La bonne Épouse de Martin Provost : drôle, mais pas trop…

La bonne Épouse de Martin Provost partait sur les chapeaux de roue pour s’enliser petit à petit dans une lourdeur qu’aucune de ses excellentes actrices n’arrive à sauver. Habitué pourtant de la thématique de la femme battante, le cinéaste a plutôt raté le coche en optant pour la comédie, pour cette histoire de révolution sexuelle en plein Mai 68.

Synopsis Tenir son foyer et se plier au devoir conjugal sans moufter : c’est ce qu’enseigne avec ardeur Paulette Van Der Beck dans son école ménagère. Ses certitudes vacillent quand elle se retrouve veuve et ruinée. Est-ce le retour de son premier amour ou le vent de liberté de mai 68 ? Et si la bonne épouse devenait une femme libre ?

Bande de filles 

On peut dire que la bande-annonce de La bonne Épouse de Martin Provost est assez loin du film. Elle est intelligemment incitative, montée d’une manière très prometteuse, or le film est  décevant. Elle laissait présager d’un film drôle, très drôle, avec un soupçon de causticité, de subversion même, toutes choses qui seront hélas cruellement absentes du film.

Paulette -Popo- van der Beck (Juliette Binoche) est directrice d’une école d’arts ménagers. Signe des temps, nous sommes à l’aube de Mai 68, l’école a perdu près de la moitié de son effectif par rapport à l’année précédente. C’est que l’enseignement qui y est prodigué relève d’un temps plus que révolu, où la femme n’avait d’autre fonction que satisfaire et obéir à son mari, et devenir l’esclave de tous, progéniture y comprise. Un enseignement à marche forcée sur la cuisson du lapin chasseur ou la bonne manière de servir le thé.

Au début du métrage, le spectateur est plutôt emporté par l’énormité de l’interprétation des 3 protagonistes par leurs actrices respectives. Juliette Binoche, donc, en gardienne des bonnes manières quelque peu niaise. Noémie Lvovski, en Sœur Marie-Thérèse fouettarde truculente, et Yolande Moreau, la sœur de Monsieur van der Beck (François Berléand) qui meurt au bout de dix minutes de film, en professeur de cuisine un peu bas de plafond. Elles sont virevoltantes, servies par des scènes plutôt drôles. Mais plus le film avance, plus les personnages virent à la caricature, et le propos plutôt louable du cinéaste de faire corps avec le féminisme naissant est totalement englué sous des couches de lourdeur. Tout n’est que stéréotypes, et c’est triste, car le film a la vraie volonté de montrer les situations les plus dramatiques vécues par les femmes avant la révolution de 1968 : les mariages arrangés et forcés, la négation de l’homosexualité, l’obligation du devoir conjugal, et d’une manière générale, l’absence générale de droits accordés à la femme.

Martin Provost se perd complètement en route avec sa démonstration, en introduisant de surcroît une histoire d’amour entre Paulette et André (Edouard Baer), un banquier qu’elle a dû rencontrer pour sauver l’institut d’une faillite. Tout sonne faux, incongru,  et inabouti. Les élèves sont par ailleurs quasi-inexistantes, juste des faire-valoir pour les stars. Quand il tente de reprendre en mains le fil de son film, ce n’est que pour rajouter des gags devenus redondants, pour déboucher sur un final surréaliste.

La déception est d’autant plus grande qu’elle vient d’un homme profondément et sincèrement féministe, mettant toujours à l’honneur les femmes, fictionnelles ou ayant réellement existé (Séraphine, Violette Leduc). Mais clairement, le vecteur de la comédie n’est pas pour lui le bon pour cette histoire d’émancipation. L’époque pourtant s’y prête, mais justement parce qu’elle s’y prête, pléthore d’œuvres (20th century women, We want sex Equality, ou The Handmaid’s tale pour les séries, parmi tant d’autres) sont venues étayer le propos avec beaucoup plus de sens et de réussite.

La Bonne Epouse est malheureusement une comédie un peu ratée, et c’est dommage, car le thème, le casting, et même le réalisateur sont des valeurs plutôt sûres et bonnes.

