« Madeleine, Résistante » : clap de fin

Le travail de mémoire est essentiel pour préserver l’histoire de ceux qui ont lutté pour la liberté, et Madeleine Riffaud, figure emblématique de la Résistance française, en est un exemple poignant. À travers un triptyque dont le dernier tome vient de paraître aux éditions Dupuis, JD Morvan et Dominique Bertail rendent hommage à cette résistante en plongeant les lecteurs dans son parcours héroïque, tout en soulignant les horreurs et les victoires de cette période sombre de l’histoire. 

Ce dernier tome illustre avec force l’atmosphère pesante de l’époque. Avec ses teintes sombres de bleu, ses jeux d’ombres et de lumières et ses scènes crépusculaires de prison ou d’attentats, il évoque à la fois l’obstination, l’isolement et la clandestinité des actes de résistance.

Fort d’un contenu historique riche, Madeleine, Résistante retrace la vie de Madeleine Riffaud, depuis son engagement dans la Résistance française jusqu’à sa participation active à la Libération de Paris. Ce troisième tome s’attarde sur certains moments cruciaux de sa vie de résistante : son arrestation, ses actions contre l’occupant nazi, ses rencontres. Chaque étape est représentée avec un souci du détail historique, donnant au lecteur un aperçu précis des épreuves qu’elle a traversées.

Au-delà de la simple chronologie des événements, l’œuvre explore les aspects humains et psychologiques de la résistance. Des moments de doute, de peur, mais aussi de camaraderie et de solidarité sont mis en avant. L’héroïsme de Madeleine ne tient pas seulement à ses actes de bravoure, mais aussi à sa résilience face à l’adversité et à la perte. Elle ne craint pas la mort, elle s’y prépare. Elle reste digne dans la torture et regrette presque d’échapper au peloton d’exécution.

Une partie significative de cette bande dessinée se concentre ainsi sur l’arrestation de Madeleine, sa détention et les interrogatoires violents qu’elle a subis. Ces scènes sont représentées avec une intensité graphique qui vise à faire ressentir au lecteur la souffrance et la détermination de la jeune femme, par ailleurs capable de défendre au péril de sa vie une inconnue en proie à une hémorragie consécutive aux coups reçus. 

En mettant en lumière la vie de Madeleine Riffaud, les auteurs contribuent à faire connaître au grand public l’importance des femmes dans la Résistance, un aspect souvent sous-représenté dans les récits historiques. Une autre intention manifeste est de montrer la guerre sous son aspect le plus humain, loin des chiffres et des grandes batailles souvent évoqués. Ici, ce sont les petites histoires individuelles, les choix personnels, les sacrifices et les dilemmes moraux qui sont mis en avant. Les auteurs insistent sur le fait que la guerre n’est pas seulement un événement historique, mais une série d’expériences humaines intenses et déchirantes.

Pour Madeleine, c’est une fierté d’avoir rendu Paris dangereuse pour l’Occupant nazi. Les Brigades spéciales ont beau colporter la terreur de seuil en seuil, la résistance continue de se dresser sur la route des Allemands. Et face aux épreuves de la détention, la jeune femme se réfugie dans la poésie, elle s’évade mentalement, s’affranchissant des barreaux de la dictature qu’on cherche à lui imposer. Rigoureuse, âpre, cette conclusion s’inscrit parfaitement dans un triptyque de très grande qualité.

Madeleine, Résistante : Les Nouilles à la tomate, JD Morvan, Madeleine Riffaud et Dominique Bertail
Dupuis, septembre 2024, 128 pages 

Note des lecteurs0 Note
4

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

« Insidious : l’invasion du Lointain » ne réveillera pas notre intérêt pour la saga…

Entre un scénario prévisible, des incohérences avec le canon établi et des excursions dans le Lointain sans ambition visuelle, ce sixième épisode déçoit malgré quelques bonnes idées.

Mutiny : castagne en haute mer

Jason Statham traque ceux qui l'ont piégé à bord d'un cargo hostile, dans ce thriller de Jean-François Richet. La mécanique de "Mutiny" est bien huilée par endroits, notamment lors du combat final, mais le récit patine et le huis clos promis ne se referme jamais vraiment sur son héros.

Sanjuro (1962), d’Akira Kurosawa : « Le meilleur sabre est celui qui reste dans son fourreau »

Réclamée par la Toho, la suite du "Garde du corps" (1962) mise en scène par Kurosawa réussit l’exploit de s’inscrire dans une continuité thématique tout en adoptant une tonalité qui en est le contrepied, troquant le cynisme et la violence du premier pour l’humour et l’observation qui évite de verser le sang. Porté par un Toshiro Mifune parfait dans la reprise de son rôle de ronin fruste, "Sanjuro" est un sommet de l’art de la mise en scène du maître nippon : concis, limpide, intelligent, esthétique, drôle, un brin provocateur. En un mot : jubilatoire.

Wake in Fright : les sirènes de la Yabba

"Wake in Fright" a électrisé Cannes en 1971, disparu pendant 40 ans, puis ressurgi comme le mythe fondateur du cinéma australien. Un instituteur s'enlise dans une ville minière où l'hospitalité se boit comme une sommation. 55 ans après, sa brutalité n'a rien perdu de son mordant.

« Soudain », un chemin patient vers l’intime

L'amitié entre une directrice française d'EHPAD et une metteuse en scène japonaise. De cet argument simple, Ryusuke Hamaguchi tire un film épuré et pourtant foisonnant, aussi sensible que politique, sans jamais forcer le trait si ce n'est dans quelques redondances. Analyse.
Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

« Les 4 Reliques du rock’n’roll » : les Zumbies remettent le rock sur pied

Dans un monde post-apocalyptique qui ne tourne déjà plus très rond, quatre rockeurs morts-vivants doivent réunir les reliques sacrées du rock’n’roll. Arnaud Le Gouëfflec et Julien Solé signent un road-trip furieux et absurdement réjouissant.

« La Désinformation » : comprendre pour mieux combattre

Entre montée des populismes, guerres hybrides, défiance envers les institutions et avènement des réseaux sociaux, la désinformation est devenue l'un des grands enjeux démocratiques de notre époque. Avec "La Désinformation", Grégoire Darcy propose une synthèse ambitieuse des connaissances scientifiques sur le sujet. 

« Mudlarks » : l’enfance de Dickens

En imaginant la rencontre du jeune Charles Dickens avec Oliver, enfant des rues et alouette de la Tamise, Philippe Charlot et Manu Cassier font de Mudlarks le récit d’une double initiation : celle d’un garçon brutalement confronté à la misère londonienne et celle d’un futur écrivain découvrant, au contact des oubliés, la matière humaine de son œuvre.