Attaché de presse littéraire, interview (III) : Octavie Udave

Le Mag du Ciné a décidé de se pencher sur un métier peu connu du grand public : l’attaché de presse, et plus spécifiquement celui dont l’activité est directement liée au monde de l’édition.

Nous avons décidé de soumettre plusieurs professionnels, venus d’horizons divers, dotés de statuts différents, à un même questionnaire. L’objectif ? Effeuiller le métier en laissant à ceux qui l’exercent au quotidien le soin de verbaliser leurs ressentis et leurs expériences.

Rencontre avec Octavie Udave, attachée de presse pour La Boîte à Bulles et Les Humanoïdes Associés.

Pourriez-vous décrire brièvement votre activité d’attachée de presse littéraire ?
Je suis chargée de présenter notre catalogue à des journalistes susceptibles de lire et chroniquer nos albums, mais aussi de répondre à leurs questions et à leurs demandes (de visuels, de service de presse, d’interview). Il est indispensable de s’adapter à chaque professionnel pour être la plus réactive et pertinente possible.

Quels sont vos rapports avec les auteurs ?
Très bons, je l’espère ! Plus sérieusement, il est essentiel d’entretenir de bons rapports avec les auteurs, pour plusieurs raisons. Déjà, ils connaissent leur création mieux que personne, et peuvent apporter des précisions ou des anecdotes qui intéresseront les journalistes. Ensuite, ils ont leur propre réseau et en travaillant en bonne intelligence, on peut espérer toucher un nombre plus important de médias. Enfin, je trouve que c’est plus facile et agréable pour tout le monde quand chacun est impliqué à son niveau. On se connaît, on se fait confiance, et on avance mieux !

Comment défendre un ouvrage en 2021, sur un marché devenu pléthorique ?
C’est une très bonne question et malheureusement, je ne pense pas qu’il y ait de bonne réponse. La bonne nouvelle, c’est qu’il y a aussi un public de plus en plus large pour toutes ces nouveautés. Du côté des Humanoïdes Associés, on se rend compte que le lectorat des BD de genre s’est agrandi et diversifié. Proposer des livres à la hauteur de ses attentes est essentiel. Pour La Boîte à Bulles, nous touchons de plus en plus de lecteurs qui souhaitent approfondir des sujets de société par le biais de la bande dessinée. Finalement, la clé est peut-être de se spécialiser, pour faire encore mieux ce que l’on faisait déjà bien !

L’avènement relativement récent des webzines, des blogs littéraires, voire des chaînes YouTube spécialisées, a-t-il modifié votre manière de travailler ?
Oui, bien sûr. Déjà, parce que cela requiert un savoir supplémentaire : nous travaillons plus que jamais main dans la main avec notre community manager, qui fait parfois la liaison avec des Booktubers ou Bookstagramers à la frontière entre les réseaux sociaux et le journalisme. Ensuite, parce que cela montre à quel point l’information peut circuler vite et de manière parfois incontrôlable. Des dizaines d’articles peuvent être publiés quelques minutes après qu’une newsletter a été envoyée, par exemple. L’information est plus vivante que jamais, mais elle peut aussi nous échapper… Il faut donc repenser notre planning en fonction de ces acteurs et bien se synchroniser avec le reste de l’équipe.

Comment se porte l’économie du livre ces dernières années ?
J’hésite entre répondre en une phrase ou dix paragraphes ! Dans tous les cas, je ne crois pas être capable de résumer ce que j’en pense en peu de texte, ni être la personne la mieux placée pour en parler de manière détaillée.

Quel a été l’impact de la crise sanitaire sur vos activités ?
Le fait que l’événementiel pâtisse particulièrement de la crise sanitaire a profondément changé notre manière d’appréhender le travail de promotion. La communication digitale est devenue encore plus centrale (je me demandais si c’était possible à l’époque : ça l’est !) et les rencontres se font de manière différente. Ce phénomène a eu des effets positifs : on demande moins aux auteurs de se déplacer en région parisienne pour faire des interviews – ce qui privilégiait évidemment ceux qui y vivaient déjà –, on imagine de nouvelles manières de mettre en avant leur créativité… Mais honnêtement, rien ne remplace un festival, un salon de BD ou une foire du livre. Nous nous en sommes rendus compte avec la reprise d’évènements tels que LyonBD, Quai des Bulles, SoBD… J’y ai rencontré et retrouvé un nombre impressionnant de collaborateurs, et je pense que l’on pouvait lire sur leur visage la joie et le soulagement de croiser toutes ces personnes en chair et en os !

