In the Lost Lands : la terre des monstres

La série B est à l’ordre du jour et In the Lost Lands devrait cocher toutes les cases de cette catégorie. Il est autant possible de s’amuser sur ce terrain de jeu que d’y être bousculé, voire bouleversé. Malheureusement, le miracle n’est toujours pas du côté de Paul W.S. Anderson, qui, comme sa protagoniste, est rempli de contradictions dans ses objectifs. Reste quelques séquences distrayantes pour traverser cet univers post-apocalyptique qui emprunte beaucoup aux codes du western.

Synopsis : Une reine pactise avec la puissante et redoutée sorcière Gray Alys (Milla Jovovich) afin qu’elle lui rapporte un trésor capable de lui conférer un pouvoir immense. Alys et son guide, le vagabond Boyce (Dave Bautista), doivent s’aventurer dans les dangereuses Contrées Perdues. Là, ils devront déjouer et combattre hommes et démons pour honorer leur part du contrat…

Le nom de George R.R. Martin a résonné au fil de huit ans et pour autant de saisons sur la série Game of Thrones. Son succès est tel que des spin-off sériels autour de Westeros sont soit en cours (House of the Dragon), soit en développement (A knight of the seven kingdoms : the hedge knight). Pourtant, il serait dommage de limiter sa bibliothèque aux romans de fantasy. Également passionné de science-fiction, Martin a déjà eu droit à des adaptations de ses romans et autres nouvelles, comme Doorways (1994), The Sandkings (1995) ou Nightflyers (en film en 1987, puis en série en 2018) pour ne citer qu’eux. Il n’est donc pas si étonnant de voir une autre de ses histoires portées à l’écran et c’est aux éternels associés, Constantin Werner et Paul W.S. Anderson, qu’incombent cette tâche. Une production effectivement à leur portée, car l’adaptation de la nouvelle éponyme, Dans les terres perdues, prend place dans un monde steampunk en ruines, teinté de surnaturel et peuplé de créatures hostiles.

Monster squad

Werner au scénario et Anderson à la réalisation, ce duo peut aussi bien rappeler la veine bis, voire Z, de la saga Resident Evil. Et comme autrefois, Anderson peut toujours compter sur le soutien de Milla Jovovich (également sa compagne dans la vie), pour aller au bout de ses idées. Que l’on soit sensible ou non à son cinéma horrifique et d’aventure, le cinéaste a au moins pour lui ce goût de vouloir jouer avec les codes du cinéma d’action pour faire vibrer son public. Une musique qui pulse, un montage dynamique et des ralentis à foison, telle est la recette de son art. Un pari à chaque fois risqué, sachant qu’il est connu pour avoir adapté des jeux vidéo à succès comme Mortal Kombat, Dead or Alive ou Monster Hunter, parmi ceux que l’on n’a pas encore cités. D’autres franchises ont également eu droit à leur exploitation sous sa direction, pour le meilleur, pour le pire, mais surtout pour le fun (Les Trois Mousquetaires).

La sorcellerie lui va si bien. De nombreux rôles de Jovovich tournent autour d’une aura surnaturelle, que ce soit Le Cinquième Élément, Jeanne d’Arc ou Alice dans Resident Evil. Elle remplit de nouveau ce contrat en incarnant Gray Alys, ou Alys la Grise, en créant des illusions par le simple contact visuel. Chassée pour hérésie par une milice religieuse, mais courtisée par la dirigeante de la dernière cité du nouveau monde, elle ne refuse jamais une offre, souvent engrainée par la cupidité ou un manque d’affection. Mais la requête de la reine Melange (Amara Okereke) n’est pas si habituelle qu’elle finit par faire appel à Boyce (Dave Bautista), un loup solitaire qui a baigné assez longtemps dans les Contrées Perdues pour l’aider à chaparder le pouvoir d’un métamorphe. Et pas n’importe lequel, car il s’agit d’un lycanthrope, ou simplement d’un loup-garou. S’il y a là de quoi nourrir une bonne aventure mouvementée à travers les fameuses Contrées Perdues, appartenant aux bandits le jour et aux créatures des ténèbres la nuit tombée, son budget, limité à un peu plus de 50 millions de dollars, peut freiner certaines ambitions. Il y a là de quoi garantir quelques plans iconiques pour illustrer au mieux l’essence de l’auteur. Malheureusement, ils ne suffiront pas à stimuler ou à immerger le spectateur dans les enjeux, couplés à un compte à rebours artificiel, ne servant qu’à chapitrer les aventures de la sorcière et du chasseur. Le rythme en pâtit et la narration aussi.

