La Révole nature, de la vigne au verre : les vignerons nouveaux

Avec La Révole nature, de la vigne au verre (2023), Aline Geller signe son premier long-métrage, financé par sa propre société de production, fondée en 2019. Un documentaire passionnant et inspirant sur le vin naturel et ceux qui le produisent.

Vin et musique font décidément bon ménage ! Déjà, en 2018, parodiant le titre des Clash, Bruno Sauvard rendait hommage au vin naturel tout juste naissant, dans Wine Calling. Emmené par une tonique musique rock, le documentaire, incroyablement euphorisant, rendait compte, en voisin, de l’approche nouvelle pratiquée par de jeunes propriétaires récoltants du Languedoc, entendant faire de leur breuvage autre chose qu’un précipité de produits chimiques. Cinq ans plus tard, la tendance s’est étendue géographiquement et professionnalisée dans sa commercialisation et sa diffusion, allant jusqu’à provoquer certains phénomènes de mode aboutissant à un bouleversement des prix. Mais c’est toujours sur fond de musique très pulsée qu’Aline Geller s’empare à son tour du sujet.

Née le 13 mars 1969, la dame, ancienne juriste, puis galeriste, caviste, et enfin productrice de cinéma, connaît le domaine. Elle ne se cantonne pas dans un territoire, mais sillonne la France, à la recherche de ces vignerons d’exception, souvent aussi hauts en couleurs que leurs vins sont hauts en saveurs. S’ouvrant dans les majestueuses Caves Ackerman, en Anjou, à l’occasion du Salon La Dive, organisé par Sylvie Augereau dans ce magnifique espace troglodyte, le documentaire s’attarde auprès de la figure inimaginable de Patrick Desplats, qui soigne méticuleusement son Domaine des Griottes, puis il vagabonde dans le Beaujolais, à la rencontre de Sylvère Trichard (Domaine Séléné) et Jérôme Balmet, en Auvergne (Jean Maupertuis, Benoît Rosenberger, Vincent Marie), dans la Loire (Jérôme Saurigny), le Jura (Anne et Jean-François Ganevat, Loreline Laborde)… Les cavistes ne sont pas oubliés, qu’ils soient de Paris ou de Clermont-Ferrand.

Par moments visible à l’écran, où elle dialogue avec les vignerons qui l’accueillent, Aline Geller accompagne aussi parfois les déplacements en voix off, d’un commentaire un peu sage, mais qui a le mérite d’être didactique et de permettre une présentation rapide du point de destination. On pense à Journal de France (2012), de Depardon, mais un « journal de France » qui serait centré sur cette viticulture nouvelle… La modération des transitions fait saillir de façon d’autant plus remarquable l’extrême originalité de chacun des interlocuteurs, même si aucun n’atteint le degré d’affinage de l’inénarrable Patrick Desplats… Tous exposent leur parcours, souvent aussi montueux que celui de la réalisatrice, leur découverte puis leur engouement pour le vin nature, sans aucun adjuvant chimique, leur mode de culture (de la vigne puis du vin qui en découle…), et enfin de commercialisation. Un contraste frôlant le paradoxe est fréquemment souligné, entre une aspiration à l’authenticité, à la simplicité, et la flambée des prix qui vient couronner de tels produits, soit du fait d’une exportation assez irrésistible, soit du fait de spéculations échappant totalement au concepteur…

Il n’empêche : loin de ces considérations financières, un bel enthousiasme, de beaux émerveillements traversent ce film, dans lequel Manon Pietrzack, au son, seconde aussi parfois la réalisatrice à l’image. L’amour de ces viticulteurs épris de leur terre, de leur vigne, des plantes sauvages non traitées qui poussent librement, de leur vin, de sa confection, de ceux qui l’apprécient et de l’environnement, cet amour si large et si généreusement embrassant est communicatif ; ou du moins bienfaisant, à l’heure où tant d’hostilité règne. À défaut de discerner totalement la signification d’un tel commentaire, on est séduit, intrigué, touché par l’extase de Jérome Balmet devant l’un de ses vins procurant « une qualité d’ivresse incomparable ». Et l’on ne demande qu’à être convaincu !

Aline Geller explique : « Le film est né de l’envie de ‘mieux’ raconter, de ‘mieux’ partager, de ‘mieux’ susciter l’envie ! ». Au son des crypto-graves d’Albert Kuvezin et de Yat-Kha, on peut estimer que ce documentaire, qui s’adresse autant aux œnophiles qu’aux cinéphiles, atteint son objectif.

Synopsis du film : Hier anecdotique car cantonné à une poignée de vignerons et réservé à une caste de consommateurs initiés, le marché du vin nature se démocratise. Il est dorénavant perçu comme un mode de production et de consommation respectueux de la nature et des hommes. Il suscite de nouvelles vocations et réenchante un monde agricole souvent déconsidéré. Des stars aux pionniers, en passant par les néo-vignerons, La Révole nature part à la découverte de celles et ceux qui font le vin nature d’aujourd’hui.

Bande-annonce : La Révole nature, de la vigne au verre 

Fiche Technique : La Révole nature, de la vigne au verre 

Documentaire de Aline Geller
Genres : Nature, Société
Casting (acteurs principaux) : Sylvie Augereau, Jean-Hugues Bretin, Mouloud Haddaden, Étienne Girardeau, Sylvère Trichard, Patrick Desplats, Jérôme Saurigny, Vincent Marie
Pays d’origine : France
En salle le 10 mai 2023 (France)/1 h 34 min
Distributeur : Urban Distribution

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3.5

Festival

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