À la belle étoile : comment devenir chef

Sébastien Tulard met en scène et en images la vie de Yazid Hichemrahen en adaptant son autobiographie Un rêve d’enfant étoilé qui remonte jusqu’à sa difficile enfance à Épernay. Mis en avant, l’argument de l’histoire vraie est bien tenu par l’ensemble du film, même si condenser trente ans de vie en 1h50 exige quelques raccourcis

Le début du film se montre un peu hésitant, en alternant les scènes de l’adolescence de Yazid à Épernay et ses débuts dans le métier de pâtissier. On sent la volonté de montrer d’où il vient. Nous aurons droit à ses difficultés familiales, en particulier sa relation très houleuse avec sa mère (Loubna Abidar), son placement en famille d’accueil et l’ambiance dans un foyer où il côtoie de nombreux autres jeunes en difficulté. Un certain nombre de scènes montrent que son destin aurait pu dévier malencontreusement sur quelques décisions dues à des situations qui le dépassaient. Le film montre quand même que, depuis tout jeune, sentant ses capacités, il a la volonté d’émerger et trouver sa place dans le milieu de la grande cuisine et plus exactement de la pâtisserie. Le film montre également qu’il ne suffit pas d’avoir des qualités (du talent), pour réussir. Il faut aussi trouver les conditions nécessaires pour s’épanouir et s’entraîner encore et encore. On observe également toutes les rivalités qui peuvent éclater en cuisine, même si le film insiste sur le fait qu’il s’agit d’un travail d’équipe. Ceci dit, les thématiques du racisme, de l’autoritarisme et du sexisme n’apparaissent que pour un traitement superficiel.

La cuisine et le cinéma

Le début est sans doute révélateur, et du personnage et de la situation de Sébastien Tulard, dont ses 10 ans comme assistant-réalisateur n’en font pas encore le M.R.F. (Meilleur réalisateur de France), mais qui met tout son cœur dans ce premier film où il est aux commandes (également coscénariste avec Cédric Ido). Montrer d’où vient Yazid a son intérêt, mais certaines scènes sonnent comme des passages obligés et on ne sent pas la nécessité absolue de les placer dans le film, surtout par cette alternance répétée entre deux époques. Il faut dire que l’affiche indique clairement qu’il s’agit d’un film sur le milieu de la cuisine. On notera au passage que le titre joue sur un double sens certes astucieux, mais qui ne correspond qu’à moitié à ce que montre le film (si Yazid dort un moment à la belle étoile, on ne le voit jamais obtenir d’étoile comme chef pâtissier). Ajoutons qu’il a également le regard dans les étoiles, ce qui lui permet de montrer la Petite Ourse dans le ciel une nuit à un copain, ce à quoi le copain réagit en disant « Même quand on  regarde des étoiles, le mec il voit des casseroles partout. » pour signaler un exemple de la volonté de tirer les dialogues vers la comédie quand les situations le permettent. Rassurons les curieux.ses, oui le film montre effectivement de la cuisine et Sébastien Tulard rappelle fort opportunément que le travail de confection en cuisine recèle un réel potentiel esthétique. On en a la preuve dès la première fois que Yazid est mis au défi par le chef auprès de qui il vient de se montrer maladroit : réaliser une Forêt Noire. Autant dire que ce qu’il confectionne et présente donne l’eau à la bouche. Oui, on a envie de la manger, sa Forêt Noire ! Et c’est l’occasion de dire que toutes les pâtisseries réalisées dans le film sont des œuvres réelles, avec des ingrédients adaptés et élaborées selon des techniques surveillées par des spécialistes (Yazid Hichemrahen a lui-même contribué à la supervision de cet aspect essentiel du film).

Escalade

Maintenant, il faut quand même dire que, malgré toutes ses bonnes intentions, ce film ne se montre pas d’une originalité remarquable. Il s’agit de l’ascension d’un jeune qui a le talent nécessaire, mais dont les origines ne le prédestinent pas du tout à trouver sa place dans le milieu de la gastronomie. Il y arrive à force de persévérance et il doit faire face à de nombreuses difficultés. Bien mises en valeur, les qualités de Yazid éclipsent d’éventuels défauts probablement gommés du fait que le matériau de base est autobiographique. Sélectionné au festival de l’Alpe d’Huez 2023, le film montre les étapes de l’ascension de Yazid et en fait peut-être un peu trop en cherchant à rendre spectaculaire une phase finale de championnat du monde par équipes des pâtissiers. On sent que le monde du spectacle est passé par là, en particulier la TV avec ses nombreuses émissions à succès exploitant l’intérêt pour la cuisine, mais également en cherchant à fabriquer du suspense à tout prix.

Le casting

Il est porté par le jeune Riadh Belaïche dans le rôle de Yazid, que Sébastien Tulard n’a engagé qu’après un temps de réflexion, considérant que le jeune homme présente un parcours en devenir comparable à celui qu’il incarne. En effet, s’il est connu actuellement comme youtubeur et influenceur sous le nom de Just Riadh (allusion au Dîner de cons ?), il montre ici qu’il peut trouver sa place comme acteur dans le paysage audiovisuel français. Sa composition est solide et sans faille et il parvient à se montrer émouvant, comme l’ensemble de celles et ceux qui l’entourent. Citons Patrick d’Assumçao et Christine Citti, Marwann Amesker (Yazid jeune), mais aussi Pascal Legitimus dans un second rôle, la charmante Lika Minamoto, ainsi qu’Esteban dans un contre-emploi.

