Bros, une audacieuse « rom com » gay et grand public

Réaliser une comédie romantique gay adaptée au grand public n’est pas évident. Il faut respecter les codes du genre sans effacer ce qui peut faire la spécificité d’une relation homosexuelle. Un jeu d’équilibriste bien réussi par Nicholas Stoller avec Bros !

Synopsis : Bobby, un conservateur de musée et animateur de podcast new-yorkais se contente d’enchaîner les rencards sans lendemain. Un jour, il croise la route d’Aaron, un avocat tout aussi blasé. Ces deux hommes qui ne semblent plus croire à l’amour se rencontrent. Ce qui devait être un coup d’un soir se transforme petit à petit en engagement durable.

Un film évidemment engagé

Universal présente Bros comme la « première comédie romantique gay produite par un grand studio ». Un propos à nuancer puisque les films Love, Simon (2018, Fox 2000 Pictures) et Fire Island (2022, Disney) ont ouvert la voie à des productions mettant en scène des personnages gays.

Mais Bros n’en reste pas moins un film précurseur. Les productions de ce genre devraient permettre de faire sortir le « cinéma gay » de la case « cinéma de niche ». Le film explore par ailleurs le spectre arc-en-ciel au-delà des personnages principaux homosexuels. Lesbiennes, trans, bisexuels, non binaires, intersexes. Billy Eichner qui a coécrit le scénario s’est voulu autant inclusif que possible.

On peut par ailleurs saluer la volonté du réalisateur de ne pas avoir choisi d’acteurs hétérosexuels et cisgenres pour jouer les rôles de personnages LGBTQ+. Le casting, en plus d’être de bonne qualité, permet de mettre en avant des icônes de la communauté. On peut citer Luke Macfarlane qui a fait son coming-out gay en 2008. Une époque où l’homophobie de l’industrie du cinéma était encore plus criante. L’actrice trans Ts Madison, extrêmement charismatique et énergique, se démarque nettement lors de ses apparitions à l’écran.

L’intrigue de Bros, au-delà d’offrir une représentation à l’écran, offre une véritable réflexion sur la communauté LGBTQ+. Le long-métrage invite ses membres à accepter l’hétérogénéité. Il n’y a pas qu’une façon d’être gay, d’être lesbienne, d’être trans, etc. Un message positif bien loin des films qui offrent des représentations essentialistes des minorités. L’histoire et les hésitations des personnages principaux permettent d’aborder la question de l’homophobie internalisée ou encore de la tolérance dans les familles.

Une « rom com » originale

On retrouve dans Bros tous les codes de la comédie romantique. Un ou des personnages ne croient plus en l’amour. Puis se succèdent la rencontre, le rapprochement, les erreurs, la réconciliation et le happy-end. Rien n’est spoilé ici. Ce schéma classique est l’objectif de la « rom com » et Nicholas Stoller l’a bien compris.

Le réalisateur, interviewé par Teaser, ne cache pas son amour pour le genre. Il confesse : « J’ai toujours aimé les comédies romantiques […]. Tous les ans, je revois Quand Harry rencontre Sally et tous les ans, le monologue lors de la scène du Nouvel an me file des frissons. »

Bros respecte son contrat. Le film reste dans les clous de la « rom com ». Il ne fait cependant pas de l’identité gay un facteur qui remet totalement en cause les normes du genre. Pour autant, Nicholas Stoller se veut innovant et parvient à parler de thématiques spécifiques aux homosexuels sans tomber dans la dramatisation qui a souvent prévalu dans le « cinéma gay ».

En outre, le film s’amuse des codes de la comédie romantique pour mieux jouer avec. Tout d’abord car les clins d’œil aux classiques sont récurrents. Par exemple, on compte de nombreuses références à Quand Harry rencontre Sally (Rob Reiner, 1989) ou à You’ve Got Mail (Nora Ephron, 1999). Elles permettent de souligner quand l’intrigue s’approche ou (surtout) s’éloigne des canons du genre. On peut également citer une scène de dispute dramatique qui prend place près de bornes de vélos en libre accès. Pendant que les deux personnages principaux ont une discussion animée et dramatique, un homme traverse le champ pour récupérer son vélo et partir. Sans doute un moyen pour le réalisateur de faire redescendre la pression et de déconstruire la « scène de dispute » omniprésente dans la « rom com ».

Tant parce qu’il respecte les codes du genre que parce qu’il s’en amuse, Bros a de quoi convaincre les amateurs de comédies romantiques quelle que soit leur identité de genre ou leur orientation sexuelle.

Une ode à la culture et à la communauté LGBTQ+

Du dating sur Grindr au poppers en passant par les chansons de Mariah Carey, Bros joue sur certains clichés du monde gay contemporain. Mais au-delà des stéréotypes, le film résonne comme une déclaration d’amour à toute une communauté dont il offre une représentation assez juste.

Billy Eichner, qui en plus d’avoir coécrit le scénario incarne le rôle principal, se sert de son personnage et de l’intrigue pour multiplier les références à la culture et à l’histoire LGBTQ+. Le film est émaillé de références à des artistes ou des personnages admirés notamment par la communauté gay. Exemple type : l’apparition de Debra Messing, icône gay découverte dans la série Will and Grace.

Ce recours à des références parfois un peu « niche » ou typiquement américaine peut ne pas être toujours adapté à un public hétérosexuel et français. Certains spectateurs passeront sans doute à côté de références amusantes qui font la richesse et la justesse du long-métrage.

Quel avenir pour le « cinéma LGBTQ+ » ?

