes familiales. Si elles sont indispensables pour l’empathie envers le personnage, et pour souligner le côté destructeur de la machine médiatique, elles restent inégales et pas toujours bien amenées. Si la tension ne s’en ressent pas forcément, on regrettera tout de même ces interruptions.

Passionnant et complexe, L’Enquête restitue parfaitement les enjeux et l’ampleur de « L’Affaire des affaires », sans jamais perdre son spectateur et en le maintenant au bord de son siège pendant plus de quatre-vingt dix minutes. Un bel exploit rehaussé par l’excellente performance du son duo principal. Gilles Lelouche est plutôt crédible dans son personnage, et Charles Berling endosse parfaitement les habits du juge Van Ruymbeke. Un bon thriller Français, c’est assez rare pour être noté…

L’Enquête – Fiche Technique

France – 2015
Thriller
Réalisateur : Vincent Garenq
Scénariste : Vincent Garenq, Stéphane Cabel, Denis Robert
Distribution : Gilles Lelouche (Denis Robert), Charles Berling (le juge Van Ruymbeke), Laurent Capelluto (Imah Lahoud), Grégoire Bonnet (Laurent Becaria)
Producteurs : Christophe Rossignon, Philip Boëffard
Directeur de la photographie : Renaud Chassaing
Compositeur : Erwan Kermovant
Monteur : Elodie Codaccioni
Production : Samsa Films, Nord-Ouest Productions, Artemis Productions, France 3 Cinéma, Mars Films, Cool Industrie, Belgacom TV
Distributeur : Mars Distribution

Auteur : Mikael Yung

 

Festival

Festival Lumière 2026 : Ray Gunn, le miracle de Brad Bird

Avec "Ray Gunn", Brad Bird ressuscite un projet vieux de trente ans dans un polar animé rétro-futuriste où l’héritage du film noir rencontre une société rongée par le racisme, la corruption et les faux-semblants. Entre virtuosité visuelle, richesse thématique et grand spectacle, le réalisateur des Indestructibles signe un bonbon à l’amertume néo-noir, aussi foisonnant que réjouissant.

Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Newsletter

À ne pas manquer

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

Héros (2007) : Une séquestration sur les nerfs

Et c'est peut-être là que le film trouve sa plus belle idée : faire de la solitude un personnage à part entière, invisible mais omniprésent, qui hante chaque recoin de l'appartement. Pierre Forêt ne cherche pas tant à être aimé qu'à être enfin entendu, et c'est cette nuance qui donne au personnage sa fragilité touchante. On en sort avec l'impression étrange d'avoir ri à des choses qui ne font pas rire, et d'avoir pleuré à des choses qui ne font pas pleurer non plus. Tout le paradoxe de ce Héros, et sans doute sa plus grande force.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Minotaure : nourrir l’ogre

Exilé en France, Andreï Zviaguintsev est de retour, neuf ans après le mémorable Faute d'amour. Reprise de La Femme infidèle de Chabrol, cette chronique d'un adultère virant au drame fait écho à la Russie de 2022 qui entamait alors son "opération spéciale". Analyse d'un film aussi riche que stimulant.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.