Ugly babies : l’angoisse prénatale

Signé Noémie Barsolle, Belge née à Paris où elle a fait ses études, cet album en neuf épisodes – comme les neufs mois d’une grossesse – vaut pour son beau noir et blanc et pour une certaine fantaisie complètement débridée

À peine sortie de l’adolescence, Léonie vit dans une banlieue anonyme où elle s’ennuie ferme. Se savoir enceinte (suite à un « coup d’un soir » pour utiliser son vocabulaire) met de l’animation dans sa vie. Va-t-elle garder le bébé ? Et si oui, pourquoi ? La vraie raison ne sera jamais claire, à l’image de la mentalité de Léonie qui, dans bien des situations, se laisse convaincre trop facilement par celles (surtout) et ceux qu’elle croise. Or, on sait qu’une jeune femme enceinte de façon imprévue se trouve en situation de faiblesse mentale, ce qui peut l’amener à croire le ou la première venue. C’est ainsi que l’imagination de Noémie Barsolle part dans des délires successifs.

Influences

On remarque que les prénoms Léonie et Noémie sonnent de manière très similaire. On vit donc les mésaventures de Léonie comme si c’étaient celles de Noémie. La trame narrative prend sa source du côté l’angoisse très féminine de donner naissance à un monstre. D’ailleurs l’illustration de couverture confirme que tout se passe dans sa tête. On sent chez la dessinatrice l’influence de l’ambiance des films d’horreur, probablement aussi d’Halloween et également son goût pour la science-fiction et les super héros qui sauvent le monde. De plus, elle a été marquée par l’épidémie de Covid. En effet, elle imagine une série de naissances de bébés monstrueux, méchants au point de devenir des tueurs qui mangent carrément leur génitrice. Le côté amusant c’est que si cela fonctionne dans une BD qui visiblement ne se prend pas au sérieux, on se dit qu’au vu des tailles relatives, un bébé ne peut pas en arriver là. Mais, allez faire comprendre cela à une future mère qui culpabilise inconsciemment d’avoir couché avec un « mauvais garçon » et qui entend ce genre d’informations alarmistes…

Noémie Barsolle en remet une couche

La dessinatrice se lâche complètement ici, réussissant à boucler une BD qui se tient malgré tout et qui amuse par ses exagérations aux limites de la naïveté. Ainsi, elle joue avec une incroyable collection de clichés : les confidences entre copines, les angoisses prénatales allant jusqu’à la paranoïa, les comportements sociaux codifiés jusqu’à la caricature, mais aussi les extra-terrestres qui cherchent à envahir la Terre, en enchainant les péripéties et retournements de situations comme si elle prenait pour modèles les feuilletons bas de gamme dont certain.e.s se gavent pour oublier la médiocrité de leur quotidien. Cette BD se lit donc – rapidement – avec un certain amusement. Et si la dessinatrice montre sa volonté d’aller au bout de ce qu’elle entreprend, le meilleur ici est à chercher du coté des dessins (pas plus de cinq par planche, dont trois planches doubles, dans un noir et blanc de qualité), avec une fantaisie certaine pour la représentation de ses personnages, mais un scénario qui, à force d’aligner les clichés, n’agit qu’au second degré (et encore). À noter qu’à partir de l’épisode 5, quelques lignes viennent résumer la situation, ce qui laisse entendre que cette histoire de Noémie Barsolle serait parue initialement sous forme de feuilleton, probablement dans son fanzine Snack fatal où l’éditeur (très confidentiel, pour ne pas dire underground) serait aller la pêcher.

Ugly babies, Noémie Barsolle
La Cinquième Couche, septembre 2022

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2.5

Festival

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