Dans les années 1920, le cinéma reste, malgré quelques chefs d’œuvre matriciels, un art balbutiant qui doit encore faire ses marques au delà d’une poignée de genres déjà bien installés. En une décennie, le cinéma muet traverse un véritable âge d’or à l’échelle mondiale.
Impossible de se prétendre cinéphile sans reconnaître l’apport inestimable des réalisations datant de ces lointaines années. La grammaire de la mise en scène telle qu’on la connait aujourd’hui semble avoir été écrite au cours de cette époque fleurie à laquelle l’invention du cinéma parlant a brutalement mis fin, sans pour autant -comme cela a pu être écrit- remettre les compteur à zéro. Chacun a évidemment ses préférés parmi les films qui émergèrent du regain de créativité qui animait alors les artistes à travers le monde. Voici les nôtres.
Notre top 5 des films muets des années 20:
1/ Metropolis (Fritz Lang, 1927) : Véritable chef d’œuvre de Fritz Lang, Metropolis est un incontournable. Le film, décrié à sa sortie est loin d’être parfait. L’œuvre est empreinte de l’idéologie nazie, Fritz Lang et sa femme scénariste Thea von Harbou ayant été très proche de la sphère nazie, pendant la production du film. Ainsi le message collaborationniste du film aura du mal à passer. Néanmoins, si Metropolis a marqué l’histoire, c’est grâce à la virtuosité et à l’imagination de son créateur. Metropolis est un monument visuel hors-norme, représentant la quintessence de l’expressionnisme allemand. Encore aujourd’hui le visionnage est bluffant et exprime à chaque instant l’ambition démesurée du réalisateur. L’œuvre de Fritz Lang hante par son excellente musique, composée par Gottfried Huppertz. Car il faut se le dire, Metropolis ne brille par son histoire naïve et politisée, ni par ses acteurs, la plupart étant amateurs. Metropolis est un témoignage historique qu’il faut voir autant pour ses défauts que ses qualités. Roberto
2/ Le cuirassé Potemkine (Sergueï Eisenstein, 1925) : On réduit souvent Le Cuirassé Potemkine à sa seule dimension de film de propagande bolchévique sur la première Révolution Russe, étant entendu qu’un film de propagande ne pourrait être un grand film de cinéma. S’il faut le réduire, alors réduisons ce film à une seule de ses scènes: celle de l’escalier d’Odessa, prouesse technique et artistique, reprise depuis dans une dizaine de grands films. Eisenstein y démontre d’immenses talents de metteur en scène, mais également de narrateur, cette séquence s’étirant pour faire monter la tension dramatique à mesure que le landau lâché par une mère abattue dévale lui, les marches d’escalier. En une scène, Eisenstein donne sa vision de la mutinerie des marins du cuirassé, de la brutale riposte des cosaques au service du Tzar Nicolas II. Tourné une petite trentaine d’années après la naissance du cinéma, Le Cuirassé Potemkine reste une référence et un sujet d’étude pour tous les cinéastes apprentis ou confirmés, chose rare pour un film de propagande. Thierry
3/ Le mécano de la Général (Buster Keaton, 1926) : Johnnie Gray (Keaton) se voit refuser l’accès à l’engagement militaire durant la guerre civile. Avance rapide d’une année ; sa fiancée, Annabelle Lee (Marion Clark), est prise en otage par les espions de la Union, à bord de la « General ». Johnnie, seul contre tous, dans un enchaînement semi-burlesque à la Keaton, décide de lui venir en aide. Ce long-métrage, qui contient la scène d’action la plus chère de l’époque du muet (l’effondrement du pont en feu), est un bijou d’humour et de vérité comme seul Keaton savait le faire à l’époque. Si de nos jours, The General, fait partie des films cultes de l’époque du muet, il ne fut que très peu accueilli lors de sa sortie en 1926. Réévalué depuis, cette oeuvre polémique fait partie du fragile patrimoine cinématographique américain, précédent la grande dépression. Pascal
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4/ Un chien andalou (S. Dali, L. Bunuel 1928) : Lorsqu’on parle de surréalisme, un nom (et une moustache) sont très rapidement évoqués, il s’agit de Salvador Dali. Principalement connu pour ses peintures, l’artiste a en 1928, une conversation avec Luis Buñuel, et discutent de leurs rêves respectifs. Alors que le peintre raconte avoir vu des fourmis lui courir sur les mains, le réalisateur lui rétorque avoir vu l’œil de quelqu’un se faire trancher. Le scenario d’Un Chien Andalou était né. Il serait idiot de vouloir l’expliquer, comme il serait inutile d’essayer d’en comprendre la signification profonde. Un Chien Andalou est avant tout une expérience unique. Un quart d’heure dans les rêves d’un autre que soi avec une logique propre, certaines scènes restent toujours aussi marquantes quelque que soit le nombre de visionnages et en ont fait un classique du cinéma, on pourra d’ailleurs y voir des références dans de nombreux autres films, notamment Old Boy de Park Chan-Wok. Un véritable monument du cinéma donc. Yvan
5/ L’aurore (Friedrich-Wilhelm Murnau, 1927) : Premier film américain du cinéaste expressionniste allemand Friedrich Murnau, déjà connu en Europe pour ses nombreux succès tels que son Nosferatu, l’œuvre n’adopte toutefois pas l’esprit hollywoodien dans son traitement. Murnau a voulu dépeindre une situation commune avec des personnages universels. Ainsi, L’histoire nous montre la puissance et la fragilité des relations amoureuses avec une crédibilité hallucinante, et la symbiose de ces deux êtres vient offrir au spectateur un florilège d’émotions auxquelles il peut s’identifier. Par ailleurs, Murnau a travaillé particulièrement sa photographie dans les scènes nocturnes qui constituent l’essentiel du film. Il réussit à créer une atmosphère fantasmagorique qui touche au gothique avec ses détours de brumes qui stagnent sur les lacs, et ses branches d’arbres qui surgissent dans le cadre. L’Aurore est sans conteste l’un des films les plus intemporels de la période du cinéma muet, véhiculant une force singulière. François Truffaut ira même jusqu’à le considérer comme « le plus beau film du monde ». Clément
Ils auraient pu y être : Nosferatu (Friedrich-Wilhelm Murnau, 1922), Le kid (Charles Chaplin, 1921), La ruée vers l’or (Charles Chaplin, 1925)…
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