Expendables 4 : Inaction Men

Les vétérans de la castagne et des courses-poursuites improbables rempilent dans ce qui ressemble à un chant du cygne. Et si ce n’est pas dans les tuyaux de Stallone et de sa bande testostéronée de raccrocher, il est grand temps d’y songer car Expendables 4 arrive au point de non-retour. Paresseux, bruyant, exaspérant… les qualificatifs ne manquent pas pour définir ce flop à la hauteur de notre déception !

Synopsis : Une nouvelle génération d’acteurs s’associe aux plus grandes stars de l’action pour Expendables 4. Jason Statham, Dolph Lundgren, Randy Couture et Sylvester Stallone sont rejoints par Curtis « 50 Cent » Jackson, Megan Fox, Tony Jaa, Iko Iwais, Jacob Scipio, Levy Tran et Andy Garcia. Nouveaux membres, nouveaux styles, nouvelles tactiques pour ce nouvel opus explosif !

Cascadeur de métier depuis Le Dernier des Mohicans et Last Action Hero, Scott Waugh fait partie de la même génération que Chad Stahelski et David Leitch, à qui l’on doit notamment la saga John Wick. Ces derniers sont à présent passés derrière la caméra, mettant leur savoir-faire au service de films où l’action est une affaire de précision. Limiter les coûts d’effets numériques, c’est également s’assurer des séquences dynamiques où chaque impact est douloureux. C’est en tout cas ce que doit ressentir le spectateur, bluffé par des chorégraphies qui n’en finissent plus. L’intention est la même du côté du réalisateur de Need for Speed, aux manettes d’une nouvelle commande.

Des balles perdues

Neuf ans séparent ce quatrième volet du précédent de la saga Expendables. Réunir les figures du cinéma d’action bis des années 80 à 90 dans le même récit, voilà le concept bourrin d’une franchise qui a tout pour séduire les nostalgiques. Malheureusement, tout comme ce bon vieil Indiana Jones, leur place est dans un musée. Rappelons que Harrison Ford a également fait partie de la fratrie, pour son plus grand malheur. Cette franchise n’a plus atteint son pic jubilatoire et régressif en dehors du second volet, où Jean-Claude Van Damme montrait qu’il était encore capable de placer un high kick sur Stallone et sa bande de bras-cassés. On en plaisante encore, mais le temps est venu d’effacer notre sourire et tout engouement à la vue d’un tel sacrilège.

Les premières minutes confirment un défaut évident du projet, colmaté de toute part, afin d’éviter l’ennui mortel. C’est un échec. Les effets numériques, à peine suffisants, témoignent d’un manque de savoir-faire indéniable, sachant que son maigre budget de 100 millions de dollars fut le même que pour le second volet, qui lui ne manquait pas de déflagration. Cette nouvelle virée qui risque donc bien d’être la dernière. Fini les espaces ouverts, place aux décors réduits et à l’usage approximatif de fonds verts. Le montage alterné en exposition prouve également que ce cher Scott Waugh n’est pas une pièce maîtresse dans la mise en scène, trop sobre et peu alléchante. Il ne suffit pas de faire intervenir quelques plans drones douteux et de filmer tous les échanges en champ-contrechamp pour uniquement se concentrer sur le cœur de l’action. De ce côté-là, c’est également d’une pauvreté désarmante…

Les animaux statiques

Exit la force de la jeunesse, on prend les mêmes et on recommence. Sylvester Stallone et Jason Statham sont les patriarches d’un épisode pris en embuscade. Ensemble, ils ne peuvent que s’envoyer des punchlines et aucune n’atteint sa cible. Pour le reste de l’équipe, c’est de la pure désertion. Beaucoup de grosses têtes ont quitté le navire, à croire que tout le monde semble avoir perdu de l’intérêt pour ces vieux fossiles sortis de leur retraite. Red, porté par Bruce Willis, a également tenté le coup, en vain. En partant avec autant de handicaps, sans direction artistique précise, difficile de créer une tension dramatique lorsque les héros restent à l’épreuve des balles. Et le fait d’empêcher qu’une Troisième Guerre mondiale éclate embrasse un côté kitsch qui n’est pas assumé jusqu’au bout. Rien de mémorable non plus niveau composition. Guillaume Roussel a beau faire de son mieux, il ne parvient jamais à être raccord avec les scènes qui en appellent à l’adrénaline, voire aux larmichettes. Le désaveu est total sur l’ensemble d’un film inoffensif.

