« Les êtres sauvages, commença-t-il. Ça m’a toujours paru un peu erroné de dire ça d’eux. Ils ne sont pas sauvages. En tout cas, pas comme la plupart des gens le conçoivent. Observez-les. Voyez comment ils sont les uns envers les autres. Ils sont plus dociles que nous. Je crois que c’est parce qu’ils savent d’emblée comment aimer et que nous, nous devons l’apprendre. Je vois cela en eux. Comment l’amour les rend dociles. Pas seulement entre eux. La nature. Son mystère. L’attraction de la lune. Le ciel. Toute l’atmosphère qui s’en dégage. C’est ce qui m’attire. Cette grande ouverture qu’ils offrent. C’est ce que j’essaie de ressentir quand je suis avec eux. Ce que j’essaie de voir et de saisir, si j’ai de la chance. Cette authenticité. »
« Il a produit de sa poche gauche un paquet de Soleil Levant. Ce que le ravitaillement nous réserve de temps à autre, ce sont des Milan d’or, et pour ce qui est de ces Soleil Levant, à cause de la présence de feuilles de grande renouée, je ne pourrais affirmer qu’elles sont bonnes, avec la meilleure volonté du monde ; cependant, une bouffée de leur fumée me procure une sensation de nicotine jusqu’au bout des doigts et un agréable fourmillement gagne tout mon corps. C’est bien là la plus grande jouissance du fumeur. Je sais comment m’en procurer. Il suffit de bourrer de riz perlé un paquet vide de ces Soleil Levant puis d’aller se tenir devant le débit de tabac du coin, d’attendre le moment où les passants ont disparu pour mettre prestement le paquet sous le nez de la buraliste. La seconde d’après le riz a été escamoté au profit de tabac. »
« Mais le cauchemar revint cette nuit-là. Il y avait des mois que je n’avais pas rêvé de l’exécution de la reine Anne, mais la vue du cadavre de Singleton me remit tout en mémoire. Par une belle matinée de printemps j’étais de nouveau sur le Tower Green (la partie ouest de la cour intérieure de la Tour où l’on décapitait les condamnés de sang royal et les nobles), parmi l’énorme foule entourant l’échafaud recouvert de paille. J’étais au premier rang, lord Cromwell ayant ordonné à tous ses protégés d’être présents afin qu’ils soient liés à la chute de la reine. Il se trouvait à deux pas, au premier rang lui aussi. Bien qu’il ait dû son ascension à son appartenance au groupe d’Anne Boleyn, c’était lui qui avait préparé l’accusation d’adultère ayant causé sa perte. Il avait l’air sévère et renfrogné, incarnation du courroux de la justice. »
« Derrière elle, un paquet de neige tomba d’une branche qui rebondit de joie, débarrassée de sa charge hivernale, fêta d’un jet de gouttelettes sa liberté retrouvée, et s’immobilisa en angle aigu. »
« Alors je lui ai dit que j’étais marié, a poursuivi Nick.
Tu devais tout de même bien avoir une idée de ce qu’elle te voulait, a dit Derek.
Non, je t’assure, a dit Nick. Les gens prennent tout le temps des cafés ensemble, alors non, ça ne m’a pas traversé l’esprit.
Ça ferait une bonne histoire à raconter dans un magazine, ça, a dit Evelyn. Si tu avais eu une aventure avec elle.
Elle était jolie ? a demandé Bobbi.
Nick a ri en montrant ses paumes, l’air de dire, qu’est-ce que tu crois ?
Ravissante, a-t-il répondu.
Melissa a ri, et il a souri la tête baissée, comme s’il était content de l’avoir distraite. Sous la table, je m’écrasais les orteils avec mon talon.
Elle était aussi terriblement jeune, non ? a dit Derek. Vingt-trois ou quelque chose comme ça.
Peut-être qu’elle savait que tu étais marié, a dit Evelyn. Il y a des femmes qui aiment les hommes mariés. Pou elles, c’est une sorte de défi.
Je m’écrasais le pied si fort que la douleur est remontée dans ma jambe et que j’ai dû me mordre la lèvre pour m’empêcher de crier. En levant le talon, j’ai senti mes orteils palpiter.