La bonne Épouse – Bande annonce  

La bonne Épouse – Fiche technique

Réalisateur : Martin Provost
Scénario : Martin Provost, Séverine Werba
Interprétation : Juliette Binoche (Paulette Van der Beck), Yolande Moreau (Gilberte Van der Beck), Noémie Lvovsky (Marie-Thérèse), Edouard Baer (André Grunvald), François Berléand (Robert Van der Beck), Marie Zabukovec (Annie Fuchs), Anamaria Vartolomei (Albane Des-deux-Ponts), Lily Taieb (Yvette Ziegler), Pauline Briand (Corinne Schwartz), Armelle (Christiane Rougemont )
Photographie : Guyillaume Schiffman
Montage : Albertine Lastera, Riwanon Le Beller
Musique : Grégoire Hetzel
Producteurs : François Kraus, Denis Pineau-Valencienne
Maisons de production : Les Films du Kiosque, Coproduction : France 3 Cinéma, Orange Studio, UMedia, Imagine Films, Memento Films Production
Distribution (France) : Memento Films Distribution
Durée : 109 min.
Genre : Comédie, Drame
Date de sortie : 11 Mars 2020
France – 2020

Note des lecteurs2 Notes
3

Festival

Cannes 2026 : La Vie d’une femme, portrait d’une guerrière moderne

Récompensée l'année dernière par un César pour son rôle d'enquêtrice dans "Dossier 137", sélectionné en Compétition au Festival de Cannes, Léa Drucker foule à nouveau le tapis rouge. L'actrice tout terrain interprète dans "La Vie d'une femme" une chirurgienne épanouie, libre et hyperactive, qui assume pleinement ses choix. En brossant le portrait de ce personnage affirmé par le prisme de ses relations à autrui, Charline Bourgeois-Tacquet compose un drame rythmé au cœur d'un monde hospitalier en déclin. Une bonne leçon de vie qui rend les femmes maîtresses de leur destinée sans les victimiser.

Cannes 2026 : Dua, un corps en guerre

Présenté à la Semaine de la Critique 2026, "Dua" de Blerta Basholli raconte l’adolescence dans un Kosovo au bord de la guerre, entre désir d’émancipation, peur de l’exil et mémoire intime.

Cannes 2026 : Quelques jours à Nagi, ce que le bois retient

Présenté à Cannes 2026, Quelques jours à Nagi est un drame sensible où Kōji Fukada explore l’art, le deuil et la reconstruction dans un Japon rural suspendu.

Cannes 2026 : In Waves, quand les émotions déferlent

Après le merveilleux "Planètes" de la précédente édition, la Semaine de la Critique cannoise propose en ouverture un nouveau film d'animation, "In Waves". Une splendide histoire d'amour et d'amitié au creux des vagues qui déferlent sur nous par salves d'émotions. Grâce à son animation sublime et à son traitement sensible de la perte et du deuil, "In Waves" compose une œuvre à la fois lumineuse et mélancolique. Une magnifique ode au cinéma et à la mer.

Newsletter

À ne pas manquer

Les Cloches des profondeurs (1993) de Werner Herzog : la foi dans tous ses états

Qu’il le fasse en tant que créateur ou d’observateur, Werner Herzog a consacré sa carrière à sa passion pour les êtres vivant aux marges du possible. Visionnaires ou mégalomanes déments, aventuriers ou marginaux, peu importe, le cinéaste les observe avec une curiosité insatiable.

La Grande Extase du sculpteur sur bois Steiner (1974) de Werner Herzog : le temps suspendu

A l’aide d’une caméra 16 mm haute vitesse, Herzog filme merveilleusement bien ce qui, dans ce sport atypique, constitue son vrai centre d’intérêt : ces instants où, suspendu dans l’air, le skieur défie le temps et l’espace. Loin de l’ingrate « solitude » du coureur de fond, le sauteur à ski est un rêveur qui offre son extase en spectacle.

Aaahh Belinda : pépite féministe du cinéma turc

Fort d’un dispositif mêlant confusion des réalités et dédoublement des identités, Aaahh Belinda d’Atıf Yılmaz s’affirme comme un conte féministe moderne, à la croisée de la comédie, du fantastique et de la fable allégorique. Derrière une esthétique parfois modeste, le film révèle une richesse de lecture et une portée politique affirmée : en faisant basculer Serap dans la vie de Naciye, il montre combien le quotidien constitue à la fois le lieu de la domination et le premier espace de résistance.

