La Verónica de Leonardo Medel : Un Je dangereux

La Verónica  avance masqué, en mettant en scène une influenceuse célèbre qui cache une femme aux multiples visages et aux nombreux secrets.

 

Synopsis de La Verónica :  Verónica Lara, épouse d’une star de football international et mannequin très populaire sur les réseaux sociaux, tombe en disgrâce lorsqu’elle devient suspecte dans l’enquête sur la mort de sa première fille. Le portrait satirique de cette Victoria Beckham chilienne est un réjouissant jeu de massacre au cours duquel se dissolvent les frontières entre public et privé, vérité et mensonge, éthique et immoralité.

 

La passion de Verónica

 

53 : ce n’est pas moins de 53 plans poitrine fixes de « La Verónica» (Mariana di Girolamo) en 53 séquences ad hoc que le réalisateur chilien Leonardo Medel a choisi d’assembler pour son film. Le personnage tutélaire est absolument de tous les plans, son visage bien au centre de l’image, avec ses yeux plongés dans ceux du spectateur et de tous ses interlocuteurs réduits à néant ou au mieux à un aperçu fugace, le plus souvent de dos. Ces interlocuteurs, mari, enfant, journaliste, apprenties influenceuses et amies, domestiques, policiers suspicieux… ne sont que des faire-valoir pour Verónica, mais le réalisateur tient à montrer qu’ils existent malgré tout, et que chacun à son niveau, ils souffrent tous du comportement de l’héroïne.

Le procédé cinématographique est radical et efficace, même s’il risque de lasser par la répétition, et par l’enfermement du film dans un concept. Il épouse tout à fait les propos du film, soit une dénonciation en règle d’une société de l’image pour l’image, une société pervertie par une nouvelle addiction, celle d’un narcissisme numérique exacerbé, qui fait que plus on en a (d’abonnés, de vues, d’argent, …), moins on peut s’empêcher d’en vouloir davantage.

Verónica est la femme plus ou moins oisive d’un footballeur international connu, ce qui les emmène à vivre là où les contrats de Javier (Ariel Mateluna) les emmènent. De retour de Dubaï le couple se retrouve à nouveau au Chili, et la protagoniste, mannequin de son métier, fomente un nouveau projet, celui de représenter la marque de beauté Beaut, ce qui nécessite de sa part d’avoir 2 millions d’abonnés sur ses réseaux sociaux.

Dès lors, le point focal unique de sa vie tourne autour de cet objectif, au détriment de sa vie de famille, nucléaire ou élargie (ne demande-t-elle pas à sa propre mère de feindre non seulement qu’elle ne l’est pas -sa mère- , mais également qu’elle ne sait pas de qui il s’agit ; la raison de cette terrible injonction étant une action encore plus terrible de sa part que nous ne dévoilerons bien sûr pas ici). Pour atteindre son but, les agissements de Verónica frisent l’indicible. Mais plus globalement, le seul point focal de Verónica est Verónica ; tout doit tourner autour d’elle , y compris Amanda, « son » bébé qu’elle est incapable de prendre dans les bras et dont elle annule purement et simplement la présence à coups d’écouteurs activés au maximum de leurs décibels…

Leonardo Medel revendique comme paternité de son film des œuvres telle que la Passion de Jeanne d’Arc de Dreyer ou le cinéma de Bergman en général. Certes, il pourrait sembler prétentieux de citer Dreyer à propos de son propre film, mais force est de constater que les gros plans visage de Jeanne et de Verónica ont un petit air de famille. Ce que Medel a réussi, c’est d’introduire cette référence-somme et originelle comme point de départ d’un film éminemment moderne, tourné vers les réseaux sociaux et les influenceurs. Le noir et blanc de Jeanne d’Arc est remplacé par des couleurs vives et pop, mais son geste de cinéma est bien là, celui de remonter aux origines de l’art, et de focaliser sur le visage.

Sans trop en dévoiler, Verónica est un caractère monstrueux qu’on ne peut s’empêcher de prendre en pitié. Grâce à l’interprétation de Mariana di Girolamo, la souffrance du personnage transperce sa vacuité et ses exactions affichées, le tout uniquement avec les expressions multiples de son visage et le dialogue foisonnant qu’elle abat. Verónica est avant tout un être humain, qui fait avec ce qu’elle a, enfermée dans un rôle dont elle n’arrive plus à se dépêtrer, celui de mettre en scène sa propre vie au risque d’oublier de la vivre. En définitive, La Verónica est un film bien plus complexe qu’il n’en a l’air, et le dispositif visuel particulier nous embarque dans un monde où n’existent plus que le spectateur et la protagoniste dépiautée jusqu’à l’os en 53 séquences.