L’objectif de Bros était de proposer un « cinéma gay » mainstream. Sur le papier, le pari a tout pour réussir. Le film est bien écrit et évite la caricature. Mais s’il est unanimement salué par la critique, il n’a remporté qu’un succès mitigé auprès du public, notamment aux États-Unis. Plusieurs jours après sa sortie, Billy Eichner regrettait sur Twitter que « même avec d’élogieuses critiques […], le public hétérosexuel, surtout dans certaines parties du pays, [ne soit] simplement pas venu voir Bros ».

On espère vivement que cette déception en salle ne dissuadera pas les grands studios de produire d’autres films du genre. Réalisateurs et scénaristes pourraient notamment plancher sur des intrigues incluant d’autres parties de la communauté LGBTQ+ en proposant des personnages lesbiens, trans, intersexes, asexuels, etc. La route reste longue pour que le cinéma reflète toutes les couleurs de l’arc-en-ciel.

Bande-annonce : Bros

Fiche technique : Bros

Réalisation : Nicholas Stoller

Scénario : Billy Eichner et Nicholas Stoller
Interprétation : Billy Eichner, Dot Jones, Luke Macfarlane, TS Madison, Monica Raymund
Montage : Daniel Gabbe
Musique : Marc Shaiman
Décors : Lisa Myers
Costumes : Tom Broecker
Producteurs : Judd Apatow, Josh Church et Nicholas Stoller
Sociétés de production : Apatow Productions et Global Solutions
Distributeur : Universal Studios
Durée : 115 minutes
Genre : Comédie romantique
Date de sortie : 19 octobre 2022

Etats-Unis – 2022

Auteur : Maxime D

Note des lecteurs0 Note
4

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Wedding Nightmare : Deuxième partie – Battle of the ring

En apparence, ce "Wedding Nightmare : Deuxième partie" promettait d'être une suite qui se démarque de la surexploitation des studios. Le film de Matt Bettinelli-Olpin et de Tyler Gillett s’inscrit pourtant dans cette triste réalité, après un premier volet qui avait su encapsuler tout le plaisir régressif d'une série B, avec ce qu'il faut de suspense, d'effusion de sang et de maladresse calculée pour que le spectateur s'amuse ludiquement dans une partie de cache-cache à mort.

Pour Klára : mange, existe, aime

Cinquième long métrage du Slovène Olmo Omerzu, "Pour Klára" embarque une famille décomposée sur les rivages ensoleillés de l'Adriatique pour mieux l'observer se noyer à sec. Un drame familial d'une subtilité redoutable, porté par un regard qui n'accuse personne — et qui, du coup, nous met tous en cause.

Romería : la mémoire des vagues

Carla Simón n'a jamais vraiment cessé de filmer sa propre histoire. Avec "Romería", son troisième long-métrage en compétition à Cannes 2025, elle va plus loin que jamais : reconstituer la jeunesse de ses parents, morts du sida, à travers le regard d'une fille de 18 ans qui débarque en Galice pour la première fois. Un film sur les origines, les silences de famille et le pouvoir du cinéma à combler ce que la vie n'a pas laissé le temps de vivre.

The Drama : pour le pire ou pour le rire ? Telle est notre (délicieuse) interrogation

Voilà une œuvre qui montre qu’un certain nouvel Hollywood (ici A24 mais ça pourrait être Neon ou FilmNation) peut nous offrir des bons films dits du milieu. Deux stars à l’alchimie indéniable, un scénario original et impeccablement écrit et la réalisation alerte d’un cinéaste qui confirme une voie singulière pour un petit bijou. Une œuvre dont on ne saurait dire si c’est un drame ou une comédie ou les deux, en tout cas accouchée d’une veine romantique acerbe.

Un jour avec mon père : ce qui reste dans la lumière

Il y a des films qui arrivent comme arrivent les souvenirs d'enfance : par effraction, sans prévenir, avec cette netteté particulière des choses qu'on n'a pas cherché à retenir. "Un jour avec mon père", premier long métrage du réalisateur britanno-nigérian Akinola Davies Jr., est de ceux-là. On entre dans ce film comme on entre dans une journée ordinaire et on en ressort changé, sans trop savoir pourquoi, avec quelque chose de chaud et de douloureux logé quelque part dans la poitrine.

Wedding Nightmare : Deuxième partie – Battle of the ring

En apparence, ce "Wedding Nightmare : Deuxième partie" promettait d'être une suite qui se démarque de la surexploitation des studios. Le film de Matt Bettinelli-Olpin et de Tyler Gillett s’inscrit pourtant dans cette triste réalité, après un premier volet qui avait su encapsuler tout le plaisir régressif d'une série B, avec ce qu'il faut de suspense, d'effusion de sang et de maladresse calculée pour que le spectateur s'amuse ludiquement dans une partie de cache-cache à mort.

Pour Klára : mange, existe, aime

Cinquième long métrage du Slovène Olmo Omerzu, "Pour Klára" embarque une famille décomposée sur les rivages ensoleillés de l'Adriatique pour mieux l'observer se noyer à sec. Un drame familial d'une subtilité redoutable, porté par un regard qui n'accuse personne — et qui, du coup, nous met tous en cause.

Romería : la mémoire des vagues

Carla Simón n'a jamais vraiment cessé de filmer sa propre histoire. Avec "Romería", son troisième long-métrage en compétition à Cannes 2025, elle va plus loin que jamais : reconstituer la jeunesse de ses parents, morts du sida, à travers le regard d'une fille de 18 ans qui débarque en Galice pour la première fois. Un film sur les origines, les silences de famille et le pouvoir du cinéma à combler ce que la vie n'a pas laissé le temps de vivre.