Les trompettes de la mort, champignons hallucinogènes ?

Le titre désigne une variété de champignons qui, contrairement à ce que son appellation laisse entendre, sont comestibles. Mais le titre fait également allusion à une situation qu’on pourrait décrire comme le moment où la mort s’approche tellement qu’on l’entend aussi fort que des trompettes résonnant (de façon menaçante) dans une oreille.

L’album nous présente une situation relativement simple, avec un jeune garçon prénommé Antoine, amené par son père de nuit, chez ses grands-parents. On comprend que le père sort d’une violente dispute avec la mère et qu’il ne peut pas assumer seul la charge de son jeune fils qu’il laisse donc à ses propres parents. Ceux-ci vivent à la campagne dans une maison où le gamin n’a jamais été à l’aise. On comprend vite pourquoi, car Antoine redoute son grand-père qui se montre peu, ne parle pas trop mais n’hésite pas, à la première occasion, à se montrer franchement sarcastique vis-à-vis de lui. Surtout, ce grand-père déteste qu’on marche sur ses plates-bandes. En chasseur expérimenté, il défend son territoire comme le font les animaux. Antoine s’occupe comme il peut, entre sa grand-mère qui le protège à sa façon et son grand-père qui se gausse de ses peurs d’enfant. Jusqu’au jour où la grand-mère sort pour quelques courses et recommande à son petit-fils d’aller retrouver son grand-père dans la forêt où il est à la recherche de trompettes de la mort pour une prochaine recette. Ces champignons s’avèrent difficiles à trouver, mais Antoine ne se décourage pas. C’est en chutant à leur recherche qu’il se trouve confronté à un imprévu qui nous emmène du côté du fantastique.

L’homme, un animal parmi d’autres ?

Simon Bournel-Bosson (dessinateur-scénariste) se montre suffisamment inspiré pour nous entrainer dans une série de situations improbables qui donnent à réfléchir. On comprend qu’il nous incite à réfléchir à notre positionnement vis-à-vis de la nature de manière générale, ou du vivant si vous préférez. Quelle différence fondamentale entre un jeune garçon et un jeune cerf ? La vie de l’un vaut-elle plus que celle de l’autre ? Leurs façons d’être au monde sont-elles fondamentalement différentes ? Pour répondre à ces questions, il faudrait pouvoir se mettre dans la peau de l’autre pour éprouver tout ce qu’il éprouve. On peut se rappeler vaguement ce qu’on pensait lors de notre enfance. Mais on ne peut qu’imaginer ce que ressent un jeune cerf. Et même si on peut l’observer vivre, on ne peut pas savoir comment cela se passe dans sa tête. Donc, cette BD fait son possible pour nous donner des pistes, même si cela reste un peu trop vague.

Le traitement esthétique

Il saute aux yeux ! Le dessin est d’un style léché, incontestablement séduisant. Le dessinateur ne se gêne pas pour le mettre en valeur avec quelques beaux dessins de grande taille. De manière générale sa BD n’est pas trop bavarde, ce qui fait que, contrairement à la première impression qu’on peut avoir, elle se lit relativement rapidement. Son épaisseur est due à la qualité du papier utilisé, qui permet une qualité d’impression supérieure. Cela nous amène au choix marquant des couleurs, avec des teintes vives qui sautent aux yeux, jusque dans leur agressivité. Mais, pour une BD centrée sur la nature, que penser d’un tel choix ? La nature est séduisante… naturellement. Le travail sur les couleurs choisi ici par l’auteur lui donne un aspect artificiel à mon avis préjudiciable. Bien entendu, cela nous rappelle néanmoins que nous sommes face à une BD donc une œuvre d’art et non face à la nature elle-même. A vrai dire, ces couleurs que je qualifierais bien de psychédéliques auraient pu souligner judicieusement la rupture qu’on observe à peu près au premier tiers de l’album. La différence de palette graphique aurait été justifiée par un nouvel angle de vue de l’élément naturel. Or, il n’en est rien.

Conclusion

Reste la chute qui participe d’une certaine logique dans la narration, en bouclant la boucle. On remarque au passage que le champignon incriminé n’est même pas absorbé. C’est son simple contact qui est en cause, à la limite même peut-être l’état d’esprit du personnage qui l’approche. D’ailleurs, visiblement, ce champignon n’est pas une trompette de la mort. Son anneau l’apparente plutôt à la famille des amanites. L’avantage, c’est qu’on peut l’imaginer en champignon aux effets hallucinogènes. Cet album est donc de ceux qui retiennent l’attention par un choix esthétique fort qui peut aussi bien provoquer l’admiration que le rejet. Il s’accompagne d’une volonté de surprendre par une rupture qui permet de modifier radicalement le point de vue sur la nature. Si cela peut motiver certains questionnements, le scénario se contente cependant de fournir des pistes de réflexion sans les approfondir, de même qu’il n’approfondit pas l’épaisseur psychologique de ses personnages.

Les Trompettes de la Mort – Simon Bournel-Bosson
L’Agrume : sorti le 13 octobre 2022
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3

Festival

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