Deux Moi, mais un demi-film pour le nouveau Cédric Klapisch

Deux Moi, le nouveau film de Cédric Klapisch est la dernière version d’une œuvre toujours bien installée dans un contexte social et sociétal de son temps. Les états d’âme de Rémy et Mélanie nous laissent cependant davantage sur le bord du chemin que pour ses précédents métrages, car trop englués dans du convenu et de l’anecdotique, malgré une mise en scène toujours aussi précise.

Synopsis Rémy et Mélanie ont trente ans et vivent dans le même quartier à Paris. Elle multiplie les rendez-vous ratés sur les réseaux sociaux pendant qu’il peine à faire une rencontre. Tous les deux victimes de cette solitude des grandes villes, à l’époque hyper connectée où l’on pense pourtant que se rencontrer devrait être plus simple… Deux individus, deux parcours. Sans le savoir, ils empruntent deux routes qui les mèneront dans une même direction… celle d’une histoire amour ?

Nous finirons ensemble

Une pléthore de films très regardables sort cette semaine sur nos écrans. Deux Moi de Cédric Klapisch fait partie de ces films que l’on n’a pas envie de louper. On passe toujours un bon moment avec un film du cinéaste. S’il est un peu raté, au moins on se sera diverti, il y a toujours de l’humour et des sentiments glorieux. Et s’il n’est pas raté, alors on est vraiment content d’avoir vu un vrai bon film.

Deux Moi est un de ces films qu’on est content d’avoir vu. Suffisamment drôle même si insuffisamment réussi. Dès la première minute, l’issue du film est écrite . Rémy (François Civil, affable) et Mélanie (romantique Ana Girardot) sont deux trentenaires en proie à la solitude urbaine. Ils sont voisins, partent aux mêmes heures, rentrent aux mêmes heures par la même rame de la même ligne de métro, et se croisent tous les jours sans jamais se voir. Le dispositif permet de tenir en haleine le spectateur qui souhaite quand même savoir où, quand et comment l’inévitable rencontre aura lieu.

Cédric Klapisch est un bon faiseur. Il sait en particulier intégrer son histoire dans une enveloppe sociétale toujours ancrée à l’époque, ce qui la rend moins passe-partout qu’un autre scénario similaire. Ici par exemple, les affres existentielles du protagoniste semblent être déclenchées par une situation professionnelle délétère. Travaillant dans l’entrepôt d’une grande firme sans doute multinationale qu’Amazon n’aurait pas reniée, Rémy voit ses collègues être remplacés par des robots. Cette déshumanisation du travail est d’une actualité criante, tout comme, dans un tout autre registre, Mélanie qui découvre la déshumanisation de l’amour qu’on trouve désormais au bout de son téléphone portable, avec les sites de rencontre cités d’ailleurs à foison et de manière suspecte dans le film, ainsi que la désillusion qui va avec.

Les deux personnages sont en mal-être et consultent « quelqu’un », chacun de son côté. Cette partie du film est la moins agréable de toutes, tant ces séances de psy à rallonge enfoncent les portes ouvertes (Il faut deux Moi pour faire un Nous, Il faut d’abord s’aimer soi-même pour pouvoir trouver l’amour, ce genre de choses) et ne rendent pas vraiment service, ni à la psychanalyse ni à la psychothérapie. Elles prennent une place trop centrale dans le film qui n’est pas un film du genre psy (on pense à Jimmy P. de Desplechin ou au Dangerous Method de David Cronenberg), au détriment de scènes qui montreraient davantage cette solitude urbaine autrement que par de petits clips de quelques secondes de l’un ou l’autre marchant dans la rue ou sans sommeil dans leur lit. C’est cette succession de scènes qui ne va jamais complètement au fond des choses qui fait la faiblesse du film, comme en témoigne l’histoire du chaton, recueilli directement de Chacun cherche son chat ; un clin d’œil sympathique mais qui ne fait pas vraiment bouger les lignes du récit.

Malgré un casting all-star, Klapisch n’arrive pas à sortir le film d’une sorte de morosité, bien au-delà de la mélancolie que le sujet du film porte déjà intrinsèquement. Mais il est vrai que les comédiens de second rôle sont tous de formidables acteurs plutôt de comédie, et en ce qui concerne Camille Cottin en particulier, le rôle de psychanalyste ne lui colle pas à la peau d’une manière naturelle. François Berléand en revanche profite de son expérience plus variée, et Simon Abkarian tire vraiment son épingle du jeu avec ce personnage de l’épicier de quartier fédérateur sans jamais perdre la bosse du business. Quant à François Civil et Ana Girardot, ils personnifient plutôt bien ces trentenaires entre deux vies, déjà en dehors de la sphère familiale originelle, mais pas encore intégrés dans la leur propre. Perdus, voire hagards, leurs personnages traversent le film avec une tristesse assez crédible.

Deux Moi pêche pour être trop convenu et sans surprise. Mais Klapisch connaît suffisamment la musique pour captiver le spectateur avec une mise en scène précise, un décor parisien plus vrai que nature, comme à son habitude d’ailleurs, des dialogues assez drôles, et somme toute un film qu’on est finalement assez content d’avoir vu.

Deux Moi – Bande annonce

Deux Moi – Fiche technique

Réalisateur : Cédric Klapisch
Scénario : Cédric Klapisch, Santiago Amigorena
Interprétation : François Civil (Rémy Pelletier), Ana Girardot (Mélanie Brunet), Camille Cottin (La psy de Mélanie), François Berléand (J.B. Meyer, le psy de Rémy), Simon Abkarian (Mansour), Eye Haidara (Djena), Rebecca Marder (Capucine ), Pierre Niney (Mathieu Bernard), Zinedine Soualem (Le pharmacien), Paul Hamy (Steevy), Marie Bunel (La mère de Rémy), Patrick d’Assumçao (Le père de Rémy)
Photographie : Elodie Tahtane
Montage : Valentin Féron
Musique : Loïk Dury, Christophe Minck
Producteurs : Cédric Klapisch, Bruno Lévy
Maisons de production : Ce qui me meut
Distribution : StudioCanal
Durée : 110 min.
Genre : Comédie, Drame
Date de sortie : 11 Septembre 2019
France – 2019

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Beatrice Delesalle
Beatrice Delesallehttps://www.lemagducine.fr/
Le ciné, ma passion. L’écriture, mon Graal. Je tente de combiner les 2 sous la forme d’un avis, d’un éloge, d’un commentaire, d’une critique en somme. Ce n’est pas mon métier et ne le sera jamais, mais c’est ce que je fais de plus plaisant et de plus personnel par les temps qui courent. Ces derniers mois, j’ai craqué pour : Carlos Reygadas, Roni Elkabetz, Hiam Abbass, Steve McQueen, Lynne Ramsay, James Franco, David Gordon Green, Jia ZangKhe, Wang Bing, Kim Ki Duk, Hirokazu Kore Eda, Kiyoshi Kurosawa, Pablo Berger, Lars von Trier, Panos H. Koutras, Félix van Groeningen, Miguel Gomes, Çağla Zencirci, Nuri Bilge Ceylan, Emir Baigazin, François Ozon, Philippe Garrel, Alain Guiraudie, Thomas Cailley, Abdellatif Kéchiche. Pour leur film en fait, plutôt.

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