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Crédit : ElasticComputeFarm / Pixabay

Attaché de presse littéraire, interview (III) : Octavie Udave

Le Mag du Ciné a décidé de se pencher sur un métier peu connu du grand public : l’attaché de presse, et plus spécifiquement celui dont l’activité est directement liée au monde de l’édition.

Nous avons décidé de soumettre plusieurs professionnels, venus d’horizons divers, dotés de statuts différents, à un même questionnaire. L’objectif ? Effeuiller le métier en laissant à ceux qui l’exercent au quotidien le soin de verbaliser leurs ressentis et leurs expériences.

Rencontre avec Octavie Udave, attachée de presse pour La Boîte à Bulles et Les Humanoïdes Associés.

Pourriez-vous décrire brièvement votre activité d’attachée de presse littéraire ?
Je suis chargée de présenter notre catalogue à des journalistes susceptibles de lire et chroniquer nos albums, mais aussi de répondre à leurs questions et à leurs demandes (de visuels, de service de presse, d’interview). Il est indispensable de s’adapter à chaque professionnel pour être la plus réactive et pertinente possible.

Quels sont vos rapports avec les auteurs ?
Très bons, je l’espère ! Plus sérieusement, il est essentiel d’entretenir de bons rapports avec les auteurs, pour plusieurs raisons. Déjà, ils connaissent leur création mieux que personne, et peuvent apporter des précisions ou des anecdotes qui intéresseront les journalistes. Ensuite, ils ont leur propre réseau et en travaillant en bonne intelligence, on peut espérer toucher un nombre plus important de médias. Enfin, je trouve que c’est plus facile et agréable pour tout le monde quand chacun est impliqué à son niveau. On se connaît, on se fait confiance, et on avance mieux !

Comment défendre un ouvrage en 2021, sur un marché devenu pléthorique ?
C’est une très bonne question et malheureusement, je ne pense pas qu’il y ait de bonne réponse. La bonne nouvelle, c’est qu’il y a aussi un public de plus en plus large pour toutes ces nouveautés. Du côté des Humanoïdes Associés, on se rend compte que le lectorat des BD de genre s’est agrandi et diversifié. Proposer des livres à la hauteur de ses attentes est essentiel. Pour La Boîte à Bulles, nous touchons de plus en plus de lecteurs qui souhaitent approfondir des sujets de société par le biais de la bande dessinée. Finalement, la clé est peut-être de se spécialiser, pour faire encore mieux ce que l’on faisait déjà bien !

L’avènement relativement récent des webzines, des blogs littéraires, voire des chaînes YouTube spécialisées, a-t-il modifié votre manière de travailler ?
Oui, bien sûr. Déjà, parce que cela requiert un savoir supplémentaire : nous travaillons plus que jamais main dans la main avec notre community manager, qui fait parfois la liaison avec des Booktubers ou Bookstagramers à la frontière entre les réseaux sociaux et le journalisme. Ensuite, parce que cela montre à quel point l’information peut circuler vite et de manière parfois incontrôlable. Des dizaines d’articles peuvent être publiés quelques minutes après qu’une newsletter a été envoyée, par exemple. L’information est plus vivante que jamais, mais elle peut aussi nous échapper… Il faut donc repenser notre planning en fonction de ces acteurs et bien se synchroniser avec le reste de l’équipe.

Comment se porte l’économie du livre ces dernières années ?
J’hésite entre répondre en une phrase ou dix paragraphes ! Dans tous les cas, je ne crois pas être capable de résumer ce que j’en pense en peu de texte, ni être la personne la mieux placée pour en parler de manière détaillée.

Quel a été l’impact de la crise sanitaire sur vos activités ?
Le fait que l’événementiel pâtisse particulièrement de la crise sanitaire a profondément changé notre manière d’appréhender le travail de promotion. La communication digitale est devenue encore plus centrale (je me demandais si c’était possible à l’époque : ça l’est !) et les rencontres se font de manière différente. Ce phénomène a eu des effets positifs : on demande moins aux auteurs de se déplacer en région parisienne pour faire des interviews – ce qui privilégiait évidemment ceux qui y vivaient déjà –, on imagine de nouvelles manières de mettre en avant leur créativité… Mais honnêtement, rien ne remplace un festival, un salon de BD ou une foire du livre. Nous nous en sommes rendus compte avec la reprise d’évènements tels que LyonBD, Quai des Bulles, SoBD… J’y ai rencontré et retrouvé un nombre impressionnant de collaborateurs, et je pense que l’on pouvait lire sur leur visage la joie et le soulagement de croiser toutes ces personnes en chair et en os !

Est-il toujours aisé de travailler en bonne intelligence avec les journalistes ?
Selon mon expérience, ni plus ni moins qu’avec les autres corps de métier. Ils ont leurs propres exigences, mais elles sont liées aux contraintes de leur quotidien, et je pense que journaliste est loin d’être un métier facile. Une grande majorité de mes interactions avec eux se passe de manière très positive, il y a une réelle bienveillance dans nos échanges. Chacun veut faire au mieux et on garde en tête que nos missions respectives reposent sur une entraide permanente. Je dois dire que le milieu de la bande dessinée est particulièrement chaleureux ; je le répète souvent, mais je me sens très chanceuse !