« Laïcité »: chronique en vignettes d’une loi fondatrice

À l’occasion des 120 ans de la loi de 1905, les éditions Delcourt publient un album documenté qui retrace le vote de la Séparation des Églises et de l’État. Un récit vivant, mais aussi un terrain miné par les choix de mise en scène et d’interprétation.

On croit connaître l’histoire de la loi de 1905 : Briand, Buisson, Jaurès, les passions de la Chambre, et cette ligne de crête qui aboutit à l’un des textes fondateurs de la République. Mais dans Laïcité : comment la loi de 1905 fut votée, Arnaud Bureau et Alexandre Franc choisissent une voie singulière : faire parler les figures du passé à travers une narratrice fictive, enseignante de l’École normale, voyageuse improbable dans le temps qui conserve l’âge de ses 35 ans tout en traversant le siècle, jusqu’à l’Affaire des foulards de Créteil (1989) ou la Commission Stasi (2003). Ce dispositif ouvre le champ d’un dialogue permanent entre le présent et le passé.

L’album s’ouvre par l’hémicycle de la Chambre en 1905, où des députés croqués occupent leur siège selon leur couleur politique. La galerie a de l’allure : elle fait vivre des noms parfois relégués en notes de bas de page. Elle ne leur accorde cependant pas à tous la même importance, et certains choix éditoriaux pourraient à cet égard être discutés. De la même façon, l’ouvrage insiste longuement sur la question féministe – la narratrice se prêtant bien à ces digressions – quitte, parfois, à atténuer la densité des débats parlementaires et la complexité du terrain politique. L’intention est louable, mais l’écart temporel est grand : au début du XXe siècle, droits des femmes et laïcité évoluent sur deux orbites séparées. Les catholiques entendent garder les femmes sous la férule des curés, les laïcs sous celle des maris : paradoxe amer, rarement dit avec cette netteté.

Il n’empêche : malgré ses détours, l’album tient la promesse d’un récit coloré, pédagogique, accessible à un lectorat large. On y retrouve, en fin de volume, le texte intégral de la loi, comme pour rappeler que cette bande dessinée n’est pas seulement un voyage narratif mais aussi un outil de transmission. Le lecteur expert pourra regretter certaines omissions ou une mise en perspective un peu trop contemporaine, mais l’ouvrage a le mérite d’ouvrir les portes de l’hémicycle à tous, de donner chair à des visages oubliés et d’inviter, en images, à relire un texte qui demeure un pilier de notre démocratie. On y croise tout le panorama politique de l’époque, on y questionne les biens du clergé, on sonde une réorganisation politique par le menu, en heurts avec les conservatismes religieux d’alors. 

Laïcité : comment la loi de 1905 fut votée, Arnaud Bureau et Alexandre Franc
Delcourt, octobre 2025, 120 pages 

Note des lecteurs0 Note
3.5

Festival

Cannes 2026 : Le Château d’Arioka, leçon d’honneur

Présenté à Cannes Première, "Le Château d'Arioka", nouveau film de Kiyoshi Kurosawa, est un film policier féodal en forme de huis clos philosophique. Un film de samouraïs, sans grandes batailles ni duels au katana, qui convainc, à condition d'accepter son tempo, tel une infusion en quatre mouvements.

Cannes 2026 : La Bataille de Gaulle – L’âge de fer, les guignols de l’Histoire

"La Bataille de Gaulle", diptyque très ambitieux réalisé par Antonin Baudry, retrace le parcours du plus célèbre général français. Sa première partie, "L'âge de fer", s'intéresse à la lente et difficile reconnaissance de De Gaulle, une figure militaire tragi-comique poursuivant seul le combat, envers et contre tous. Un projet audacieux qui se découvre malheureusement comme une grotesque traversée du désert, sans ampleur ni profondeur historique.

Cannes 2026 : Tangles, traits de mémoire

Présenté en séance spéciale à Cannes 2026, "Tangles" de Leah Nelson adapte le roman graphique autobiographique de Sarah Leavitt sur la maladie d'Alzheimer. Un premier film d'animation 2D époustouflant, qui fait de l'art un refuge contre l'effacement, et de la vie, malgré tout, une célébration.

Cannes 2026 : Autofiction, tout sur son reflet

"Autofiction", le 25e film de Pedro Almodóvar présenté en compétition à Cannes 2026, est un exercice d'autofiction ambitieux mais épuisant. C’est trop bavard, trop lisse, trop occupé à se contempler pour vraiment nous atteindre.

Newsletter

À ne pas manquer

The Mandalorian and Grogu, ou la saga Star Wars à bout de Force ?

Après sept ans d’absence au cinéma, The Mandalorian and Grogu ramène enfin Star Wars sur grand écran. Jon Favreau livre une aventure accessible, efficace et parfois franchement plaisante, mais dont le manque d’enjeu, d’ambition visuelle et de souffle cinématographique finit par réduire le retour de la saga à un simple téléfilm de luxe.

Passenger – Frissons routiers balisés pour tenue de route correcte

Avec Passenger, André Øvredal revient à l’horreur d’exploitation pure, entre légende urbaine, présence démoniaque et frissons nocturnes sur les routes. Si son excellente scène d’ouverture et quelques morceaux de mise en scène rappellent son vrai savoir-faire, le film reste trop banal, trop calibré et trop pauvre dans ses personnages pour dépasser le rang de série B honnête.

Leaving Las Vegas : le pacte des naufragés

Trente ans ont passé. Las Vegas brille toujours autant, et "Leaving Las Vegas" aussi. Le film de Mike Figgis revient hanter les salles dans une version restaurée en 4K avec la même force d'impact, la même noirceur. On serait tenté de croire que le temps l'a rendu plus supportable. Il n'en est rien. La blessure est intacte, et l’admiration aussi.

L’Être aimé de Rodrigo Sorogoyen : Père et impair

Avec L’Être aimé, Rodrigo Sorogoyen signe un film de tournage aussi fascinant que déchirant, porté par Javier Bardem et Victoria Luengo. Derrière la mise en abyme cinématographique, le cinéaste filme surtout l’attente impossible d’une fille face à un père qui sait voir, diriger, comprendre — mais ne sait pas demander pardon.

L’Abandon : le traitement tout en nuances d’un sujet explosif

Les onze derniers jours de Samuel Paty, qui firent de lui un martyr de la République. Un sujet délicat, commandant d'éviter autant le pathos que la récupération politique. Vincent Garenq relève ce défi, avec un film qui parvient à captiver en tenant bien sa ligne. Estimable, malgré une réalisation sans surprise.
Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

Umami : savoureux

« - Hamaki va ouvrir son propre restaurent ! Son restaurant à ELLE ! - Oui, super. Et toutes les emmerdes qui vont avec, par la même occasion. - Ooh, arrête un peu ! Tu ne la crois pas capable de gérer ? - Si, si… - Alors ne fais pas ton rabat-joie ! C’est un grand jour pour elle ! Tu me promets de rester PO-SI-TIF ? - Oui, cheffe ! »

Le retour des « Âges d’or de Picsou »

Entre paranoïa financière, inventions absurdes et guerres de chiffonniers, ce tome 2 des "Âges d’or de Picsou" rappelle pourquoi le vieux canard de Carl Barks reste l’un des personnages les plus drôles de l’histoire de la BD pour enfants.

« Le Dernier Écrivain » : le monde de demain

Quand un homme du passé devient le dernier rempart contre un futur sans âme…