I’m your man de Maria Schrader : un joli pont entre la romcom et la science-fiction

Avec I’m your man , et après la mini-série The Unorthodox, Maria Schrader confirme ses talents de réalisatrice avec un joli film qui pose des questions essentielles sans chichi, mais sans mièvrerie non plus.

Synopsis de I’m your man :  Alma, brillante scientifique, se révèle être une parfaite candidate pour se prêter à une expérience : pendant trois semaines, elle doit vivre avec Tom, un robot à l’apparence humaine parfaite, spécialement programmé pour correspondre à sa définition de l’homme idéal. Son existence ne doit servir qu’un seul but : rendre Alma heureuse.

Him

I’m your man de Maria Schrader arrive presque comme par embuscade en ce début caniculaire de mois de Juin. On pense , faute de mieux, aller voir une distrayante romcom, on se retrouve avec un film beaucoup plus profond qu’il n’y paraît. Les relations homme machine ont de tout temps été traitées par la littérature et le cinéma. Avec ce film, on ne peut s’empêcher de faire le parallèle avec Her de Spike Jonze, ou les Blade runner, et plus encore, avec le livre fondateur de Philipp K . Dick, Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? Ici, le traitement est très différent, apportant la science-fiction vers des horizons beaucoup plus intimes.

Alma (Maren Eggert, Ours d’Argent en 2021 pour ce rôle), une scientifique spécialiste du cunéiforme sumérien se voit assignée par son patron, en échange d’une promesse de fonds pour ses travaux, à tester d’un point  de vue éthique, un des robots androïdes qu’une société s’apprête à commercialiser. Le robot a été préparé pendant des semaines à devenir l’homme idéal de la célibataire Alma, en fonction de ses besoins, désirs, envies et expériences. Une cohabitation de quelques jours est donc mise en place, au début de laquelle le cerveau de Tom le robot (Dan Stevens, parfait pour le rôle), s’étonne factuellement qu’ils ne dorment pas dans le même lit, puisque la raison exclusive de son existence est de faire plaisir à Alma…D’abord rationnelle et presque hostile à l’égard de la « machine », mais surtout à l’idée même de nouer une quelconque relation avec elle, Alma apprend, au travers d’un scénario plutôt bien ficelé, à le découvrir, l’apprécier, pour fatalement, allait-on dire, finir par avoir des sentiments amoureux.

Les sentiments ambivalents d’Alma envers Tom, son « homme » idéal, sont décrits par la cinéaste avec suffisamment de clarté et de simplicité -sans être simpliste-, pour que cela résonne en chacun des spectateurs. Sur fond d’intelligence artificielle, elle met en perspective l’essence de l’humanité, l’essence du bonheur, l’essence de la vie même, en confrontant l’homme (la femme en l’occurrence) et la machine. Qu’y a-t-il de mal à se faire du bien ? Qu’y a-t-il de bien à simuler une vie heureuse avec un robot ? Que reste-t-il de l’amour quand tous nos désirs, et plus, peuvent être assouvis ? Telles, et tant d’autres, sont les questions qu’Alma se pose durant toute son expérience. La profondeur de leur relation est crédible et belle, et pourrait aussi bien s’appliquer à deux humains entre eux.

I’m your man a bien sûr des allures de comédie ; les quiproquos, les maladresses de l’une vis-à-vis de l’autre, et vice versa, sont source de cocasseries très bien servies notamment par le Britannique Dan Stevens, avec son interprétation très juste de cet androïde qui va jusqu’à reproduire un accent anglais, puisque Alma a un faible pour cela. Mais le film est surtout truffé de moments de gravité, de tristesse même, et également de poésie, inattendue dans le contexte. La facture assez conventionnelle et quelque peu lissée du film correspond tout à fait à l’univers diégétique et ne dessert en rien la réalisation de Maria Schrader. Au contraire, elle ramène cette histoire de science-fiction à un niveau beaucoup plus terre-à-terre et finalement très humain.

Ich bin dein Mensch est un titre allemand une fois de plus paresseusement traduit en I’m your Man, pour sa version à l’international. Car, conformément à ce titre original, il se dégage en effet de ce film beaucoup d’humanité (Mensch), comme si la présence des robots nous obligeait, nous les humains,  à mieux, malgré nos imperfections… Les nombreux titres glanés dans plusieurs festivals allemands sont amplement mérités.

I’m your man– Bande annonce

I’m your man– – Fiche technique

Titre original : Ich bin dein Mensch
Réalisatrice : Maria Schrader
Scénario : Jan Schomburg, Maria Schrader
Interprétation : Maren Eggert (Alma), Dan Stevens (Tom), Sandra Hüller (Le coach), Jürgen Tarrach (Dr. Stuber)
Photographie : Benedict Neuenfels
Montage : Hansjörg Weißbrich
Musique : Tobias Wagner
Productrice : Lisa Blumenberg
Maisons de Production : Letterbox Filmproduktion, SWR
Distribution (France) : Haut et Court
Récompenses :  Ours d’argent à la Berlinale – Meilleure actrice, nombreux autres prix dans des festivals allemands
Durée : 108 min.
Genre : Comédie, Drame, Romantique, Science-fiction
Date de sortie :  22 Juin 2022
Allemagne – 2021

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4.5

Festival

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Beatrice Delesalle
Beatrice Delesallehttps://www.lemagducine.fr/
Le ciné, ma passion. L’écriture, mon Graal. Je tente de combiner les 2 sous la forme d’un avis, d’un éloge, d’un commentaire, d’une critique en somme. Ce n’est pas mon métier et ne le sera jamais, mais c’est ce que je fais de plus plaisant et de plus personnel par les temps qui courent. Ces derniers mois, j’ai craqué pour : Carlos Reygadas, Roni Elkabetz, Hiam Abbass, Steve McQueen, Lynne Ramsay, James Franco, David Gordon Green, Jia ZangKhe, Wang Bing, Kim Ki Duk, Hirokazu Kore Eda, Kiyoshi Kurosawa, Pablo Berger, Lars von Trier, Panos H. Koutras, Félix van Groeningen, Miguel Gomes, Çağla Zencirci, Nuri Bilge Ceylan, Emir Baigazin, François Ozon, Philippe Garrel, Alain Guiraudie, Thomas Cailley, Abdellatif Kéchiche. Pour leur film en fait, plutôt.

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