« À faire peur – Le Train de la mort » : manège narratif

Dans À faire peur – Le Train de la mort, la fête foraine devient le théâtre d’un étrange jeu de survie orchestré par une Mort aussi ironique que cruelle. Conçu pour un jeune public avide de frissons, ce récit complet plonge ses personnages dans une succession d’épreuves où la peur révèle les personnalités. Derrière son apparente mécanique, celle d’un jeu macabre, la bande dessinée de Lylian, Ingrid Chabbert, Arianna Farricella et Paul Drouin interroge en réalité les liens familiaux, le courage et la manière dont chacun affronte l’idée de mourir.

À Trouillensac, petite ville fictive dont l’étrangeté semble faire partie du paysage, les habitants ont depuis longtemps appris à vivre avec l’inexplicable. Disparitions, phénomènes inquiétants, légendes persistantes : tout concourt à installer une atmosphère pesante. C’est dans ce décor que Quentin et sa sœur Julie décident de tenter enfin l’attraction dont ils rêvent depuis toujours : le fameux Train de la mort.

La promesse : monter à bord et affronter avec bravoure une série d’épreuves effrayantes. Mais la mécanique du récit repose précisément sur ce glissement progressif entre le jeu et la menace réelle. Très vite, les passagers comprennent que la Mort elle-même dirige le manège. Sous ses airs de bonimenteur de foire, ce maître de cérémonie transforme chaque étape en expérience psychologique. Les épreuves prennent alors des formes inattendues : course éliminatoire, confrontation aux phobies, situations morales impossibles où l’on doit choisir qui sacrifier pour survivre…

Les auteurs jouent avec les codes du jeu (défi, élimination, progression, etc.) pour construire une narration rythmée, presque ludique. Pourtant, derrière ce dispositif se cache une réflexion plus profonde sur la peur. Peur de mourir, peur de perdre quelqu’un, peur d’être abandonné ou de devoir choisir entre soi et les autres. Chaque personnage incarne une manière différente de réagir face à ces angoisses. Et ce sont alors les portraits en acte qui prévalent.

Le duo formé par Quentin et Julie constitue évidemment le cœur de l’histoire. Dans le chaos de ces épreuves plus ou moins inventives, leur lien devient une sorte de point d’ancrage. La peur, elle, continue d’agir comme un révélateur : elle met à nu les faiblesses mais aussi les attachements sincères. Et lorsque le récit bascule vers son dénouement, ce sont ces sentiments qui prennent le dessus sur la logique du jeu. Le faux nez, une fois retiré, révèle les vrais visages.

Graphiquement, la BD adopte un style qui épouse parfaitement cette ambivalence entre frisson et humour noir. Les visages expressifs, les décors colorés et les situations grotesques rappellent l’esthétique des fêtes foraines : tout semble à la fois attirant et inquiétant. Au terme de ce voyage, Le Train de la mort laisse surtout l’impression d’un manège narratif bien maîtrisé. Chaque épreuve apporte son lot de surprises, chaque personnage révèle une facette inattendue de lui-même, et la Mort, en maître du jeu, se montre plutôt convaincante.

À faire peur – Le Train de la mort, Lylian, Ingrid Chabbert, Arianna Farricella et Paul Drouin
Soleil, 19 mars 2026, 48 pages

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Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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