Bande-annonce : À la belle étoile

Fiche technique et synopsis du film À la belle étoile

Coproduction : France 2 Cinéma ; KissFilms ; Atelier de production ; De l’autre côté du périphe
Distribution : Bac Films
Réalisateur : Sébastien Tulard
Scénaristes : Cédric Ido et Sébastien Tulard : adaptation du livre « Un rêve d’enfant étoilé » de Yazid Hichemrahen
Sortie française : le 22 février 2023 – 110 minutes
Avec :

  • Riadh Belaïche : Yazid Hichemrahen
  • Loubna Abidar : la mère de Yazid
  • Patrick d’Assumçao : père (famille d’accueil)
  • Christine Citti : mère (famille d’accueil)
  • Marwann Amesker : Yazid jeune
  • Esteban : Julien
  • Pascal Legitimus : Bouchard
  • Lika Minamoto : Satomi
  • Saïd Benchnafa : Samy

Synopsis : Depuis son plus jeune âge, Yazid n’a qu’une passion, la pâtisserie. Elevé entre famille d’accueil et foyer, le jeune homme s’est forgé un caractère indomptable. D’Epernay à Paris en passant par Monaco il va tenter de réaliser son rêve : travailler chez les plus grands chefs pâtissiers et devenir le meilleur.

Note des lecteurs6 Notes
2.5

Festival

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Deauville 2026 : Club Kid, père jusqu’au bout de la nuit

Avec "Club Kid", son premier long-métrage, Jordan Firstman signe une comédie touchante et pétillante, ancrée dans l'effervescence des nuits gays new-yorkaises. Il y campe un père dévasté qui doit apprendre à se reconstruire lorsqu'un fils dont il ignorait l'existence débarque soudainement dans sa vie. Un film lumineux et généreux, qui célèbre avec tendresse le sens des liens humains et la capacité de chacun à se réinventer.

Deauville 2026 : Test, la force fragile

Au contraire des films Hollywoodiens qui nous ont habitués à un bodybuilding viril souvent très macho, "Test" offre une plongée sensible au cœur du culturisme et ose briser les tabous. En s'inspirant de sa propre expérience, Brock Yurich incarne un athlète mal dans sa peau en quête d'affirmation. Un récit à fleur de muscles prodigieusement mis en scène.

Deauville 2026 : The Last Pickpocket in New York, les mains dans les poches

Comment survivent les voleurs à la tire dans notre société moderne ultra connectée, où l'argent est devenu virtuel et les téléphones des traceurs ambulants ? En partant de cette question simple, "The Last Pickpocket in New York" propose un polar urbain délicieusement rétro qui rend hommage aux classiques du genre. Porté par la performance impeccable de John Turturro, le film convainc plus par son atmosphère nostalgique que par son scénario ingénu.

Newsletter

À ne pas manquer

Salvation, un petit cru d’Emin Alper

En Turquie, la tension monte entre deux villages. Paranoïa et manipulations religieuses attisent la violence. Adoptant les codes des films de genre, Emin Alper ne parvient guère à convaincre, malgré une photographie de qualité, une interprétation impeccable et un final malin.

L’Âme des guerriers (1994), de Lee Tamahori : une tentative de réaffirmation identitaire

Œuvre sur le déclin culturel des Maoris, ce premier long-métrage de Lee Tamahori propose un portrait sans concession de la misère et de la violence dans lesquelles patauge une communauté déracinée. Aux côtés de La Leçon de piano de Jane Campion, sorti un an plus tôt, cette tragédie grecque doublée d’une œuvre choc a permis de mettre la Nouvelle-Zélande sur la carte du cinéma mondial.

La frappe : Sans les mots

La frappe explore avec une caméra au plus près des visages les cicatrices laissées par un père abuseur. Julien Gaspar-Oliveri signe une œuvre tendue et rugueuse, entre drame intime et chronique familiale. Un film qui déroute par son refus de trancher mais finit par séduire lorsqu'il renoue avec une narration plus ferme. Une proposition fragile, parfois monotone, mais qui s'essaye à une certaine forme.

Utu Redux : quand la vengeance devient un incendie sans fin

Le western maori de Geoff Murphy plonge dans la guerre de Te Kooti, tourné à cru dans le bush néo-zélandais. Entre villages incendiés, humour noir et camps jamais figés, le film capture un engrenage de vengeance coloniale où personne ne reste épargné, jusqu'à une scène finale qui vide le mot "utu" de son sens.

Smash Palace : au pays de la casse

Dans une casse automobile perdue en Nouvelle-Zélande, un ex-pilote confond amour et possession jusqu'à traiter sa fille comme un trophée. Son couple se déchire, son garage déborde de carcasses, et le paysage tout entier se referme sur lui comme un piège dont personne ne ressort.

Salvation, un petit cru d’Emin Alper

En Turquie, la tension monte entre deux villages. Paranoïa et manipulations religieuses attisent la violence. Adoptant les codes des films de genre, Emin Alper ne parvient guère à convaincre, malgré une photographie de qualité, une interprétation impeccable et un final malin.

La frappe : Sans les mots

La frappe explore avec une caméra au plus près des visages les cicatrices laissées par un père abuseur. Julien Gaspar-Oliveri signe une œuvre tendue et rugueuse, entre drame intime et chronique familiale. Un film qui déroute par son refus de trancher mais finit par séduire lorsqu'il renoue avec une narration plus ferme. Une proposition fragile, parfois monotone, mais qui s'essaye à une certaine forme.

The Dog Stars : Ridley Scott s’essaie au post-apo (en pantoufles)

Dans un monde post-pandémique, Ridley Scott livre un survival maîtrisé mais sans surprise, porté par Jacob Elordi, Josh Brolin et Margaret Qualley dans les paysages du Colorado.