Eden, un film de Mia Hansen-Løve : critique

Eden-film-Mia-Hansen-Love-French-Touch-critique-cinema

Critique du film, Eden

Synopsis : Évocation de l’émergence de la french touch dans la musique électronique des années 90, à travers le parcours sentimental d’un DJ.

Fin de party

La musique, dit-on, adoucit les mœurs… Ici, elle est surtout le personnage principal d’un film qui se veut générationnel. Mia Hansen-Løve filme l’effervescence – aidée par la drogue – d’une génération qui sort la musique non pas du placard, mais du garage, pour la faire résonner dans de grandes raves dont les lendemains ne chantent pas mais sont difficiles. Son film est l’histoire d’un parcours – comme toujours – mais cette fois masculin. Mais c’est avant tout celui d‘un éveil au monde, d’un réveil brutal … et d’une émancipation. Le film, Eden casse constamment son rythme entre soirées et création, entre le désir d’aller de l’avant et la frustration de voir le monde avancer sans soi. Ces personnages là, à l’image de la première séquence du film, vivent dans la nuit permanente, dans une esthétique, dans leurs histoires d’amour plus ou moins foireuses. Mia Hansen-Løve filme, au-delà d’une génération, un microcosme parisien aux rêves d’Amérique. Son microcosme parisien puisqu’elle conte là l’ascension (et la chute) fulgurante de son frère (qui a co-écrit le scénario), Sven, ici rebaptisé Paul.

« Quelque part entre l’euphorie et la mélancolie »

La réalisatrice s’échappe de ce qu’elle savait le mieux faire jusqu’alors : des films romantiques et sensibles à l’heure où tout va vite. Elle semble mieux adhérer à l’effervescence du monde même si, là encore, son personnage principal est en perte de vitesse… Alors que le monde avance, il veut retrouver son passé, celui avant la perte de l’innocence. « Quelque part entre l’euphorie et la mélancolie », voilà précisément la grande réussite du film : réussir à parler de notre quête à tous – avancer sans se trahir, se donner un avenir tout en regardant derrière soi – en parlant d’un individu. Tous ceux que l’on croise pendant ces deux heures où l’on a envie de danser et de crier sont aussi agaçants qu’attachants et nous donnent à vivre une passion, un idéal : celui d’une machine associée à une musique plus traditionnelle (la voix humaine) qui peu à peu se laisse rattraper par son destin : l’électro. Les personnages ont sans cesse la gueule de bois et traversent les années 90 comme un rêve avant de se réveiller à l’aube des années 2000 avec des machines entêtantes plein la tête et une certitude : avoir grandi sans pour autant renoncer tout à fait. Si cette grande fresque échappe parfois à Mia Hansen-Løve, elle livre un film passionnel qui va à la découverte d’une époque, d’une musique et propose sa propre lecture d’un parcours  – et au-delà d’une génération qu’elle ne voit que par brides – de plusieurs parcours qui se croisent entre création, amitié et chassé-croisé amoureux où l’on aperçoit quelques visages connus sous les traits d’actrices internationales. La réalisatrice s’est laissée enivrer par une force : le collectif et donc l’euphorie sans oublier ce qui fait sa force : la mélancolie.

Eden – Bande Annonce

Fiche Technique – Eden

France – 2013
Réalisation: Mia Hansen-Løve
Scénario: Mia Hansen-Løve et Sven Hansen-Løve
Interprétation: Félix de Givry : Paul, Pauline Etienne : Louise, Vincent Macaigne : David Blot, Greta Gerwig : Julia, Golshifteh Farahani : Yasmin, Laura Smet : Margot
Image: Denis Lenoir
Durée : 2h11 – Date de sortie : 19 novembre 2014
Genre : Drame
Costumes : Judy Shrewsbury
Montage:  Marion Monnier

Reporter/Rédacteur LeMagduCiné
Plus d'articles
star-wars-analyse-avenement-skywalker-yoda-luke-skywalker
La saga Star Wars est-elle une religion ?