Guillaume Meral

"Titulaire d'un master en filmologie et actuellement en doctorat, Guillaume a déjà travaillé pour quelques médias avant de rejoindre l'équipe. Fan de James Cameron et George Miller, dévot de Michael Mann et Tsui Hark, groupie de John Woo et John Carpenter, il assure néanmoins conserver son objectivité critique en toutes circonstances, particulièrement pour les films qu'il n'aime pas (en gros: La Nouvelle-Vague, les Marvel et Denis Villeneuve). Il aime les phrases (trop) longues, la douceur sémantique de Booba et Kaaris, et le whisky sans coca"

Spetters : La règle du jeu de Paul Verhoeven

Le réalisateur n’est pas fasciné par la figure de Jesus pour rien, ni pour les allégories sulfureuses qui outragent ceux qui préfèrent attacher leur investissement dans l'action à la laisse de leurs certitudes morales. Réalisateur no limit, Paul Verhoeven ne demande pas autre chose à ses spectateurs. Tant pis pour ceux qui ne veulent pas. 

L’affaire J’accuse : Roman Polanski déféré au spectateur

Sur un strict plan cinématographique, J’accuse n’est pas plus tributaire de ce qu’a pu faire ou non Polanski que ses précédents travaux. Au final, c’est moins à la culture du viol dont la polémique J’accuse se fait l’écho qu’au blanc-seing dont jouissent ceux qui passent toujours à travers tout, et dont Polanski est devenu un symbole reconnu.

Generation Kill, La guerre du Golfe n’a pas (vraiment) eu lieu

Guerre il y a dans Generation Kill, mais très peu de contacts directs. Confinée dans des véhicules blindés sillonnant les parties plus ou moins accueillantes du pays, l’unité dépeinte semble constamment séparée du terrain par une frontière infranchissable. Y compris lors des échanges de feu nourri, où deux territoires (l’Irak, les soldats U.S) semblent entrer en collision sans jamais former un terrain d’affrontement à proprement dit.  Ce n’est pas des mondes qui se confrontent, mais deux dimensions parallèles qui se frottent : tout semble s’opérer par interface interposée. Même les morts (et les bavures), pourtant l’inévitable corollaire de la guerre, se trouvent d’abord déréalisés par le dispositif.

Gemini Man, d’Ang Lee : le spectateur de demain pour le cinéma du futur

Sous ses airs de commande boostée par un projet de mise en scène, Gemini Man aligne toutes ses planètes sur le même curseur. Ainsi l’argument du double numérique, loin de constituer un simple produit d’appel, permet justement de construire l’identification au héros sur une base qui n’est plus seulement celle de l’empathie, mais de l’expérience. Bienvenue dans l'ère du spectateur-acteur, mais en 3D HFR exclusivement.

Tony Scott : l’intelligence au travail

Les films de Tony Scott sont des œuvres conscientes de leur public et du dialogue mené avec lui. Comme si à chaque film, il déclarait sa flamme par procuration à son propre outil de travail et rendait hommage au rôle joué par le spectateur dans son fonctionnement.

Tony Scott : Visionnaire sous couverture

C’est bien Tony Scott qui a posé les bases qui allaient constituer la problématique du cinéma d’action actuel , à l’heure où le poste de contrôle à autant d’importance que le terrain d'affrontement. Tout ce qui est tombé dans le langage commun suite aux films de Paul Greengrass était déjà présent et développé dans son cinéma.

Tony Scott : Working Class Filmaker

Le cinéma, c’est aussi l’équilibre délicat consistant à saisir les émotions de ses personnages sans en faire le théâtre de son ego. A ce titre, la force de Tony Scott proviendra notamment de cette capacité à communiquer visuellement ce que ses protagonistes se font un point d’honneur à ne pas dire.

Tony Scott : Profession Storyteller

Tony Scott n’a eu de cesse de questionner son statut d'esthète pour trouver sa vocation de storyteller  dans les détails de sa méthode. L'éloquence avec laquelle il manipulait les outils d’expression de son médium pour porter sa vocation narrative à sa quintessence ne s’est (presque) jamais démentie.

Newsletter

À ne pas manquer

Severance : l’architecture de Lumon comme machine à effacer la mémoire

Dans Severance, l’absence de mémoire ne se raconte pas seulement : elle se construit. Jessica Lee Gagné et Jeremy Hindle transforment Lumon en architecture de l’oubli, un monde de couloirs blancs, de néons et de vert institutionnel où le vide devient une présence.

Le Bronze Coule : Vhagar dans House of the Dragon Saison 2

Et si le vrai personnage de cette saison n’était pas un Targaryen… mais une vieille dragonne de bronze qui a survécu à tout le monde ? Vhagar ne vole pas : elle pèse le temps lui-même. Chaque battement d’aile porte cent quatre-vingt-un ans d’histoire, et quand elle apparaît à l’écran, ce n’est plus du CGI : c’est une cathédrale vivante qui respire.

From : Quand le Noir Devient Mortel

Dans From, la nuit appartient aux monstres et la lumière fragile aux vivants. Christopher Ball impose une règle stricte : seuls les lanternes à pétrole, bougies et torches visibles à l’écran éclairent les scènes. Ce parti pris matériel fait de chaque flamme un véritable compte à rebours, où la clarté elle-même devient source de terreur.

Peindre avec la caméra : Robbie McGarvey et la fabrication irréversible de Die My Love

Comment Robbie McGarvey a peint Die My Love avec de l’Ektachrome, des Petzval et un ratio 4:3. Filtres enfumés à la main, alla prima sur pellicule et trace visible du geste.

Silent Friend : filmer la lumière, filmer le temps

Entre 1908 et 2020, Silent Friend explore l'évolution de la perception humaine autour d'un ginkgo biloba. Un voyage sensoriel où la peinture devient le milieu du cinéma et le temps une matière organique.