Le Cours de la vie : Masterclass de l’écriture existentielle

Après HH, Hitler à Hollywood (2011) et Je veux être actrice (2016), le réalisateur belge Frédéric Sojcher signe son cinquième long-métrage avec Le Cours de la vie. Ce film très personnel poursuit l’étude du rapport entre réalité et fiction, chère au cinéaste, en s’inspirant directement de son métier d’enseignant. Le cours de la vie propose ainsi une masterclass sur la construction du scénario, mais surtout une leçon de vie, à travers le lien indéfectible entre l’expérience vécue et l’art de l’écriture.

Guide de survie pour apprentis scénaristes

Directeur du master professionnel en scénario de l’Université Panthéon-Sorbonne, Frédéric Sojcher a travaillé sur plusieurs ouvrages relatifs au cinéma. Familier du monde universitaire, le réalisateur s’empare donc tout naturellement de l’adaptation du livre d’Alain Layrac, Atelier d’écriture, présentant un cours de scénarisation au sein d’une école de cinéma.

C’est au sein de l’ENSAV, située à Toulouse, que Noémie retrouve Vincent, son amour de jeunesse, trente ans après leur séparation. Directeur de l’établissement, Vincent invite Noémie, devenue une scénariste renommée, à donner une masterclass devant ses étudiants. À mesure que le cours se déroule, les non-dits, le regret et la souffrance ressurgissent progressivement du passé.

Par son unicité de temps, d’action et de lieu, Le cours de la vie se découvre comme une pièce de théâtre plutôt dynamique. Sur les bancs d’un amphithéâtre, une nouvelle enseignante captive un jeune public venu percer les mystères de la création d’un scénario, sous les yeux attentifs d’un directeur bien émotif.

La recette miracle du scénario parfait n’existe évidemment pas, mais le film expose des éléments fondamentaux, des repères pour ne pas tomber dans l’incohérence et le cliché. Ainsi, plus encore que l’imagination, Noémie loue le sens de l’observation des autres et de soi-même. Elle résume la recherche d’inspiration à une seule question partant d’une situation donnée : « et si ? ». Par conséquent, pour le réalisateur, c’est bien la réalité qui est source de l’imaginaire. L’existence concrète constitue nécessairement le socle de la fiction. Une idée commune, mais essentielle que Le cours de la vie démontre aisément.

Placé au cœur de l’amphithéâtre, nous suivons la masterclass comme de véritables étudiants, en apprenant comment créer une histoire touchante et des personnages réalistes, ce qui a le mérite de rendre le film immersif mais risque de perdre les spectateurs peu intéressés par l’écriture scénaristique.

Le cours de la vie invite aussi les jeunes auteurs à s’interroger sur eux-mêmes, sur leurs motivations à écrire, sur les émotions suscitées par l’histoire. Écrire s’apparente alors à une véritable psychanalyse sur soi-même. Un guide pratique qui intéresse tous ceux qui s’adonnent à l’écriture, avec une belle référence aux sources de Taxi Driver, mais qui sert de toile de fond à la crise existentielle vécue par Vincent et Noémie.

Crise existentielle pour les cinquantenaires

Noémie conseille aux étudiants de choisir des personnages avec un âge proche du leur, dans le souci de mieux connaître leur vie quotidienne. Il faut croire que Frédéric Sojcher, 55 ans, applique lui-même ce principe en s’intéressant à la crise existentielle de deux protagonistes cinquantenaires.

Vincent et Noémie se sont rencontrés lors de leurs études de cinéma. Ils vivent ensemble une brève histoire avant que Noémie ne parte subitement, ne laissant à Vincent qu’une courte lettre que celui-ci n’ose pas ouvrir. Ils se perdent alors de vue et refont leur vie chacun de leur côté. Vincent et Noémie ont des enfants mais ne trouvent pas vraiment le bonheur dans leurs existences respectives. Noémie a élevé seule son fils Julien et ressent du regret et de la culpabilité. Vincent s’est séparé de sa femme depuis six mois et vit seul dans un appart-hôtel. Comme figé depuis le départ de Noémie, il n’a jamais réussi à la pardonner et à regagner confiance en lui.

Si les personnages se retrouvent après plus de trente ans, avec une vie bien différente, ils traversent la même phase de réflexions et de remises en cause existentielles. Le Cours de la vie témoigne ainsi du bilan individuel mené par tout un chacun arrivé à la cinquantaine. Mène-t-on vraiment la vie que l’on désire ? Aime-t-on encore la personne qui partage notre vie ? Vincent et Noémie apparaissent donc comme des protagonistes très humains, perdus dans leurs doutes et dans un certain mal-être. C’est en assurant la masterclasss et en échangeant lors des pauses que la vérité et les émotions éclatent, que les personnages bâtissent peu à peu un pont sur le profond gouffre d’incompréhensions qui les sépare depuis des années.

Le cours de la vie propose ainsi une histoire touchante, qui parlera cependant davantage, sur le volet émotionnel, à des quarantenaires et à des cinquantenaires qu’à un public jeune. Traité avec pudeur et retenue, le film manque un peu de chaleur, de rythme et d’originalité pour convaincre pleinement, mais nous fait passer un bon moment réflexif sur l’écriture et le sens de la vie.

Le Cours de la vie – Bande-annonce

Le Cours de la vie – Fiche technique

Réalisation : Frédéric Sojcher
Scénario : Alain Layrac
Casting : Agnès Jaoui (Noémie), Jonathan Zaccai (Vincent), Géraldine Nakache, Stéphane Henon…
Montage : Christophe Pinel
Musique : Vladimir Cosma
Production : Véronique Zerdoun, Alain Benguigui
Pays de production : France
Société de production : Tabo Tabo Films, Sombrero Films
Durée : 1h34
Genre : Drame
Date de sortie : 10 mai 2023

Note des lecteurs3 Notes
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Festival

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Ariane Laure
Ariane Laurehttps://www.lemagducine.fr/
Émerveillée par le cinéma depuis le Roi Lion, mon premier film en salle, j’aime les films qui font rêver, qui hantent et ne nous quittent jamais. J’admire particulièrement la richesse des œuvres de Stanley Kubrick, Christopher Nolan et Quentin Tarantino. Je suis également une adepte du cinéma asiatique, de Yasujiro Ozu, Akira Kurosawa à Wong Kar-Wai, Hayao Miyazaki et Park Chan-Wook. Travaillant dans le monde juridique, j'écris des critiques à mes heures perdues.

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