« Bordeaux Shanghai » : quand le vin apprend la patience

Un fils à la dérive, un vignoble en péril, une rencontre improbable : dans Bordeaux Shanghai, Mark Eacersall et Amélie Causse signent un récit d’apprentissage où le vin se fait symbole du temps long et de la métamorphose intérieure. Entre la légèreté d’une comédie romantique et la gravité d’un thriller économique, la bande dessinée offre un voyage savoureux au cœur du Médoc et des paradoxes de la mondialisation.

Il y a d’abord Wei, fils de millionnaire chinois parachuté dans le Bordelais. Le garçon a tout pour plaire aux tabloïds : bolides rutilants, insouciance tapageuse, goût prononcé pour le surf et la fête. Son père, las de ses frasques, l’expédie dans une propriété viticole qu’il vient d’acquérir. Pour Wei, c’est une punition. Pour le lecteur, c’est le début d’une mue.

Car la vigne, capricieuse et exigeante, ne se laisse pas amadouer par l’argent ni par l’impatience. Elle impose ses lois : écouter la météo, respecter le sol, tailler au bon moment, attendre des années avant qu’un millésime tienne ses promesses. Peu à peu, au contact d’une œnologue passionnée, que Wei tente d’abord de séduire avant de l’écouter vraiment, le grand enfant frivole découvre que certaines richesses ne se mesurent ni en yuans ni en euros.

Le récit prend alors des allures de combat : il s’agit de sauver un domaine menacé, qui a perdu son prestigieux label de cru bourgeois, et convaincre un père lointain d’investir dans un avenir qui ne donnera ses fruits que dans le temps long. Au fil des pages, l’album aborde avec une justesse rare des thèmes aussi divers que la classification viticole, le poids des traditions, la précarité climatique ou encore la réalité, bien concrète, des investissements chinois dans le vignoble bordelais.

Les planches d’Amélie Causse, d’une chaleur subtile, accompagnent cette transformation : couleurs qui évoluent au gré des saisons, lumières qui traduisent le passage du temps, cadrages qui donnent à sentir à la fois la rudesse et la beauté du travail de la vigne. Et ce qui pourrait n’être qu’une bluette sentimentale se révèle être une fable sur l’humilité, le respect de la nature et l’apprentissage de la patience. Le vin, comme l’amour, ne se décrète pas : il se cultive.

Une bande dessinée tendre, lumineuse, et surtout profondément humaine.

Bordeaux Shanghai, Mark Eacersall et Amélie Causse
Bamboo, septembre 2025, 208 pages

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3.5

Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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