Stratton, un film de Simon West : Critique

Privé de sortie en salles, Stratton est un film d’action parfaitement dérisoire et, pire encore, un film d’espionnage risible. Pas de quoi nous faire regretter de ne pas avoir l’occasion de le voir sur grand écran.

Synopsis : Deux agents spéciaux rattachés au MI6 s’infiltrent dans un laboratoire iranien pour y intercepter un produit chimique dangereux. Alors qu’ils tombent dans une embuscade et que l’un d’eux est tué, l’équipe menée par Stratton comprend qu’ils ont affaire à un dangereux terroriste déterminé à utiliser sa toute nouvelle arme biochimique.

A la vue d’un film dont l’argument principal est « d’après les romans d’un ancien membre des Forces Spéciales Britanniques », il était légitime d’espérer trouver un thriller délesté des inévitables gimmicks du cinéma d’action, voire même atteindre un réalisme en rupture avec la stratton-dominic-cooper-pistolet-mitrailleurgrandiloquence un peu kitsch propre à la saga James Bond. C’était sans compter sur Simon West, le réalisateur des regrettables Tomb Raider et Expendables 2 ainsi que plusieurs nanars testostéronés interprétés par Jason Statham. C’est exactement dans cette direction qu’il oriente ce Stratton, à tel point d’ailleurs que l’on aurait tout à fait pu imaginer son rôle-titre sous les traits de son nouvel acteur fétiche plutôt que sous ceux de Dominic Cooper, qui décidément, après Warcraft, ne cesse de nous prouver qu’il choisit mal ses projets.

Dès la scène d’ouverture, West nous fait comprendre que son intrigue a été conçue pour répondre aux attentes des amateurs de films d’action. C’est ainsi que le suspense naît de façon artificielle, poussé par une musique bateau qui monte crescendo ; que la course-poursuite en voiture passe miraculeusement par un entrepôt dont l’architecture est propice aux cascades les plus convenues ; et que la fusillade s’éternise dans un montage chaotique. Tous les espoirs de réalisme intelligemment documenté sont ainsi mis à plat en seulement quelques minutes.

Thomas Kretschmann a beau être un méchant impressionnant, la balourdise du scénario et le manque d’idées dans la conception des scènes d’action font de l’ensemble un actionner sans âme comme on en a déjà vu des dizaines.

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Entendre, par exemple, les agents secrets anglais qualifier les espions de « KGB », alors que cette agence est dissoute depuis un quart de siècle, est une preuve parmi tant d’autres que les scénaristes (mystérieusement restés anonymes) n’avaient aucune notion de ce dont il est question ici. Bien au contraire, il apparaît évident que leur seule intention est de justifier davantage de fusillades et de courses-poursuites toutes plus invraisemblables les unes que les autres.

 Stratton-Tom-FeltonQue dire des personnages ? Hormis les quelques efforts pour rendre le héros attachant en lui offrant un passif familial à travers les souvenirs pleins d’émotions d’un vieux marin alcoolique (Derek Jacobi), et les quelques flashbacks mélancoliques visant à nous faire partager le chagrin de la mort d’un sympathique agent (Tyler Hoechlin), on peut déplorer une absence totale de travail sur les personnages secondaires. Les plus atteints par ce manque d’écriture sont ceux interprétés par Gemma Chan, qui comme souvent ne semble être là que pour apporter une touche de charme, et par Austin Stowell, cet agent américain si inutile qu’il est relégué jusqu’au bout au rang de figurant. L’acteur qui est le plus à plaindre est sans conteste Tom Felton, l’ancien Drago Malfoy de la saga Harry Potter, à qui il semble désormais qu’aucun réalisateur ne veuille donner un autre rôle que celui du traître ou du félon. Aucune surprise donc sur l’unique twist de l’intrigue (peut-on même encore imaginer que dire « Felton joue le méchant » est un spoil?). Ne reste que ce cher Dominic Cooper à qui on laisse trop peu de place pour affirmer son talent. Un échec sur toute la ligne…

Stratton : Bande-annonce

Stratton : Fiche technique

Réalisateur : Simon West
Scénario : Adaptation des romans de Duncan Falconer
Interprétation : Dominic Cooper (John Stratton), Thomas Kretschmann (Grigory Barovsky), Tom Felton (Cummings), Gemma Chan (Aggy), Derek Jacobi (Ross)…
Production : Henry Cavill, Charlie Cavill, Lawrence Elman, Rex Glensy…
Studios de production : GFM Films, Amber Entertainment, Promethean Productions…
Distribution : Marco Polo
Genre : Action, espionnage
Durée : 93 minutes
Date d’accès en VOD : 5 avril 2017
Grande-Bretagne – 2017

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Festival

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Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
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