La Verónica – Bande annonce

 

https://www.youtube.com/watch?v=mPIACmReTa4

 

La Verónica – Fiche technique

Titre original : La Verónica
Réalisateur : Leonardo Medel
Scénario : Leonardo Medel
Interprétation : Mariana Di Girólamo (Verónica), Ariel Mateluna (Javier), Patricia Rivadeneira (la journaliste), Coco Páez (Moni )
Photographie : Pedro Garcia
Montage : Daniel Ferreira
Musique : Daniel Ferreira
Producteurs : Juan Pablo Fernandez
Maisons de Production : Merced
Distribution (France) : Moonlight Films distribution
Durée : 100min.
Genre : Drame
Date de sortie :  17 Août 2022
Chili – 2020

Note des lecteurs0 Note
3.5

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

Cotton Queen : au bout du fil

Premier long métrage de la réalisatrice soudano-russe Suzannah Mirghani, "Cotton Queen" suit Nafisa, adolescente élevée dans un village cotonnier du Soudan, tiraillée entre les récits coloniaux de sa grand-mère et l'arrivée d'un homme d'affaires venu imposer ses graines génétiquement modifiées. Un film sobre sur l'émancipation et la mémoire.

Une affaire turque : Famille, je vous tais

Dans "Une affaire turque", Hüseyin Aydin Gürsoy filme moins un thriller qu'une faille : celle d'un homme pris entre deux mondes qui ne lui pardonnent pas d'appartenir à l'autre. Avec une mise en scène sensible, le cinéaste ausculte les stigmates invisibles du transfuge, et fait de Lionel Erdogan un héros fracturé dont le vrai combat n'est pas judiciaire, mais existentiel.

« Spider-Man : Brand New Day » s’entoile encore trop dans le MCU, malgré d’excellentes qualités

"Spider-Man : Brand New Day" marque le meilleur retour du tisseur au cinéma depuis la trilogie de Sam Raimi, porté par des effets pratiques bluffants et un Tom Holland toujours parfait. Mais le film reste plombé par un cahier des charges Marvel étouffant et le retour discutable de Zendaya en MJ.

Le Triangle d’or : sous le palais, la cage

Une jeune femme est embauchée dans un palace saoudien du XVIe arrondissement de Paris. Sa mission : servir la favorite du prince. Les deux femmes, auxquelles s’ajoute le majordome de la demeure, vont s’apprivoiser, réunis par leur condition de captifs volontaires. Un premier long-métrage réussi signé Hélène Rosselet-Ruiz. 

Gavagai, et autres malentendus : du postcolonialisme mou

"Gavagai" entend nous instruire de la grande affaire des rapports post-coloniaux, mais n'aboutit qu'à un petit drame sans aspérité.
Beatrice Delesalle
Beatrice Delesallehttps://www.lemagducine.fr/
Le ciné, ma passion. L’écriture, mon Graal. Je tente de combiner les 2 sous la forme d’un avis, d’un éloge, d’un commentaire, d’une critique en somme. Ce n’est pas mon métier et ne le sera jamais, mais c’est ce que je fais de plus plaisant et de plus personnel par les temps qui courent. Ces derniers mois, j’ai craqué pour : Carlos Reygadas, Roni Elkabetz, Hiam Abbass, Steve McQueen, Lynne Ramsay, James Franco, David Gordon Green, Jia ZangKhe, Wang Bing, Kim Ki Duk, Hirokazu Kore Eda, Kiyoshi Kurosawa, Pablo Berger, Lars von Trier, Panos H. Koutras, Félix van Groeningen, Miguel Gomes, Çağla Zencirci, Nuri Bilge Ceylan, Emir Baigazin, François Ozon, Philippe Garrel, Alain Guiraudie, Thomas Cailley, Abdellatif Kéchiche. Pour leur film en fait, plutôt.

Cotton Queen : au bout du fil

Premier long métrage de la réalisatrice soudano-russe Suzannah Mirghani, "Cotton Queen" suit Nafisa, adolescente élevée dans un village cotonnier du Soudan, tiraillée entre les récits coloniaux de sa grand-mère et l'arrivée d'un homme d'affaires venu imposer ses graines génétiquement modifiées. Un film sobre sur l'émancipation et la mémoire.

Une affaire turque : Famille, je vous tais

Dans "Une affaire turque", Hüseyin Aydin Gürsoy filme moins un thriller qu'une faille : celle d'un homme pris entre deux mondes qui ne lui pardonnent pas d'appartenir à l'autre. Avec une mise en scène sensible, le cinéaste ausculte les stigmates invisibles du transfuge, et fait de Lionel Erdogan un héros fracturé dont le vrai combat n'est pas judiciaire, mais existentiel.

« Spider-Man : Brand New Day » s’entoile encore trop dans le MCU, malgré d’excellentes qualités

"Spider-Man : Brand New Day" marque le meilleur retour du tisseur au cinéma depuis la trilogie de Sam Raimi, porté par des effets pratiques bluffants et un Tom Holland toujours parfait. Mais le film reste plombé par un cahier des charges Marvel étouffant et le retour discutable de Zendaya en MJ.