Heis (Chroniques), un film d’Anaïs Volpé : critique

Pendant deux ans, la jeune réalisatrice Anaïs Volpé s’est consacrée à un projet cross-média à grande échelle : Heis. Découpé en trois volets (long-métrage, série et installation artistique), ce projet est avant tout un travail expérimental. Ce film, de 1h30, aborde des thématiques omniprésentes dans notre société, telles que la culpabilité du choix. Retour sur une œuvre cinématographique révolutionnaire.

Synopsis : En quête de réussir sa vie, Pìa, 25 ans, désespérée après une accumulation de difficultés, doit retourner vivre dans sa famille. Son objectif: revenir pour mieux repartir. Son frère jumeau, Sam, qui vit toujours chez leur mère, n’appréhende pas la vie sous le même angle et ne tolère pas la vision de sa sœur. Qui a tort, qui a raison? Le droit de partir ou le devoir de rester? Entre Amour et Colère, émancipation et culpabilité, Heis est une histoire de sang, de vide et de trop plein : une histoire de famille.

Les liens du sang : une dépendance aveugle ?

Le devoir de rester ou le droit de partir ? La trame de l’histoire est construite sur cette question à la fois personnelle, universelle et symbolique. Heis, qui signifie l’épanouissement personnel en grec, est une œuvre cinématographique d’un nouveau genre. À mi-chemin entre le projet artistique et le documentaire, ce film expose avec modernité la thématique de la dépendance familiale.    

heis-chroniques-critique-akela-sari Intergénérationnel, HEIS s’adresse aussi bien à la jeunesse qu’aux parents. C’est un film profondément moral, dans lequel nous pouvons tous nous retrouver. Pia est une jeune femme qui tente, malgré son attachement familial, de s’émanciper, en essayant de se construire un avenir professionnel. Sam son frère jumeau, est quant à lui entièrement dépendant de sa famille, dans l’incapacité de se détacher de cette dernière. Leur mère, partagée par la volonté de leur réussite mais véritablement bouleversée par l’idée qu’ils puissent un jour s’éloigner d’elle, représente cet entre-deux.

Ce chaos est à l’image de notre société. Nous grandissons dans un monde, dominé par l’accomplissement des choix. Ces derniers nous rendent certes, plus responsables, mais nous éloignent toujours un peu plus de nos repères. Oublier ses rêves ou oublier sa famille ? Quelle réponse pouvons-nous donner face à ce choix quasi impossible ? HEIS est une définition très représentative de ce monde d’aujourd’hui, où le mot société rime désormais avec individualisme.

Une critique de la société

Une jeunesse ambitieuse ?

« On est les enfants des années 90 et les adultes des années 2010. On est passés du biberon au chômage presque sans transition. On est nostalgique d’une époque qu’on n’a même pas connue. »

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Dépeindre la génération « YouTube » : voici l’une des principales intentions d’Anaïs Volpé. HEIS est un film quelque peu militant qui aborde en l’espace de 1h30 de larges problématiques actuelles. C’est le cas du chômage. Sujet « à la mode » depuis le XXIe siècle, cette crise des emplois est une lutte qui prend de plus en plus de place chez les jeunes. Artiste talentueuse, Pia rêve de faire de sa passion, son métier. La trame de l’histoire est bercée par le désir obsessionnel de cette jeune femme, de se voir accorder une bourse d’étude. Sans cette dernière, son ambition s’envole au même rythme que ses rêves.

« Comme la plupart de mes amis, j’étais victime de la crise qui touche les jeunes de moins de 25 ans en France. » Anaïs Volpé.

En mettant en évidence ce problème actuel et récurrent, la jeune réalisatrice espère insister sur l’ampleur de cette jeunesse perdue entre le désespoir et l’ambition. Nous retrouvons ainsi dans HEIS, des séquences symboliques telles que la confrontation sociale entre Pia, toujours dans l’attente d’un avenir, et une amie ayant réussi professionnellement. Tension. Jalousie. Incompréhension. Voici les principaux troubles de notre société, désormais bercée par un esprit de rivalité permanente.

La rupture sociale

« Aujourd’hui est un jour particulier, celui de la perte. Où on réalise que le groupe dans lequel on a toujours évolué n’existe plus. »

heis-chroniques-critique-matthieu-longatte-boxeLa perte d’un amour ou d’un ami est un sujet également mentionné dans HEIS. Loin d’être omniprésente, cette thématique est pourtant abordée de manière officieuse durant toute l’intrigue. Nous rencontrons par le biais des souvenirs de Pia, une part de sa vie antérieure, bien loin de sa solitude actuelle. À aucun moment les raisons de cette rupture sociale sont abordées, mais nous comprenons, grâce à de nombreuses allusions, que cette perte a été occasionnée par ses choix. C’est notamment le cas dans la scène du pile ou face, dans laquelle Pia semble jouer son avenir sentimental. En dissimulant ainsi les motifs de la perte sociale de Pia, Anaïs Volpé a voulu mettre en évidence le fait que chacune des relations que nous établissons ne tient qu’à un fil. En effet, peu importe les choix que nous accomplissons, nous perdons toujours quelque chose en retour.

Le paradoxe de la liberté et de la violence

heis-chroniques-critique-anais-volpe-ballonPia et Sam, ces deux jumeaux au caractère si distinct sont nés à une époque emblématique : celle de la chute du mur de Berlin. Cet événement symbolique a été choisi méticuleusement par la réalisatrice afin d’insister sur l’émancipation d’une jeunesse perdue, et son désir de liberté.

« Les gens qui ont des rêves ne veulent pas mourir et les gens qui n’ont pas de rêve veulent mourir. »

HEIS mêle pendant 1h30, les monologues engagés de Pia, aux discours médiatiques sur le contexte violent dans lequel nous vivons. Attaques terroristes, actes violents… s’imposent rapidement dans ce long-métrage. Les mots parlent d’eux-mêmes et à aucun moment nous découvrons l’ampleur des images. Ce choix, très pertinent permet d’insister sur le dérèglement quasi global de notre société. HEIS, apparaît ainsi comme un véritable face à face avec les problèmes actuels.

Véritable ovni cinématographique, HEIS est une œuvre artistique engagée, face à une société en parfaite décadence. Un long-métrage bouleversant : quand la nostalgie pointe le bout de son doigt, que les souvenirs sont de simples piqûres de rappel, et que le passé doit désormais faire place à l’avenir.

« On est jeune, on n’a encore rien vu. Il nous reste tellement de temps qu’on n’a même pas idée que la route est longue. On est déjà presque en 2020. »

Heis (Chroniques) : Bande-annonce

Heis (Chroniques) : Fiche technique

Réalisateur : Anaïs Volpé
Scénario : Anaïs Volpé
Interprètation : Anaïs Volpé, Akéla Sara, Matthieu Longatte, Émilia Derou-Bernal, Alexandre Desane
Image : Alexandre Desane, Anaïs Volpé, Gabriel Dumas-Delage
Montage : Anaïs Volpé
Musique : CHKRRR
Distribution : Territoire(s) Film
Durée : 92 minutes
Genre : Drame
Date de sortie : 5 avril 2017

France – 2016

Festival

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Megane Bouron
Megane Bouronhttps://www.lemagducine.fr/
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