« Tu sais, les histoires, parfois, c’est une question de vie ou de mort. Comme dans « Les mille et une nuits » : Shéhérazade doit en raconter une au roi Shariar pour le divertir, et ne surtout pas s’interrompre, ni être arrivée à la fin du conte avant le lever du jour. Sinon, il la tuera. Eh bien, à l’OFPRA, c’est un peu pareil. Avec un magistrat à la place du roi Shariar. En face, on est comme Shéhérazade. On doit raconter notre histoire si on veut s’en sortir. Et on a intérêt à être convaincant. »
BD Mangas
Par leurs planches inventives et leurs dialogues fusants, les bandes dessinées et les mangas ont des similitudes parfois troublantes avec le septième art – et ses storyboards. Au Mag du Ciné, cela nous a forcément interpellés. On a donc décidé de leur dédier un espace de découvertes et de critiques.
Lorsque Jeff Parker convoque un Père Noël aux allures de chasseur nordique pour l’associer à Batman, on touche à la fable hivernale guerrière, où l’imaginaire des sagas scandinaves fond sur Gotham comme une tempête de givre. Silent Knight joue cette carte sans retenue, entre combat et traditions réinventées.
Il y a dans "Batman: Dark Age" (Urban Comics) une forme de vertige : celui d’un homme qui peine à se souvenir d'une vie pourtant mémorable, et souvent au bord du précipice. Mark Russell raconte Batman, il l’érode, le réécrit depuis la mémoire floue d’un Bruce Wayne vieillissant, qui ne sait plus très bien s’il a survécu au crime de son enfance ou s’il s’y est noyé.
Avec "Women of the West", Tiburce Oger et un aréopage de dessinateurs réinventent le western depuis ses marges, celles où les femmes, longtemps effacées des légendes, reprennent enfin la place qui leur est due.
Avec "Survival : Guna Yala", Christophe Bec nous plonge une jungle panaméenne où tout – le climat, la faune, les hommes – conspire à la perte. Dernier volet en date d’une anthologie dédiée à la survie extrême, ce récit de crash et de résilience, illustré par Mack Chater, fait du chaos un spectacle cru, sans illusion sur la nature humaine.
Dans "Les Acharnés", Ed Brubaker et Sean Phillips prolongent la veine tragique de leur série "Criminal". Ce volume apparaît comme une fresque éclatée, un récit choral qui dit beaucoup de la persistance du mal. Trois trajectoires (Jacob, Angie et Tracy) s’y entrelacent, formant un triptyque sur la compromission, la vengeance et la survie dans un Los Angeles plus vénéneux que jamais.
Dans "Diana", Annick Cojean, Sophie Couturier et Sandrine Revel signent une œuvre hybride, à la frontière du reportage, du portrait et de l’hommage. Entre le souvenir d’une rencontre rare et la tragédie d’une disparition, cette bande dessinée documentaire explore la vérité d’une femme qui, au-delà du mythe, voulait porter haut certains principes.
Neuf ans après un premier opus déjà salué pour sa franchise, Cookie Kalkair remet le couvert. Son "Pénis de table 2" (éditions Steinkis) s’invite à nouveau dans les zones d’ombre du désir – entre honte, tabou, maladresse et tendresse. Mais cette fois, la table s’est agrandie, plus diverse, plus consciente, moins complaisante aussi. Un ouvrage aussi cru que nécessaire, où six hommes discutent, se dévoilent et parfois se contredisent, pour mieux comprendre ce que veut dire aujourd’hui "avoir un pénis" dans un monde post-#MeToo.
Entre l’odeur avenante du beurre chaud et la rigueur du geste parfait, "La Vie en bleu" nous plonge dans les coulisses de la gastronomie française. Sous la plume de Julien Moca et le trait de Cécile Barnéoud, l’itinéraire d’une jeune cheffe venue de Séoul se transforme en parcours initiatique, à la fois sensoriel, humain et culturel. Un one shot généreux, riche en émotions et en saveurs.
Sous la neige, la bête. Février 1999, péninsule de Kola. Un corps gît dans le froid, presque mort, pas tout à fait humain. Il s’appellera Gary, parce qu’il faut bien un nom pour désigner l’indésignable. Il guérit trop vite, se régénère trop bien et s’échappe trop brutalement pour être seulement un miraculé. Plus tard, on le retrouve à Moscou, poursuivi, cerné, traqué comme un animal rare dont la science veut percer le secret. Pour fuir, il s’enferme dans un cercueil et file vers Berlin – la résurrection comme dernier refuge ?
En transposant l’univers de "Spawn" dans un futur post-industriel où l’humain s’effrite sous le poids de la machine, "Rat City" d’Erica Schultz et Zé Carlos (éditions Delcourt) revisite le mythe infernal sous l’angle du transhumanisme. Un récit dense et crépusculaire, d’une intensité visuelle rare, où chaque étincelle de néon révèle une part de damnation.
Avec "L’Enfance des chefs", Marilyne Letertre et Franckie Alarcon signent une bande dessinée pleine de tendresse, où les grands noms de la gastronomie française retrouvent le chemin de leur enfance. L’ouvrage, publié chez Delcourt dans la collection "Encrages", fait un lien entre le souvenir et l’art de nourrir – au sens plein du terme.

















