Certaines femmes, un film de Kelly Reichardt : Critique

Avec Certaines femmes, Kelly Reichardt ne parvient pas à transcender le portrait de femmes et signe une œuvre contemplative et froide qui malgré ses élans poétiques, ne nous confronte qu’à l’ennui.

Synopsis : Quatre femmes font face aux circonstances et aux challenges de leurs vies respectives dans une petite ville du Montana, chacune s’efforçant à sa façon de s’accomplir.

La tranquillité du quotidien

Kelly Reichardt s’est, depuis quelques années déjà, imposée comme une portraitiste de talent notamment pour exprimer avec une rare délicatesse l’intime et le mal être de ses personnages. Composant un cinéma féminin régi par l’abstrait et la poésie, elle a apporté des œuvres parfois difficiles d’accès pour son spectateur mais contenant de formidables joyaux pour celui qui avait le courage de s’y laisser bercer. Pourtant avec un style pareil à aucun autre et ses thématiques auteuristes appuyées, elle commence à devenir la caricature d’un cinéma indépendant américain qu’elle avait jusque là si bien évité. Mais allant de plus en plus loin dans l’épure et l’abstraction, elle cédait à une froideur qui marquait déjà une cassure avec son spectateur lors de son précédent film, Night Moves, réflexion écolo beaucoup trop statique menée par Jesse Eisenberg et Dakota Fanning.  Son dernier film, Certaines femmes, s’inscrit dans cette logique et peine à convaincre.

Visuellement, Reichardt n’a rien perdu de son talent. Filmant ses personnages avec une grâce désespérée, elle transcende la condition très terre-à-terre de leur quotidien pour en faire quelque chose de tourmenté et crépusculaire. La sublime abstraction qui émane des plans rappelle les plus belles heures de la peinture impressionniste. Le travail sur les cadres et leur composition est assez impressionnant surtout dans sa manière de capter le mouvement mais surtout son absence. Malgré le quotidien chargé des personnages, celui-ci semble figé dans le temps, voué à se répéter à l’infini. Il y a une vraie poésie des images qui émane de l’œuvre et même si on parvient à l’admirer, sa froideur rugueuse empêche de pleinement s’y investir. Le rythme en devient très lourd par son approche mécanique du film choral, les récits s’enchaînant laborieusement sans vraiment de liens logiques. Surtout que les films chorals ont tendance à manquer d’émotion car l’on ne passe pas assez de temps avec les personnages pour se sentir concerné par eux. Ici, c’est le cas et le choix n’apparaît pas des plus judicieux, surtout traité de manière aussi quelconque. Le film loupe le coche d’un drame profond pour n’être qu’un exercice de style qui finit par tourner en rond.

S’intéressant à la solitude inhérente au genre humain, la cinéaste se focalise sur le destin de trois femmes isolées au sein de leurs propres vies. Dans le premier segment on voit une femme qui peine à exister en dehors de son travail, un travail où elle a du mal à s’épanouir en raison de sa condition de femme. Dans le second, c’est une femme qui ne trouve plus sa place au sein de sa famille et qui se berce dans l’illusion de construire un foyer tandis que dans le dernier tiers, on suit une femme isolée des gens, en quête désespérée d’un contact humain. Les deux premières histoires, surtout la seconde, peinent vraiment à accrocher le spectateur par leur aspect presque dérisoire. Dans la première partie, c’est le personnage secondaire qui se révèle plus intéressant que le personnage que l’on est censé suivre, à tel point qu’il semble totalement déconnecté du récit. Le problème du segment autour du personnage de Michelle Williams, le deuxième, c’est qu’il se révèle relativement attendu. Son économie des mots est admirable mais la moralité et la substance du propos sont connues avant même que l’histoire ne se lance, enlevant tout intérêt. Il n’y a que le dernier acte qui parvient à exister car c’est le seul qui arrive à se lover dans le forme abstractive de Reichardt. Elle magnifie cet amour qui n’ose s’exprimer et c’est là qu’elle dépeint vraiment le vertige terrifiant de la solitude. Le casting fait de son mieux pour nous maintenir éveillé et il faut reconnaître qu’il fait du bon boulot. Laura Dern, Michelle Williams et Lily Gladstone rivalisent de justesse pour nous faire nous attacher à leur personnage et parviennent toujours à apporter un semblant d’âme à ceux-ci. Ce qui n’était d’ailleurs pas forcément perceptible à l’écrit. Les trois sont soutenues par des seconds rôles forts, dont on retiendra l’excellent Jared Harris, brillant de naïveté et de pathétisme, et Kirsten Stewart au charisme toujours aussi éblouissant.

Certaines femmes apparaît comme la confirmation que Kelly Reichardt se répète malgré son talent plus qu’évident. Le film est somptueux par sa réalisation et solide grâce à la justesse de son casting. Mais en dehors de ça, on se heurte à une œuvre bien trop froide et mécanique pour que l’on puisse s’y investir. Seule la dernière histoire du récit parviendra à éveiller l’émotion du spectateur qui regardait jusque là ces quotidiens statiques, d’un ennui poli. Beaucoup trop lent et probablement beaucoup trop long aussi, le propos de Certaines femmes ne survit que rarement à sa forme abstraite qui évapore sa substance, à savoir l’émotion humaine dans sa forme la plus brute. Reste un exercice de style tout juste moyen qui est certes joli mais qui sonne creux et tourne en rond.

Certaines femmes : Bande annonce

Certaines femmes : Fiche technique

Titre original : Certain Women
Réalisation : Kelly Reichardt
Scénario : Kelly Reichardt, d’après le recueil de nouvelles Both Ways Is the Only Way I Want It de Maile Meloy
Interprétation : Laura Dern (Laura Wells), Michelle Williams (Gina Lewis), Lily Gladstone (Jamie), Kristen Stewart (Beth Travis), Jared Harris (William Fuller),…
Image : Christopher Blauvelt
Montage : Kelly Reichardt
Musique : Jeff Grace
Décors : Pamela Day
Costume : April Napier
Producteur : Neil Kopp, Vincent Savino et Anish Savjani
Société de production : Film Science et Stage 6 Films
Distributeur : LFR Films
Durée : 107 minutes
Genre : Drame
Date de sortie : 22 février 2017

Etats-Unis – 2016

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Frédéric Perrinot
Frédéric Perrinothttps://www.lemagducine.fr/
Passionné de cinéma depuis mon plus jeune âge, j'articule depuis ma vie autour du 7ème art, un monde qui alimente les passions et pousse à la réflexion. J'aspire à faire une carrière dans le cinéma, ayant un certain attrait pour l'écriture et la réalisation. J'aime m'intéresser et toucher à toute sorte d'arts ayant fait du théâtre et de la musique. Je n'ai pas de genres de films favoris, du moment que les films qui les représentent sont bons. Même si je tire évidemment mes influences de cinéastes particuliers à l'image de David Lynch, mon cinéaste fétiche, Michael Mann ou encore Darren Aronofsky. Ces cinéastes ayant en commun des univers visuels forts et un sens du romantisme qui me parlent particulièrement.

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