« Les Enfants de Belzagor » : inventivité et prédation

Se basant sur l’œuvre originale du romancier américain Robert Silverberg, Bruno Lecigne, Sam Timel et Adrien Villesange publient Les Enfants de Belzagor aux éditions Les Humanoïdes associés.

Les scénaristes Bruno Lecigne et Sam Timel s’associent au dessinateur Adrien Villesange à l’occasion du premier tome du diptyque Les Enfants de Belzagor. L’album se caractérise par la richesse de l’univers qu’il met en images, adapté d’un roman de Robert Silverberg. Prenant pour cadre une planète décolonisée, au sein de laquelle les humains se mêlent à deux espèces autochtones (Nildoror et Sulidoror), Les Enfants de Belzagor raconte l’histoire d’Edmund « Eddie » Gundersen. « Je deviens un canal qui vous aidera à ouvrir votre esprit à d’autres niveaux de conscience », annonce sans ambages cet ancien colon, devenu un intermédiaire entre l’homme et le G’rakh, et bientôt aux prises avec un mystérieux Jeff Kurtz.

Ce dernier, à l’aune de sa seconde vie, habite désormais le corps de Dorothy, la fille d’un riche industriel. Il revient sur Belzagor après y avoir été accusé de pousser les Nildoror à consommer du venin en dehors des règles strictes du rite de la Renaissance. Son ambition est de mettre la main sur le venin sacré de Naggiar, un grand serpent dont les sécrétions demeurent impossibles à synthétiser – mais produisent des effets prodigieux. Parallèlement, « Eddie » est missionné par Vol’Himyor le Grand suprême pour emmener un enfant honni au pays interdit, dans les terres de glace, un endroit reculé et hostile. Ces deux trames vont se déployer simultanément, avec talent, sur fond de menaces coloniales et d’enjeux politiques.

Les Enfants de Belzagor offre, par des moyens détournés, une satire des religions et des jeux de pouvoirs. L’instinct de prédation de l’homme y apparaît à travers le personnage de Jeff Kurtz (caution Apocalypse Now), jusqu’au-boutiste ne s’embarrassant d’aucun scrupule. À mi-chemin, le récit de Bruno Lecigne et Sam Timel, bien servi par les vignettes inspirées d’Adrien Villesange, fait déjà sens, en plus de se lester d’enjeux secondaires tels que les considérations familiales (Eddie subit les reproches de sa femme Seena, notamment quant à l’éducation de leurs enfants), la toxicomanie (Sam, l’ex de Dorothy, est accro au venin) et les menaces migratoires (les terriens rêvent de rejoindre Belzagor, même si les visas sont difficiles à obtenir).

Les dernières pages de ce premier tome des Enfants de Belzagor laissent présager l’ampleur du spectacle à venir : des créatures nouvelles apparaissent et deux camps ennemis se scrutent à distance, poursuivant des objectifs différents mais appelés à se recouper d’une manière ou d’une autre. Dans un monde inventif et traversé de tares humaines, Bruno Lecigne, Sam Timel et Adrien Villesange s’en donnent à cœur joie et glissent de quoi tenir en haleine leurs lecteurs. On attend la suite avec impatience, en espérant qu’elle sorte des sentiers battus.

Les Enfants de Belzagor, Bruno Lecigne, Sam Timel et Adrien Villesange
Les Humanoïdes associés, avril 2022, 48 pages

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3.5

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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