On essaie alors de récupérer ce qui reste, mais la frustration de ne pas avoir pu recaster Antonio Banderas est si grande qu’on en a fait un clone au rabais. Celui-ci n’a rien de mieux à offrir qu’une mauvaise blague sur une pratique sexuelle douteuse. Cela confirme des soucis de réécriture. Ce qui n’est pas étonnant, sachant qu’il a fallu trois scénaristes pour venir à bout de cette intrigue assez malhonnête. Jason Statham et Megan Fox se la jouent Mr. et Mrs. Smith, pour quelques minutes, avant d’abandonner l’idée de développer ou de caractériser les nouveaux venus. Par exemple, Iko Uwais campe le méchant à qui on ne donne pas assez de temps à l’écran pour développer son art martial indonésien, celui qui l’a révélé dans Merantau, puis The Raid. Au lieu de cela, il n’a que des répliques absurdes et inutiles, qui ont notamment pour fonction de rappeler aux héros qu’il est menaçant. Malheureusement, personne ne l’est dans cette franchise qui se saborde et qui a largement dépassé sa date de péremption.

Seul Jason Statham sort du lot, dans une intrigue écrit sur-mesure. Ou bien est-ce par défaut ? En effet, il s’agit du seul mâle alpha de la bande à pouvoir susciter un peu d’intérêt dans un projet aussi peu ambitieux. On pourrait presque croire qu’il s’agit d’un film solo, avec les autres têtes d’affiche comme figurants. Et hormis une course-poursuite rapide à moto, rien d’extravagant à déclarer. Expendables 4 manque cruellement de générosité et de férocité pour espérer nous maintenir éveillés. Et quand bien même, cet opus ne se décide pas à fermer définitivement la porte de cet univers qui n’a vraiment plus rien à offrir et qui touche le fond.

Bande-annonce : Expendables 4

Fiche technique : Expendables 4

Titre original : Expend4bles
Réalisation : Scott Waugh
Scénario : Kurt Wimmer, Tad Daggerhart, Max Adams
Directeur de la photographie : Tim Maurice-Jones
Montage : Michael J. Duthie
Décors : Neil Floyd, Arta Tozzi
Costumes : Neil McClean
Production : Nu Image, Millenim Films, Lionsgate, Campbell Grobman Films
Pays de production : Royaume-Uni
Distribution France : Metropolitan Films
Durée : 1h43
Genre : Action, Aventure
Date de sortie : 11 octobre 2023

Expendables 4 : Inaction Men
Note des lecteurs0 Note
0.5

Festival

Cannes 2026 : Hope, un blockbuster en compétition

Présenté en compétition officielle à Cannes 2026, Hope voit Na Hong-jin faire exploser les frontières entre film d’auteur et blockbuster SF. Entre chaos rural, créature invisible, mythologie extraterrestre et plaisir régressif assumé, le cinéaste coréen livre une œuvre épuisante, imparfaite, mais assez déchaînée pour devenir l’un des vrais électrochocs du festival.

Cannes 2026 : L’Inconnue, un corps en doute

À Cannes 2026, L’Inconnue d’Arthur Harari transforme un point de départ fascinant sur l’identité et le corps en un drame trop long, trop froid, qui ne trouve jamais sa véritable intensité.