Je ne crois pas, a dit Nick. Elle avait l’air très déçu quand je le lui ai dit. »
« Malgré la plaisanterie, il sentit la tension monter entre eux. C’était illégal pour un homme et une femme d’être dans la même chambre sans un certificat de mariage. Le service de sécurité de l’hôtel avait le droit d’entrer à tout moment. « Contrôle de routine ! » Certaines chambres cachaient même des caméras vidéo. »
« J’ai un terrible problème avec la vérité. Je ne peux pas imaginer ce qui risque d’arriver une fois qu’on l’a énoncée. Ce que je vois, c’est que tout s’arrête et que la vérité une fois dite, comme une avalanche, bloque toutes les routes, en avant comme en arrière. »
« Des hauteurs occidentales accompagnant la lente descente des glaciers, les eaux se déversaient, les vents soufflaient ; à l’est l’océan dominait, avec ses saisons de pêche et les marées capricieuses, les plages désertes… jonchées d’ossements de baleines et de lions de mer. Où que l’on se tourne, le regard revenait sur les vagues et les quarantièmes rugissants, sans toucher un seul empan de terre. Ainsi se présentait la planète dans ces latitudes extrêmes que ses habitants se plaisaient à appeler « le monde du bout du monde », comme si c’était un motif de fierté. »
« Plus tard, nous sommes arrivés au bord de la mer, où nous avons pu voir le sommet de gratte-ciels immergés saillir des eaux. Au moment du reflux, des flots d’écume blanche se sont mis à rouler en cascade le long de leurs innombrables fenêtres… »
« Les paroles acquièrent de la force quand elles viennent du fond de l’âme, dit Rinto. Elles doivent couler comme l’eau d’un ruisseau, libres comme l’air qu’on respire. »
« Je suis ton mari. »
Tsû s’inclina, les mains posées sur le sol.
« Oui, je suis votre femme. »
Elle restait inclinée avec affectation. Il se pencha vers elle et dit :
« Promets-moi de m’obéir. »
La tête toujours baissée, elle répondit :
« C’est vous qui devrez me faire obéir. »
L’officier fronça les sourcils.
« Bon. Mais au moins, dans la mesure où tu m’as pris pour mari, tu respecteras bien la fidélité conjugale ? »
La jeune femme releva la tête :
« Je me ferai une joie de la trahir. »
Le visage enflammé par la colère, l’officier s’écria :
« Que dis-tu ? »
Et il lui fit répéter ce qu’elle avait dit. »
Avec audace et sans se laisser déconcerter, Tsû répéta :
« Vous avez bien entendu. Je… je ne ressens nullement l’obligation de vous être fidèle, et si l’occasion se présente, je vous tromperai ! »
« - Les producteurs doivent bien être masochistes pour produire tous ces films où ils sont dépeints en crapules.
- Drôle de théorie… Encore une cérébrale qui déteste le cinéma mais rêve d’en faire… »
À mi-chemin entre le making-of et l'album hommage, "Les Gendarmes : L'album du film" vient accompagner l'adaptation cinématographique de la célèbre série publiée aux éditions Bamboo. Au fil des pages, il raconte la production d'un long métrage, les dilemmes d'une adaptation, tout en revenant sur les nombreux métiers du cinéma.
Avec Nootilus, son nouveau label consacré aux classiques revisités, les éditions Bamboo ouvre le bal en s'attaquant à l'un des récits les plus fondateurs de la culture occidentale. Un pari ambitieux, tant L'Odyssée d'Homère irrigue encore aujourd'hui notre imaginaire collectif.
« - Dis-donc, tu vois qui c’est, Pierre Inféri ?
- Ben oui, vous m’en avez parlé hier. Juste avant de…
- Exactement, j’ai rendez-vous demain chez lui, à Enghien, pour déjeuner et faire la maquette de son prochain livre. Il est maniaque, il refuse d’envoyer quoi que ce soit par la poste. Si tu y allais à ma place ? Ça ferait bien dans ton rapport de stage, non ?
- Mais, euh… Vous disiez qu’il était… Euh…
- Répugnant. Oui
- … Qu’il passe son temps à essayer de vous tripoter… Et qu’il a…
- … six doigts à chaque main, oui. On a l’impression de se faire peloter par une mygale, c’est ignoble !
- Franchement, je préférerais pas…
- Je ne te laisse pas le choix, tu y vas, et, en échange, j’oublie que tu es tout le temps en retard.
- Hein, mais tout à l’heure, vous disiez… »