L’Ornithologue, un film de João Pedro Rodrigues : Critique

L’Ornithologue, le western métaphysique et christique d’un grand cinéaste formel

Synopsis : Équipé de ses jumelles, Fernando descend une rivière en kayak dans l’espoir d’apercevoir des specimens rares d’oiseaux sauvages. Absorbé par la majesté du paysage et de ses découvertes, le jeune ornithologue se laisse surprendre par les rapides et échoue plus bas, inconscient, flottant dans son propre sang.

Délivrance

À force de regarder les oiseaux Fernando s’est probablement vu parmi eux, au bout des cieux, observant à son tour vivre les humains sur la Terre. Nous sommes dans le nord-ouest du Portugal ou quelque part dans une campagne du Nord de l’Italie. Avec ses jumelles le jeune ornithologue observe les rares races d’oiseaux qui peuplent cet endroit comme coupé du monde. Fasciné par ces bêtes et naviguant sur son kayak il finit par faire naufrage. Commence dès lors le périple de Fernando afin de retrouver son chemin. Une sorte de Délivrance (John Boorman, 1972) à la sauce christique.

Dans le dossier de presse, João Pedro Rodrigues précise que le scénario de son film se base sur une relecture du mythe de Saint-Antoine de Padoue, ce prêtre qui aurait porté l’enfant Jésus dans ses bras et aurait le don de guérir avec un simple souffle. Mais inutile de connaître la légende de Saint-Antoine, bien connue au Portugal, pour apprécier L’Ornithologue. Une telle précision formelle suffit à envoûter le spectateur tel le fidèle devant ses croyances catholiques. L’Ornithologue pourrait être un bon exemple où le scénario n’est qu’un prétexte pour une mise en scène purement cinématographique.

Davantage qu’une simple relecture de Saint-Antoine, L’Ornithologue est avant tout une formelle relecture d’un genre, le western, que João Pedro Rodrigues exporte (pour la première fois ?) au Portugal. Fernando, perdu dans une nature aussi merveilleuse qu’hostile, survit au milieu de ses sauvages (ces hommes déguisés tout droit sortis d’une drôle de secte qui jouent le rôle des indiens). L’Ornithologue est un film de grands espaces. Le monde des oiseaux, filmés en scope, et l’histoire d’un homme déambulant dans un monde hors-la-loi à la recherche d’un trésor, celui de la vie sainte pour Fernando, sont caractéristiques du genre.

Dans son dernier film João Pedro Rodrigues racontait le désir d’un homme de changer de sexe. Avec L’Ornithologue le cinéaste portugais met en image une nouvelle métamorphose en mettant en scène la trajectoire de Fernando, homme devenu saint. Qu’est-ce qu’un saint sinon un homme élevé au niveau de Dieu ? En prenant la voix puis petit à petit l’apparence de son créateur João Pedro Rodrigues, le personnage Fernando a littéralement atteint une grâce divine. Le miracle de Saint-Antoine n’est pas simplement raconté mais réactualisé cinématographiquement. Si l’histoire de Saint-Antoine servait de base au scénario, la mise en scène de Rodrigues se construit sur tout autre chose. Sur un genre, le western, puis sur la métamorphose du héros, portrait de son créateur-réalisateur.

L’Ornithologue : Bande-annonce

L’Ornithologue : Fiche Technique

Réalisation : João Pedro Rodrigues
Scénario : João Pedro Rodrigues, João Rui Guerra da Mata
Interprétation : Paul Hamy, João Pedro Rodrigues, Xelo Cagiao
Photographie : Rui Poças
Montage : Raphaël Lefèvre
Musique : Séverine Ballon
Production : Joao Figueiras, Diogo Varela Silvas, Vincent Wang, Antoine Barraud, Gustavo Angel Olaya, Maria Fernanda de Sena Scardino
Distributeur : Epicentre Films
Durée : 117 minutes
Genre : Drame
Date de sortie : 30 Novembre 2016

Portugal – 2016

Festival

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Diplômé en Lettres, puis en Cinéma, je n'avais qu'une gageure. Celle de braver tous les pans de l'histoire du cinéma, du chef-d’œuvre intimiste au navet international, pour écrire et partager mes points de vue sur ce septième art qui, comme nul autre, nous ouvre au monde et à des expériences sensorielles inédites. Je vous engage dès lors à ne pas être d'accord avec moi. Réagissez, débattez et donnez ainsi sens à ce cinéma que l'on chérit tant !

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