Le fondateur, un film de John Lee Hancock : Critique

Le fondateur commence comme une publicité édulcorée de la malbouffe fabriquée à la chaine pour se poursuivre comme une apologie de l’avidité et de la malhonnêteté, devenant alors plus écœurant encore.

Synopsis : Au milieu des années 50, un ambitieux vendeur d’accessoires de cuisine fait la rencontre de deux frères qui ont monté en Californie un restaurant de hamburgers à la rapidité révolutionnaire. Il leur propose de s’associer pour les aider à monter une franchise qu’il espère fructueuse.

Une affaire de milk-shakes et de gros sous

Deux ans et demi après Walt Disney avec Dans l’Ombre de Mary, John Lee Hancock s’en prend à une autre figure du capitalisme et de l’exploitation du travail à la chaine, celui de Ray Kroc, le fondateur de la franchise McDonald’s. Un personnage qu’il pouvait sembler bon d’évoquer pour illustrer le rêve américain. Le choix d’un ancien acteur comique de la trempe de Michael Keaton, après le come-back fulgurant que lui a permis Birdman, ferait de ce rôle celui d’un fringant magouilleur caricatural dont le cynisme serait propice à une peinture acide du pouvoir de l’argent-roi. Mais, cela impliquerait que le film de Hancock soit affublé d’un sous-texte un tant soit peu subversif. Bien au contraire, c’est dans la voix de la success-story la plus consensuelle que s’enfourne le scénario signé par Robert D. Siegel (The Wrestler, Turbo…). La prestation de Keaton se retrouve alors limitée à afficher un sourire idiot du début à la fin, certainement pas de quoi lui faire espérer concourir à l’Oscar du meilleur acteur. Son jeu crispé s’accorde en fin de compte avec la superficialité de l’ensemble de ce long-métrage aussi impersonnel que la recette d’un Big Mac.

La rencontre entre Kroc et les deux créateurs du concept qui fera la réussite de leur restaurant est déjà l’occasion d’un flashback aux allures de success-story plein de complaisance, allant jusqu’à réussir à donner à McDonald l’image d’une honnête affaire de famille. Dans cette première partie du film, l’élément formel le plus saisissant est certainement la direction artistique dont profite la reconstitution des années 50 dans les scènes en extérieur. La suite de ce biopic insignifiant allant ensuite rapidement se réduire à des décors intérieurs, cet argument s’effacera aussitôt. N’en restera qu’un récit mou du genou car pauvre en éléments dramaturgiques, ceux-ci n’apparaissant de plus que comme de grosses ficelles scénaristiques qui assurent un minimum de rythme à l’avancée de l’histoire. Si encore l’humour avait permis de prendre un peu de recul vis-à-vis de cet individu aussi déloyal envers ses partenaires professionnels qu’envers sa femme, Le Fondateur aurait pu se construire sur une interrogation morale autour de ses agissements. Mais jamais son comportement antipathique n’est remis en cause. Au contraire, son enrichissement est porté dans les dernières minutes comme un modèle à suivre, aboutissant à une œuvre politique américaine platement conservatrice et surtout éthiquement détestable.

Le fondateur : Bande-annonce

Le fondateur : Fiche technique

Réalisation : John Lee Hancock
Scénario : Robert D. Siegel
Interprétation : Michael Keaton (Raymond Kroc), Nick Offerman (Dick McDonald), John Carroll Lynch (Mac McDonald), Laura Dern (Ethel Fleming), Linda Cardellini (Joan Smith)…
Photographie : John Schwartzman
Montage : Robert Frazen
Direction artistique : Michael Corenblith
Musique : Carter Burwell
Producteurs : Don Handfield, Jeremy Renner, Aaron Ryder
Productions : FilmNation Entertainment, The Combine
Budget : 7 millions $
Distribution : EuropaCorp Distribution
Durée : 115 minutes
Genre : Biopic
Date de sortie : 28 décembre 2016
États-Unis – 2016

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Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

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