Le parc, un film de Damien Manivel : Critique

C’est une balade romantique que nous propose Damien Manivel dans son second long-métrage, Le Parc. Une balade qui devra prendre fin et laisser personnages et spectateurs face à leurs tourments.

Synopsis : Deux adolescents vivent leur premier rendez-vous dans un parc boisé où leur relation se réchauffe malgré leur timidité respective. Mais lorsque la journée prend fin, les jeunes amants n’ont d’autre choix que de se séparer.

L’ingénuité des sentiments magnifiée

Deux ans après les errances dans une ville côtière d’un jeune poète en mal d’inspiration à l’occasion de son premier long-métrage, Damien Manivel confirme qu’il aime filmer les personnages en mouvement, en les mettant cette fois-ci en couple et en déplaçant l’action dans un parc urbain. Il aime aussi relever les défis. D’avoir ainsi limité l’espace et le temps à une journée, de s’interdire mouvements de caméra et lumières artificielles et surtout de ne diriger que trois comédiens non professionnels sont autant d’exigences que beaucoup auraient qualifiées de contraintes de tournage, mais qui se transforment ici en arguments romanesques. Cette humilité formelle s’accorde magnifiquement avec la candeur des deux jeunes personnages dont nous ne savons rien, mais auxquels il est si facile de s’identifier tant l’étape qu’ils vivent semble un passage obligé dans l’adolescence et l’éveil amoureux.

Même si le jeu crispé des acteurs et la teneur creuse de leurs dialogues peut, dans les premières minutes, sembler sonner faux, plus la promenade avance et plus on les sent à l’aise. Cette façon dont la maladresse des deux tourtereaux s’accorde avec celle des comédiens, donne au dispositif une part de sincérité attendrissante, ainsi qu’un sentiment de soulagement à voir l’amour naitre entre eux. Mais finalement, le véritable personnage n’est ni ce garçon ni cette fille mais bien ce parc. Véritable havre de paix, où tout le monde semble être déconnecté des tourments qui régissent le monde extérieur, chaque plan fixe magnifie un peu plus la beauté de ce lieu propice à la passion et à l’insouciance. Entre ses bancs publics où l’on s’assoit pour discuter innocemment, ses vastes pelouses où l’on batifole sans se soucier du regard des passants et ses cachettes boisées où l’on s’effeuille tendrement, ce cadre bucolique bercé par les chants d’oiseaux et les rires d’enfants apparait comme un lieu où l’idylle est inévitable et néanmoins fort bienvenue.

Mais Damien Manivel est un réalisateur trop peu soucieux de rentrer dans les sentiers battus, pour nous limiter à ce flirt adolescent dont l’issue est connue de par son seul concept et il est conscient qu’il n’aurait pas tenu la longueur sans nous lasser. Oser, à mi-parcours, mettre brutalement fin à cette amourette, est une première preuve d’audace. Se permettre ensuite une rupture de ton et ce, sans jamais trahir ce qui l’a précédée, devient alors la marque d’un cinéaste plein de potentiel. Le point de bascule a beau ne reposer que sur la surimpression d’un SMS et une séance silencieuse et étirée, il fait son effet et justifie la transformation de cette romance ultra-naturaliste en un conte fantastique. De ne pas avoir changé de mise en scène entre ses parties diurne et nocturne assure à l’ensemble une cohérence formelle, et par extension dans son authenticité. Le Parc ne sombre donc jamais dans l’onirisme farfelu comme on pouvait le craindre, mais au contraire se stabilise dans l’exploration des sentiments les plus naturels.

Intelligence du propos, sens du cadre, refus des fioritures et maitrise de l’art de nous emmener là où l’on ne s’attend pas à se retrouver, Damien Manivel est un jeune talent à suivre de près. Peut-être tient-on là le prochain Jacques Rivette, et de cela le cinéma français ne peut que se réjouir.

Le Parc : Bande-annonce

Le Parc : Fiche technique

Réalisation : Damien Manivel
Scénario : Damien Manivel, Isabel Pagliai
Interprétation : Naomie Vogt-Roby, Maxime Bachellerie, Sobere Sessouma…
Photographie : Isabel Pagliai
Montage : William Laboury
Prises de son : Jérôme Petit
Producteurs : Damien Manivel, Thomas Ordonneau
Production : MLD Films
Distribution : Shellac
Durée : 71 minutes
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie : 4 janvier 2017
France – 2016

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Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

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