Dracula selon Besson : entre tape-à-l’œil et étincelles de l’âme

Dracula selon Besson : un marteau-piqueur dans un salon baroque. Porté par un Caleb Landry-Jones en vampire électrochoc, le film alterne entre scènes d’intimité envoûtantes et déluges de décibels inutiles. Le réalisateur s’y révèle, une fois de plus, tiraillé entre son âme de romantique et ses démons spectaculaires.

Luc Besson signe un Dracula aussi subtil qu’un marteau-piqueur dans un salon Louis XV. Heureusement, la performance électrisante de Caleb Landry-Jones fait oublier (parfois) les décibels assourdissants de la mise en scène. Le film vaut par ses rares moments où le réalisateur éteint la sono et laisse parler les regards. Le reste ? Du grand spectacle qui aurait besoin… de moins de spectacle.

Dans une mise en scène tapageuse et beaucoup trop assénée, le Dracula de Luc Besson se perd dans de vaines surenchères alors qu’il reprend souffle dans les scènes d’intimité.

Caleb Landry-Jones : Le vampire qui sauve le navire

Rien de bien nouveau au royaume de Dracula version Luc Besson si ce n’est le charismatique comédien Caleb Landry-Jones. Le film est tout entier focalisé sur son visage, ses changements de perruque et d’âge, sa capacité fluide à venir nourrir par sa présence romantico-inquiétante n’importe quel accoutrement ou plan. L’agilité du comédien à pleurer, attendre, regarder et magnifier cette quête d’une passion morbide vieille de 400 ans pour sa bien-aimée princesse rend ce Dracula intrigant.

Besson a eu l’intelligence de tout construire autour de lui : son visage androgyne, ses yeux fiévreux, sa manière de transformer une perruque kitsch en accessoire tragique. Le comédien incarne moins Dracula qu’il ne le désosse – jouant tour à tour le prédateur, l’amant éploré, le monstre fragile.

Tapage et ratage

N’était sa présence, la réalisation se dilue dans un excès tapageur d’actions trop mécaniques et rapides pour être appréciées. Les premiers combats semblent filmés en accéléré sans chair. Surtout, l’omniprésence d’une musique trop signifiante enferme le film jusqu’à saturation. Le film hurle au lieu de murmurer. C’est d’autant plus dommage que la vraie inspiration du film, sa teinte sonore la plus avérée, est la foi dans l’amour éternel, la flamboyance fiévreuse d’un romantisme transcendant toutes les épreuves. Et quand Besson lâche du lest – une étreinte filmée à flanc de visage, un dialogue à voix basse –, une émotion fugace apparaît.

Le Paradoxe Bessonien : L’enfant qui veut faire « gros »

Besson réussit quelques plans où, vraiment, nous sentons une âme, une émotion : ceux de ses deux acteurs vedettes se déclarant leur flamme et s’embrassant pour l’éternité. Il y a la réminiscence d’une part irréductible chez Besson : l’enfance, la candeur de l’enfant qui joue à mettre en scène un film où ça tue et décapite dans tous les sens, alors même que c’est fondamentalement l’esprit romantique d’une profonde histoire d’amour qui l’intéresse. Au fond, ce Dracula révèle le drame secret de Luc Besson : un réalisateur romantique enchaîné à ses propres excès. Les scènes les plus justes sont celles où il oublie d’en faire trop.

Bande-annonce : Dracula

Fiche technique : Dracula (2025)

Titre original Dracula (France) / Dracula: A Love Tale (International)
Réalisation Luc Besson
Scénario Luc Besson, d’après le roman Dracula de Bram Stoker
Musique Danny Elfman (1ère collaboration avec Besson)
Direction artistique Hugues Tissandier (décors), Corinne Bruand (costumes)
Photographie Colin Wandersman
Montage Lucas « Kub » Fabiani
Production
  • Virginie Besson-Silla (EuropaCorp)
  • Luc Besson (LBP Productions)
Budget 45 millions d’euros
Pays de production France, Royaume-Uni
Langue originale Anglais
Genre Fantastique, Romance, Horreur gothique
Durée 129 minutes (2h09)
Format
  • Image : Couleur – 2.39:1 (Scope)
  • Son : Dolby Atmos / 5.1
Tournage
  • Lieux : Finlande (Laponie, Kainuu), France (Paris, studios Dark Matters à Tigery)
  • Période : Mars à juillet 2024
Effets visuels MPC Paris (656 plans VFX, supervision Laurent Creusot)
Date de sortie 30 juillet 2025 (France)
Distribution SND (France)

Casting principal

  • Caleb Landry Jones : Prince Vladimir / Dracula
  • Christoph Waltz : Le prêtre (alternative à Van Helsing)
  • Zoë Bleu : Elisabeta / Mina
  • Matilda De Angelis : Maria
  • Guillaume de Tonquédec : Docteur Dumont

Points techniques notables

  • Première collaboration entre Luc Besson et Danny Elfman pour la musique
  • Tournage en conditions extrêmes (-30°C en Finlande pour les scènes du XVe siècle)
  • Utilisation de perruques historiques et prothèses dentaires pour la transformation de Landry Jones

Festival

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