L’homme reste un loup pour l’homme

Faute d’une écriture trop fonctionnelle des personnages (et ne parlons pas des dialogues superficiels), les interprètes ne sont pas forcément en cause dans cette intrigue qu’ils essayent de sauver à chaque instant. Même Arly Jover se débat pour faire exister son personnage d’inquisitrice, en vain. L’association de Jovovich et de Bautista constituait un fort potentiel, qui s’effondre cependant au fur et à mesure que l’on progresse sur les terres dévastées par un probable incident nucléaire mondial. Que reste-t-il donc à croquer côté adrénaline ? Hormis un prologue tenu dans sa gestion de la tension, bien qu’elle demeure assez classique, ainsi qu’une scène plutôt amusante autour d’un téléphérique, le reste de l’intrigue n’a rien de mémorable à offrir. Tout est constamment noyé dans le décor qui transpire le numérique, avec des incrustations suffisamment douteuses qu’on se laisse automatiquement piloter vers le générique de fin. Elle remonte à loin cette époque où Anderson parvenait à générer son lot de frissons psychologiques et visuels avec Event Horizon, le vaisseau de l’au-delà. Ici, on a l’impression d’avoir recyclé la planète servant de déchèterie dans Soldier, tandis que les intentions esthétiques tendaient à se rapprocher de Mad Max : Fury Road.

Réputé pour défaire le manichéisme par des trahisons et châtiments justifiés, le récit de Martin sonne creux dans cette adaptation qui ne sait pas sur quel pied danser. Les allers-retours entre les enjeux personnels de la reine ou du nouvel ordre religieux avec le road-trip dans les Contrées Perdues entravent tout élan émotionnel ou épique. En grattant un peu à la surface des séquences d’action mal léchées, on peut y trouver un discours sur la solitude des personnages, mais rien d’assez consistant pour que l’on s’attache à la malédiction d’Alys ou des traumatismes vécus par Boyce. De même, on ne voit quasiment rien de ce monde peuplé de créatures sauvages et maléfiques. La chasse aux monstres se transforme donc en déception dans In the Lost Lands, alors qu’il y avait infiniment de place pour pousser à fond les curseurs de l’action et de l’outrance. Il ne laisse qu’un sentiment de retenu, dans la forme comme dans le fond, le rapprochant de tous les défauts identifiables (et ils sont nombreux) du Rebel Moon de Zack Snyder.

In the Lost Lands – Bande-annonce

In the Lost Lands – Fiche technique

Réalisation : Paul W. S. Anderson
Scénario : Constantin Werner, d’après la nouvelle In the Lost Lands de George R. R. Martin (du recueil de nouvelles Amazons II)
Interprètes : Dave Bautista, Milla Jovovich, Arly Jover, Amara Okereke, Simon Lööf, Fraser James
Musique : Paul Haslinger
Directeur de la photographie : Glen MacPherson
Direction artistique : Michael Derrah
Décors : Łukasz Trzciński
Costumes : Milena Jaroszek
Montage: Niven Howie
Producteurs délégués : Nico Bruinsma, Kirk D’Amico, Kevin D. Forester, Martin Moszkowicz
Producteurs : Paul W. S. Anderson, David Bautista, Jeremy Bolt, Milla Jovovich, Jonathan Meisner, Constantin Werner
Sociétés de production : Constantin Film, Dream Bros. Entertainment, Rusalka Film
Pays de production : Allemagne, Canada, États-Unis
Distribution France : Metropolitan Filmexport
Durée : 1h41
Genre : Action, Aventure, Fantastique
Date de sortie : 5 mars 2025

In the Lost Lands : la terre des monstres
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1.5

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Jérémy Chommanivonghttps://www.lemagducine.fr/
Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

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