Est-il toujours aisé de travailler en bonne intelligence avec les journalistes ?
Selon mon expérience, ni plus ni moins qu’avec les autres corps de métier. Ils ont leurs propres exigences, mais elles sont liées aux contraintes de leur quotidien, et je pense que journaliste est loin d’être un métier facile. Une grande majorité de mes interactions avec eux se passe de manière très positive, il y a une réelle bienveillance dans nos échanges. Chacun veut faire au mieux et on garde en tête que nos missions respectives reposent sur une entraide permanente. Je dois dire que le milieu de la bande dessinée est particulièrement chaleureux ; je le répète souvent, mais je me sens très chanceuse !

Festival

Festival Lumière 2026 : Ray Gunn, le miracle de Brad Bird

Avec "Ray Gunn", Brad Bird ressuscite un projet vieux de trente ans dans un polar animé rétro-futuriste où l’héritage du film noir rencontre une société rongée par le racisme, la corruption et les faux-semblants. Entre virtuosité visuelle, richesse thématique et grand spectacle, le réalisateur des Indestructibles signe un bonbon à l’amertume néo-noir, aussi foisonnant que réjouissant.

Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Newsletter

À ne pas manquer

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

Héros (2007) : Une séquestration sur les nerfs

Et c'est peut-être là que le film trouve sa plus belle idée : faire de la solitude un personnage à part entière, invisible mais omniprésent, qui hante chaque recoin de l'appartement. Pierre Forêt ne cherche pas tant à être aimé qu'à être enfin entendu, et c'est cette nuance qui donne au personnage sa fragilité touchante. On en sort avec l'impression étrange d'avoir ri à des choses qui ne font pas rire, et d'avoir pleuré à des choses qui ne font pas pleurer non plus. Tout le paradoxe de ce Héros, et sans doute sa plus grande force.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Minotaure : nourrir l’ogre

Exilé en France, Andreï Zviaguintsev est de retour, neuf ans après le mémorable Faute d'amour. Reprise de La Femme infidèle de Chabrol, cette chronique d'un adultère virant au drame fait écho à la Russie de 2022 qui entamait alors son "opération spéciale". Analyse d'un film aussi riche que stimulant.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.
Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

Le monde s’est-il créé tout seul ? Entretiens avec des scientifiques

Henri Atlan « Votre question revient en fait à se demander par quoi les sociétés humaines sont animées. D’un côté nous avons affaire à des systèmes mécaniques, où les processus se déroulent de manière impersonnelle ; mais de l’autre, ce qui se passe dans la tête d’un certain nombre d’individus, ou dans leurs œuvres, leurs discours, transmis à d’autres de façon au moins partiellement consciente, peut jouer un rôle déterminant. Autrement dit, comparées aux sociétés animales, les sociétés humaines ont des propriétés spécifiques qui les font évoluer d’une manière nouvelle et beaucoup moins prédictible – plus créative pourrait-on dire -, où des facteurs originaux, liés aux phénomènes de conscience personnelle et de linguistique, donnent l’illusion d’un libre arbitre et d’une maîtrise possible de nos choix. »

L’affaire Arnolfini : enquête sur un tableau de Van Eyck

« Johannes de Eyck fuit hic 1434… » « La phrase est doublement ambiguë. Elle ne dit pas que le tableau date de 1434, mais que la scène qu’il représente a eu lieu cette année-là. Et elle se garde bien de nous informer si, de cette scène, Van Eyck fut le témoin ou le protagoniste. Elle place le tableau sous le signe du double sens. »

Starlight, une étoile qui brille vivement

« Les êtres sauvages, commença-t-il. Ça m’a toujours paru un peu erroné de dire ça d’eux. Ils ne sont pas sauvages. En tout cas, pas comme la plupart des gens le conçoivent. Observez-les. Voyez comment ils sont les uns envers les autres. Ils sont plus dociles que nous. Je crois que c’est parce qu’ils savent d’emblée comment aimer et que nous, nous devons l’apprendre. Je vois cela en eux. Comment l’amour les rend dociles. Pas seulement entre eux. La nature. Son mystère. L’attraction de la lune. Le ciel. Toute l’atmosphère qui s’en dégage. C’est ce qui m’attire. Cette grande ouverture qu’ils offrent. C’est ce que j’essaie de ressentir quand je suis avec eux. Ce que j’essaie de voir et de saisir, si j’ai de la chance. Cette authenticité. »