Mortal Kombat II : Flawless Surrender

Le tournoi était la promesse manquante du reboot de 2021, son péché originel, la colonne vertébrale mythologique de la franchise réduite à une note de bas de page. "Mortal Kombat II" arrive donc chargé d'une dette et d'un espoir sincère : non pas que le film soit grand et révolutionnaire, mais qu'il sache enfin ce qu'il veut être. Warner Bros. avait misé gros sur l'événement, repoussant la sortie de plusieurs mois pour lui donner toute l'envergure d'un blockbuster estival. Mais dans l'histoire de cette franchise au cinéma, savoir ce qu'on veut sans savoir comment le faire, c'est une fatalité qui se répète.

Mon grand frère et moi : portrait d’un homme encombrant

Que reste-t-il d'un homme après sa disparition ? Des objets éparpillés, quelques photos jaunies, et surtout les souvenirs contradictoires de ceux qui l'ont connu. Ryōta Nakano filme ce qui subsiste dans les interstices du deuil : cette étrange cohabitation entre rancœur et tendresse, entre le besoin d'oublier et l'urgence de comprendre. "Mon grand frère et moi" est une enquête intime sur l'absent, menée par ceux qu'il a laissé derrière lui.
Beatrice Delesalle
Beatrice Delesallehttps://www.lemagducine.fr/
Le ciné, ma passion. L’écriture, mon Graal. Je tente de combiner les 2 sous la forme d’un avis, d’un éloge, d’un commentaire, d’une critique en somme. Ce n’est pas mon métier et ne le sera jamais, mais c’est ce que je fais de plus plaisant et de plus personnel par les temps qui courent. Ces derniers mois, j’ai craqué pour : Carlos Reygadas, Roni Elkabetz, Hiam Abbass, Steve McQueen, Lynne Ramsay, James Franco, David Gordon Green, Jia ZangKhe, Wang Bing, Kim Ki Duk, Hirokazu Kore Eda, Kiyoshi Kurosawa, Pablo Berger, Lars von Trier, Panos H. Koutras, Félix van Groeningen, Miguel Gomes, Çağla Zencirci, Nuri Bilge Ceylan, Emir Baigazin, François Ozon, Philippe Garrel, Alain Guiraudie, Thomas Cailley, Abdellatif Kéchiche. Pour leur film en fait, plutôt.

Mortal Kombat II : Flawless Surrender

Le tournoi était la promesse manquante du reboot de 2021, son péché originel, la colonne vertébrale mythologique de la franchise réduite à une note de bas de page. "Mortal Kombat II" arrive donc chargé d'une dette et d'un espoir sincère : non pas que le film soit grand et révolutionnaire, mais qu'il sache enfin ce qu'il veut être. Warner Bros. avait misé gros sur l'événement, repoussant la sortie de plusieurs mois pour lui donner toute l'envergure d'un blockbuster estival. Mais dans l'histoire de cette franchise au cinéma, savoir ce qu'on veut sans savoir comment le faire, c'est une fatalité qui se répète.

Mon grand frère et moi : portrait d’un homme encombrant

Que reste-t-il d'un homme après sa disparition ? Des objets éparpillés, quelques photos jaunies, et surtout les souvenirs contradictoires de ceux qui l'ont connu. Ryōta Nakano filme ce qui subsiste dans les interstices du deuil : cette étrange cohabitation entre rancœur et tendresse, entre le besoin d'oublier et l'urgence de comprendre. "Mon grand frère et moi" est une enquête intime sur l'absent, menée par ceux qu'il a laissé derrière lui.

Die My Love : Au bord de soi

Dans "Die My Love", Jennifer Lawrence incarne une femme en déséquilibre dans l’Amérique rurale, filmée par Lynne Ramsay comme une expérience sensorielle assez radicale. Entre maternité, isolement et dérive intime, le film refuse tout parti pris pour mieux nous faire ressentir l’effondrement de l’intérieur.