« La Ferme des animaux » adaptée en bande dessinée

Déjà occupé sur la série de fiction historique Chez Adolf, le scénariste Rodolphe s’associe cette fois au dessinateur Patrice Le Sourd pour adapter en bande dessinée l’apologue et chef-d’œuvre de George Orwell La Ferme des animaux.

Pamphlet anticommuniste, La Ferme des animaux a contribué à faire la renommée de George Orwell et à donner corps à ses inquiétudes quant au péril rouge. S’il ne possède pas la densité et la sophistication de 1984, ce court roman publié en 1945 épinglait déjà le communisme en usant de la métaphore animale pour raconter comment l’idéal bolchévique s’était mué en un système n’engendrant que déception, exploitation, pénurie et dénuement. Avec leur adaptation en bande dessinée, Rodolphe et Patrice Le Sourd parviennent à saisir l’essence de l’œuvre originelle, qu’ils l’expurgent de ses propos secondaires.

Pour rappel, le récit prend pour point de départ une rébellion des animaux dans la ferme de M. Jones. S’estimant exploités et peu considérés, cochons, chevaux, poules, vaches et consorts parviennent à chasser le fermier de son exploitation. Ils décident alors de réorganiser le travail et d’appliquer quelques principes censés assurer la pérennité de ce qui se présente alors comme une sorte de coopérative. Les animaux ne peuvent porter des vêtements, dormir dans un lit ou faire du mal à leurs pairs. Surtout, l’égalité doit présider à leurs affaires. Mais tout ne se passe évidemment pas comme prévu.

Très vite, les cochons prennent la tête de la ferme. Ils se prémunissent contre les tâches les plus difficiles et prennent des décisions qui engagent toute la communauté. Pour favoriser le plébiscite de leurs idées, ils agitent des chiffons rouges – le retour de M. Jones – ou exploitent des chants révolutionnaires. Ce qui va s’ensuivre n’est pas sans rappeler Lénine, Staline et Trotski : des dissensions se font jour, les principes de base, pourtant inaliénables, sont bafoués puis réinventés, la propagande se pare de mensonges, le stakhanovisme s’impose comme un modèle à suivre. Voilà les animaux sous le joug de cochons se comportant comme M. Jones, se glissant dans ses habits, buvant son alcool et dormant à même son lit. Les exploiteurs chassés ont été supplantés par d’autres encore plus fallacieux et insensibles.

Le travail d’adaptation de Rodolphe et Patrice Le Sourd s’inscrit dans les pas de celui de Joy Batchelor et John Halas en 1954 : il s’agit de donner une forme et des couleurs à des animaux dont les aventures vont s’articuler non pas autour d’une prose mais bien d’images. La comparaison s’arrête toutefois là, puisque le format de cet album (48 pages) contraint les deux bédéistes à resserrer l’intrigue autant que possible. Certains pourraient le regretter, mais il est finalement d’autant plus louable que cette Ferme des animaux sacrifie si peu de ce qui faisait sens dans le roman original. Car le glissement vers la dictature s’opère graduellement, par la diabolisation des ennemis, le recours à des polices politiques (les chiens féroces) ou l’accaparement des richesses (le champagne d’un côté, la famine de l’autre). Et c’est bien cela, au-delà des analogies directes avec le communisme, que George Orwell entendait dénoncer.

La Ferme des animaux, Rodolphe et Patrice Le Sourd
Delcourt, octobre 2021, 48 pages

Note des lecteurs0 Note
4

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

Cotton Queen : au bout du fil

Premier long métrage de la réalisatrice soudano-russe Suzannah Mirghani, "Cotton Queen" suit Nafisa, adolescente élevée dans un village cotonnier du Soudan, tiraillée entre les récits coloniaux de sa grand-mère et l'arrivée d'un homme d'affaires venu imposer ses graines génétiquement modifiées. Un film sobre sur l'émancipation et la mémoire.

Une affaire turque : Famille, je vous tais

Dans "Une affaire turque", Hüseyin Aydin Gürsoy filme moins un thriller qu'une faille : celle d'un homme pris entre deux mondes qui ne lui pardonnent pas d'appartenir à l'autre. Avec une mise en scène sensible, le cinéaste ausculte les stigmates invisibles du transfuge, et fait de Lionel Erdogan un héros fracturé dont le vrai combat n'est pas judiciaire, mais existentiel.

« Spider-Man : Brand New Day » s’entoile encore trop dans le MCU, malgré d’excellentes qualités

"Spider-Man : Brand New Day" marque le meilleur retour du tisseur au cinéma depuis la trilogie de Sam Raimi, porté par des effets pratiques bluffants et un Tom Holland toujours parfait. Mais le film reste plombé par un cahier des charges Marvel étouffant et le retour discutable de Zendaya en MJ.

Le Triangle d’or : sous le palais, la cage

Une jeune femme est embauchée dans un palace saoudien du XVIe arrondissement de Paris. Sa mission : servir la favorite du prince. Les deux femmes, auxquelles s’ajoute le majordome de la demeure, vont s’apprivoiser, réunis par leur condition de captifs volontaires. Un premier long-métrage réussi signé Hélène Rosselet-Ruiz. 

Gavagai, et autres malentendus : du postcolonialisme mou

"Gavagai" entend nous instruire de la grande affaire des rapports post-coloniaux, mais n'aboutit qu'à un petit drame sans aspérité.
Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

« Les 4 Reliques du rock’n’roll » : les Zumbies remettent le rock sur pied

Dans un monde post-apocalyptique qui ne tourne déjà plus très rond, quatre rockeurs morts-vivants doivent réunir les reliques sacrées du rock’n’roll. Arnaud Le Gouëfflec et Julien Solé signent un road-trip furieux et absurdement réjouissant.

« La Désinformation » : comprendre pour mieux combattre

Entre montée des populismes, guerres hybrides, défiance envers les institutions et avènement des réseaux sociaux, la désinformation est devenue l'un des grands enjeux démocratiques de notre époque. Avec "La Désinformation", Grégoire Darcy propose une synthèse ambitieuse des connaissances scientifiques sur le sujet. 

« Mudlarks » : l’enfance de Dickens

En imaginant la rencontre du jeune Charles Dickens avec Oliver, enfant des rues et alouette de la Tamise, Philippe Charlot et Manu Cassier font de Mudlarks le récit d’une double initiation : celle d’un garçon brutalement confronté à la misère londonienne et celle d’un futur écrivain découvrant, au contact des oubliés, la matière humaine de son œuvre.