Guillaume Meral

"Titulaire d'un master en filmologie et actuellement en doctorat, Guillaume a déjà travaillé pour quelques médias avant de rejoindre l'équipe. Fan de James Cameron et George Miller, dévot de Michael Mann et Tsui Hark, groupie de John Woo et John Carpenter, il assure néanmoins conserver son objectivité critique en toutes circonstances, particulièrement pour les films qu'il n'aime pas (en gros: La Nouvelle-Vague, les Marvel et Denis Villeneuve). Il aime les phrases (trop) longues, la douceur sémantique de Booba et Kaaris, et le whisky sans coca"

Arras Film Festival : Family Life avec les films The quiet girl, Les Miens, Reste un peu

Comme le disait Orelsan, la famille c’est que des emmerdes. Des repas qui n’en finissent pas avec des gens qu’on est obligé de voir, de l’argent jeté par les fenêtres à Noël et aux anniversaires, des névroses dont on ne se débarrasse jamais vraiment. Et accessoirement des films boursouflés chargés comme la dinde du réveillon qui accablent plus qu'ils ne libèrent le spectateur de son quotidien. Ca tombe bien, c’est aussi le thème de ce troisième jour de l’Arras Film Festival.

Arras Film Festival : Apocalypse soon avec les films Couleurs de l’incendie, En plein feu, Plus que jamais

Le coup d’envoi est donné, les athlètes viennent de quitter la ligne de départ pour s’élancer sur la piste : le marathon de l’Arras Film Festival 23ème du nom a démarré, et comme de coutume il se court à l’allure d’un sprint. Pas le temps de niaiser, ni de regretter le verre de trop de la veille. C’est dans le dur qu’on se découvre des super-pouvoirs, et c’est en persistant qu’on apprend à s’en servir. Faire un festival, c’est comme entrer dans la salle de l’esprit et du temps dans Dragon Ball Z : une bulle temporelle dans laquelle on entre simple mortel, et dont on ressort Super-Sayien.

Chœur de rockers : Smells Like Teen Spirit

Un festival de cinéma, c'est comme un film : pour accrocher le spectateur il ne faut pas se louper sur l’entrée en matière, et mettre d’emblée les petits plats dans les grands. Autant dire que le film Chœur de rockers, sélectionné pour l’ouverture de cette 23ème édition de l’Arras Film Festival, était comme de coutume attendu au tournant.

Hors d’atteinte de Steven Soderbergh: La Forme de l’eau

La séduction, ce n’est jamais que de la légèreté qui n’en pense pas moins et cette interdiction formelle à extérioriser la gravité, Hors d'Atteinte ne va pas la subir mais l’embrasser. A l’instar de ses deux personnages principaux finalement, qui se laissent aller à la spontanéité des sentiments au détriment des attendus de leurs fonctions respectives.  

Full Alert : L’épitaphe de Hong-Kong par Ringo Lam

A l’instar de la plupart des films de Ringo Lam, Full Alert confronte le libre-arbitre de ses personnages à la fatalité de la violence. Une lutte qui se manifeste en l’état par un mouvement de fuite en avant effréné, comme un train de marchandises lancé à grande vitesse sans personne aux commandes.

L’ennemi de Stephan Streker : Un jardin qui n’a plus rien de secret

L’ennemi ne dessine pas une trajectoire linéaire, mais calligraphie un cycle en train de se répéter. Meurtrier ou non, Louis Durieux est avant tout un homme pris dans la toile d’Araignée de son fil d’Ariane, et perdu dans le labyrinthe de sa fatalité.Stephan Streker fait partie de ces réalisateurs qui emmènent le spectateur dans les abysses.

Strange Days : l’affaire Georges Floyd par Kathryn Bigelow

Dans Strange Days, Kathryn Bigelow n'anticipait pas seulement l'affaire Georges Floyd, mais le support de diffusion qui allait conduire à l'embrasement général. C’est parce que le meurtre de Georges Floyd se ressent « comme un film » qu’il est aussi insoutenable, et c'est parce qu'il traduit un point de vue qu'il peut se rapporter à un film. Le chemin vers l’empathie n’est pas jalonné de postures ou de discours creux : il doit être brutal et douloureux pour ne plus laisser le choix à ceux qui l’empruntent. La violence de l'expérience, tel est le prix à payer pour connecter avec la réalité de l'image celui ou celle qui la regarde.

La rose et la flèche : Robin sort du bois en Blu Ray

Comme un Rambo avant l'heure, Robin recrée un champ de bataille pour se sentir chez lui et tisse lui-même le narratif de sa légende (défenseur des pauvres vs nobles cupides) pour épancher sa soif de bataille (voir le duel final, anti-cathartique au possible). Dans La rose et la flèche, le héros, le personnage devient un psychopathe qui nourrit ses traumatismes de guerre avec son hubris démesuré.

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