IslandExit : dépasser la souffrance

Dans cet album, le dessinateur-scénariste Diego de la Viuda Garcia (né à Toulouse dans une famille originaire d’Espagne) raconte à sa façon la traversée de l’Islande entreprise à pied en 2019, avec ses trois meilleurs amis. Il en garde un souvenir particulier parce qu’il sortait d’une opération chirurgicale assez lourde.

On comprend assez rapidement que l’opération que Diego vient de subir est destinée à traiter le bec de lièvre qui le gêne depuis sa naissance. D’après le spécialiste qui l’a opéré, c’était la dernière intervention lourde. Mais, bien évidemment, Diego étant un jeune homme, il a subi ce bec de lièvre pendant toute son enfance et son adolescence. Même s’il peut espérer laisser tout cela derrière lui, il en garde une trace psychologique indélébile. Cela émerge dès le début de l’album, dans ses relations avec les amis avec qui il part explorer l’Islande. Et encore, on pourrait considérer que, de ce côté, Diego s’en sort plutôt bien, car ces amis sont ceux de leurs années de lycée. D’ailleurs, même si Diego fait clairement partie d’un groupe, il n’y est pas franchement à l’aise. Ainsi, il peste après JJ (Jean-Edouard) le sportif frimeur, celui qui organise la virée et qui se comporte à la manière d’un militaire en donnant des ordres. On réalise néanmoins que les liens sont plus forts qu’on imaginait, car à la suite d’un incident, JJ et Diego s’expliquent et aplanissent leur différent, ce qui assainit considérablement l’ambiance pour la suite.

Trouver sa place

Cet album permet donc à l’auteur d’exprimer son mal-être dû au bec de lièvre qui l’a handicapé depuis sa naissance. Intelligemment, la narration de cette randonnée en Islande lui permet d’aborder le sujet de façon indirecte, tout en décrivant un voyage en groupe qui devrait intéresser les amateurs de BD et d’exploration. Finalement, le mal-être de Diego n’intervient que sous forme de souvenirs ou flashbacks, en lien avec ses difficultés physiques lors du parcours à pied pour lequel il n’est absolument pas préparé. Il se trouve donc régulièrement à la traine, agacé par la volonté de JJ de respecter un plan de marche. De son côté, JJ s’agace de le trouver toujours à se plaindre.

Un premier album sincère et imparfait

Ce qui gêne un peu dans cet album, c’est qu’on a du mal à identifier les autres protagonistes, à part Diego et JJ, malgré des tenues différenciées par leurs couleurs et des physiques différents. Finalement, les prénoms ne sont que rarement utilisés ce qui met Pierre et Paul au rang de figurants la plupart du temps. D’ailleurs, pour le personnage de Pierre, on se demande un certain temps s’il ne s’agit pas d’une femme. Ce qui est assez drôle, puisque Pierre s’avère être du genre dragueur incorrigible. C’est l’occasion d’évoquer les conversations qui émaillent l’album. Elles ont probablement une saveur certaine pour l’auteur, puisqu’elles évoquent leurs souvenirs communs depuis le lycée. Mais on ne dépasse jamais le cadre de l’anecdote, savoureuse essentiellement pour ceux qui les ont vécues. Quant aux faits plus récents, ils n’ont d’autre but que d’alimenter les conversations et situer les personnages dans leur époque, avec leurs comportements et tics de langage.

70 km de randonnée pédestre

Mais ce parcours rythmé par le nombre de kilomètres effectués ne manque pas d’intérêt, grâce au dessin de l’auteur qui s’y entend, avec un trait sans fioritures, pour faire passer la séduction des paysages islandais, parfois sur une planche et même sur quelques planches doubles. Avec une réelle économie de moyens et de belles couleurs douces, il donne une bonne idée des lieux traversés, aussi bien pour les vastes étendues bien dégagées, mais aussi pour les magnifiques paysages de manière générale. Sans oublier les marcheurs que le groupe côtoie à cette occasion. Ce qui ressort aussi, c’est une certaine forme d’humour et de subtilité qui marque cet album de bout en bout et réserve quelques surprises. Ainsi, le tout début s’avère être une sorte de trompe l’œil qui enchaine sur une façon douce-amère de faire comprendre que Diego souffre d’un bec de lièvre. Et les coiffures tout en volumes de Diego et Paul font vraiment sourire. D’autre part, la façon dont JJ et Diego se cherchent ne manque pas de sel. Au final, l’émotion ressentie face à l’évocation des années de galère vécues par Diego (qui ne sont pas sans rappeler celles des gueules cassées de la Grande Guerre) n’est qu’un des éléments positifs de cet album plus riche qu’il n’y paraît au premier abord.

IslandExit, Diego de la Viuda Garcia
Éditions Sarbacane : sorti le 1er octobre 2025

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3.5

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