Avant toi, un film de Thea Sharrock : Critique

Dès la mise en ligne du teaser, début février, Avant Toi a aussitôt suscité une forte attente du public, devenant même l’une des bandes-annonces les plus commentées de ce début d’année.

Synopsis : Louisa Clark est une jeune femme de 26 ans pleine de joie de vivre qui habite avec sa famille dans un petit village anglais où elle enchaine maladroitement les petits boulots, sans véritable ambition à long terme. Elle accepte sans y croire une offre d’aide à domicile dans une famille d’aristocrates locaux dont le fils, William, est tétraplégique. Ce jeune homme qui était promis à un bel avenir avant son accident deux ans plus tôt, est à présent désenchanté et cynique. Ses relations avec Lou mettront donc du temps avant de se réchauffer… et de se transformer en une magnifique histoire d’amour.

Une romance qui marche comme sur des roulettes

Il faut dire qu’il profite d’un casting qui a de quoi attirer des spectateurs peu enclins aux comédies romantiques à l’eau-de-rose : l’idée de voir le couple formé par la star de Game of Thrones et une des grandes figures de Hunger Games, tous deux opérant là leurs premiers pas dans un registre dans lequel ils n’ont pas encore fait leurs preuves, est en effet un argument qui était sûr de fédérer les nombreux fans des deux sagas. Ajoutez à cela la présence de Matthew Lewis, qui n’a quasiment plus été vu depuis la fin de la franchise Harry Potter il y a cinq ans, et vous vous assurez la curiosité d’un public estampillé « geek » toujours plus large et international. Mais, ici en France, le public semble condamné à répéter le même reproche que celui fait au roman dont le film est tiré, celui de voir dans son point de départ, la relation entre un tétraplégique millionnaire et son aide à domicile issu d’un milieu social plus précaire, ni plus ni moins que de la variation hétéro de Intouchables. Fort heureusement, le roman de Jojo Moyes n’est pas devenu un best-seller pour rien; l’auteure y a injecté une touche d’humour et une sensibilité qu’elle a brillamment su réexploiter en l’adaptant pour le cinéma.

Dans la version papier, la narration était faite à la première personne, adoptant le point du personnage de Luisa -une précision qui répond d’ailleurs à l’ambiguïté du titre, à savoir qui parle de ce qu’il était avant sa rencontre avec l’autre. Normal, donc, que le récit du long-métrage se focalise sur elle, et que, par voie de conséquence, son interprète porte le film sur ses frêles épaules. D’où la question : Emilia Clarke est-elle convaincante dans la peau de cette jeune amoureuse aussi maladroite qu’ingénue ? Autant le reconnaitre, au vu des premières minutes, le pari n’était pas gagné : on la sent mal à l’aise dans ses costumes de mauvais goût, et son sourire forcé participe à donner à son personnage une aura artificiel qui n’augure rien de bon pour la suite. Mais peut-être cette gêne est-elle volontaire ? N’oublions pas, maintenant que le sens du titre est clair, que l’enjeu du film est sa transformation au contact du beau William, et justement, on observe une véritable rupture entre le jeu faussement enjoué et celui, beaucoup plus décontracté, de l’actrice dès l’instant où sa relation entre les deux personnages va évoluer vers la romance. On peut sans doute alors parler de maladresse maitrisée.

Coté qualité de jeu, Sam Claflin n’es pas en reste, tant son interprétation uniquement faciale (une limite que l’on sait difficile) est superbement expressive. Mais la véritable réussite qui permet à Avant Toi de se démarquer du lot de drames romantiques pour midinettes, à commencer par Nos Etoiles Contraires, qui reste depuis deux ans le plus gros succès de ce sous-genre, c’est qu’il dispose de personnages attachants qui ne semblent pas pensés comme de simples artifices scénaristiques à des fins pathos. La façon dont sont caractérisés Lou, Will mais aussi leurs proches (leurs parents respectifs, Patrick le petit-ami monomaniaque ou encore Nathan, le kiné au grand cœur) relève davantage de la comédie que du drame pur. Et c’est justement de l’humour qui va apparaitre dans leurs dialogues (les échanges sur le cinéma sont savoureux) que va naitre l’émoi et au final, la tristesse, voire les grosses larmes pour les plus sensibles d’entre vous. Un schéma émotionnel riche, qui sonne juste et nous fait profiter de moments véritablement attendrissants. Pour ce qui est du reste du scénario, en revanche, impossible de nier que tous les dispositifs propres aux histoires d’amour  sont réunis sans vergogne.

Fort heureusement, les choses prennent leur temps à s’installer, instillant dans cette passion une certaine subtilité. Le ton pop qui caractérise l’excellente bande-originale s’éloigne lui-aussi de l’ambiance tire-larme lourdaude que l’on pouvait en craindre. Et même la consensualité d’un récit aussi convenu est à son tour contrebalancée par le discours polémique sur l’euthanasie vers lequel il va peu à peu basculer. C’est peut-être dans ce registre que l’on sent la réalisatrice la moins à l’aise, car, autant elle réussit à faire du sujet la source d’un drame familial déchirant, autant il ne sera jamais exploité comme la base d’un débat philosophique plus profond. Mais, après tout, ce qui compte c’est que tel Louisa dans cette conclusion au décor de carte postale, on se sente bouleversée par le souvenir de ce prince charmant sur son trône de fer qui aura fait flamboyer la jeune fille en fleur pleine d’idéaux romantiques qui repose en chacun de nous.

Avant toi : Bande-annonce

Avant toi : Fiche technique

Titre original : Me before you
Réalisation : Thea Sharrock
Scénario : Jojo Moyes, d’après son propre roman
Interprétation : Emilia Clarke (Louisa Clark), Sam Claflin (William Traynor), Matthew Lewis (Patrick), Stephen Peacocke (Nathan), Janet McTeer (Camilla Traynor), Charles Dance (Steven Traynor)…
Photographie : Remi Adefarasin
Montage : John Wilson
Direction artistique : Nick Dent
Musique : Craig Armstrong
Production : Karen Rosenfelt, Alison Owen
Sociétés de production : MGM, New Line Cinema
Sociétés de distribution : Warner Bros.
Durée : 110 minutes
Genre : Drame, romance
Dates de sortie : 22 Juin 2016
Grande-Bretagne – 2016

 

Festival

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Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

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