Cannes 2026 : rencontre avec Guillaume Massart pour « La Détention »

À l'ACID Cannes 2026, Guillaume Massart revient sur ses deux longs métrages documentaires consacrés au monde carcéral, "La Liberté" et "La Détention", et sur ce qui les relie : une même volonté de filmer ce qu'on ne voit jamais et de comprendre pourquoi.

Cannes 2026 : La Détention, dans l’antichambre de la prison

Après avoir fait l'état des lieux et des consciences dans un pénitencier corse hors norme, Guillaume Massart investit cette l’École nationale d’administration pénitentiaire (ÉNAP) d’Agen. Un quasi huis clos aux côtés des futurs agents de l'État, qui tentent de se forger une autorité face aux contradictions d'un métier les plaçant dans une zone grise éthique, déontologique et juridique permanente. "La Détention" collecte de précieux témoignages sur une institution en proie à une violence diffuse, à l'épuisement et à une incertitude qui résonne au-delà du plan final.

Newsletter

À ne pas manquer

Leaving Las Vegas : le pacte des naufragés

Trente ans ont passé. Las Vegas brille toujours autant, et "Leaving Las Vegas" aussi. Le film de Mike Figgis revient hanter les salles dans une version restaurée en 4K avec la même force d'impact, la même noirceur. On serait tenté de croire que le temps l'a rendu plus supportable. Il n'en est rien. La blessure est intacte, et l’admiration aussi.

L’Être aimé de Rodrigo Sorogoyen : Père et impair

Avec L’Être aimé, Rodrigo Sorogoyen signe un film de tournage aussi fascinant que déchirant, porté par Javier Bardem et Victoria Luengo. Derrière la mise en abyme cinématographique, le cinéaste filme surtout l’attente impossible d’une fille face à un père qui sait voir, diriger, comprendre — mais ne sait pas demander pardon.

L’Abandon : le traitement tout en nuances d’un sujet explosif

Les onze derniers jours de Samuel Paty, qui firent de lui un martyr de la République. Un sujet délicat, commandant d'éviter autant le pathos que la récupération politique. Vincent Garenq relève ce défi, avec un film qui parvient à captiver en tenant bien sa ligne. Estimable, malgré une réalisation sans surprise.

Obsession – L’amour (terriblement) ouf

Annoncé comme l’une des sensations horrifiques de 2026, Obsession séduit par son atmosphère malaisante, sa mise en scène maîtrisée et l’interprétation impressionnante d’Inde Navarrette, sans être totalement à la hauteur de sa réputation.

Les Cloches des profondeurs (1993) de Werner Herzog : la foi dans tous ses états

Qu’il le fasse en tant que créateur ou d’observateur, Werner Herzog a consacré sa carrière à sa passion pour les êtres vivant aux marges du possible. Visionnaires ou mégalomanes déments, aventuriers ou marginaux, peu importe, le cinéaste les observe avec une curiosité insatiable.
Jérémy Chommanivong
Jérémy Chommanivonghttps://www.lemagducine.fr/
Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

L’Être aimé de Rodrigo Sorogoyen : Père et impair

Avec L’Être aimé, Rodrigo Sorogoyen signe un film de tournage aussi fascinant que déchirant, porté par Javier Bardem et Victoria Luengo. Derrière la mise en abyme cinématographique, le cinéaste filme surtout l’attente impossible d’une fille face à un père qui sait voir, diriger, comprendre — mais ne sait pas demander pardon.

L’Abandon : le traitement tout en nuances d’un sujet explosif

Les onze derniers jours de Samuel Paty, qui firent de lui un martyr de la République. Un sujet délicat, commandant d'éviter autant le pathos que la récupération politique. Vincent Garenq relève ce défi, avec un film qui parvient à captiver en tenant bien sa ligne. Estimable, malgré une réalisation sans surprise.

Obsession – L’amour (terriblement) ouf

Annoncé comme l’une des sensations horrifiques de 2026, Obsession séduit par son atmosphère malaisante, sa mise en scène maîtrisée et l’interprétation impressionnante d’Inde Navarrette, sans être totalement à la hauteur de sa réputation.