« Cache-cache mortel à Bréhat » : vacances contrariées

Le scénariste Patrick Weber et le dessinateur Nicoby publient Cache-cache mortel à Bréhat aux éditions Glénat, dans la collection « Vents d’Ouest ». Sur une île bretonne paradisiaque, une famille française sans histoires (pense-t-on) va vivre des péripéties improbables…

Au moment de choisir leur destination de vacances, Luigi, restaurateur, insiste auprès de sa femme : l’archipel de Bréhat, en Bretagne, a tout d’un endroit idyllique, calme et dépaysant. Plus avenante que l’Ardèche, cette petite commune de quelque 850 habitants, lieu de villégiature prisé par les célébrités, sera l’assurance pour elle de se reposer au soleil avant d’accoucher de leur deuxième enfant. Leur arrivée a cependant quelque chose de doux-amer : la maison qu’ils louent est superbe, l’air marin engageant, mais le voisinage, composé d’une actrice has been et d’un milliardaire m’as-tu-vu, ne laisse rien présager de bon.

Patrick Weber et Nicoby nappent déjà leur récit d’étrangeté. L’ombre inquiétante aperçue lors de la séquence d’ouverture trouve un écho un peu plus tard, au cours d’une rencontre inopportune entre Nathan, le fils des vacanciers, et un cantonnier prénommé Hervé. Ce dernier lui confie volontiers une vieille et effrayante légende locale selon laquelle un père de famille aurait subi la trahison mortelle de ses enfants pour son héritage. Plein de ressources, Nathan a toutefois de quoi être déboussolé, puisqu’il va aussi découvrir un cadavre flottant dans la piscine de M. Lannoy, son riche voisin, avant qu’une commissaire ne le désigne comme assistant informel dans la résolution de cette enquête…

Cache-cache mortel à Bréhat prend alors un tour hitchcockien, en ce sens qu’il semble placer des personnages ordinaires dans des situations extraordinaires. L’archipel paradisiaque renferme de toute évidence son lot de secrets inavouables. Et même les histoires qui y circulent paraissent entrer en résonance avec la faune locale – M. Lannoy a trois filles oisives et vaniteuses, pas insensibles à sa fortune. Ce que le lecteur ignore longtemps, jusque dans les dernières pages de l’album, c’est le drame qui se joue en coulisse, puisqu’une vieille affaire aux blessures encore béantes motive les meurtres et mystérieuses disparitions de cadavres recensés à Bréhat.

Ceux qui suivent de près l’œuvre de Nicoby ne seront guère surpris par la palette graphique déployée dans l’album. Se revendiquant volontiers d’Agatha Christie, Cache-cache mortel à Bréhat se caractérise par une double enquête, menée par Nathan et une commissaire poil à gratter, dans un univers résolument oxymorique (idyllique en apparence, dévoyé en réalité). Le récit se lit avec plaisir, d’une traite, et ménage quelques surprises. Il faut aussi porter à son crédit l’introduction de personnages pathétiques, tels que les trois filles impudiques de M. Lannoy ou cette actrice phagocytée par ses succès passés, rappelant vaguement la Norma Desmond de Boulevard du crépuscule (Billy Wilder, 1950).

Cache-cache mortel à Bréhat, Patrick Weber et Nicoby
Glénat, avril 2022, 136 pages

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3.5

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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