Bridget Jones Baby, un film de Sharon Maguire : Critique

Énorme paradoxe : Bridget Jones Baby est une parfaite réussite dans son effort de modernisation sans que sa trame ne se renouvelle réellement. La meilleure preuve que l’on peut faire du neuf avec du vieux.

Synopsis : Alors qu’elle vient de « fêter » ses 43 ans, Bridget Jones déplore que sa vie sentimentale n’ait pas avancé depuis 15 ans. Elle décide de prendre le taureau par les cornes et s’autorise un week-end de beuverie, au cours duquel elle couche avec un bel inconnu américain. De retour à Londres, elle recroise Mark Darcy, son ex, avec qui elle ne peut s’empêcher de passer la nuit. Quelques jours plus tard, elle apprend qu’elle est enceinte… mais ignore de qui.

L’amour a ses raisons que la raison ignore

12 ans. C’est le temps qu’il aura fallu attendre pour retrouver le personnage culte de Renée Zellweger. Qu’on l’ait laissée sur une suite véritablement décevante (pour ne pas dire has-been), nous avait même laissé craindre que cette trentenaire imaginée par Helen Fielding n’avait déjà plus sa place au cinéma. Ses fans regrettèrent pourtant que les studios Working Title n’adaptent pas son troisième roman, publié en 2013 et dans lequel Bridget est veuve et mère de deux enfants(!).  Mais ça y est, Renée Zelweger retrouve son rôle à l’occasion d’un film qui parvient intelligemment à jouer sur ces années qui le séparent des deux précédents. Précisons que cet écart est quelque peu réduit dans la diégèse puisque 15 ans après qu’elle ait fêté ses 32 ans, elle a désormais… 43 ans. Mais il est préférable de fermer les yeux ce détail sans importance, tout comme sur l’ignominieux bashing qu’a subit l’actrice, accusée d’avoir « tué son personnage » à grands coups de chirurgie esthétique. Celle dont on se rappelle comme la « déesse du sexe et de la débauche », qui fumait et buvait trop et se plaignait de ses rondeurs, a à présent mis de côté sa libido, arrêter la clope et la bouteille et perdu ses kilos en trop. C’est ce changement fondamental dans l’appréhension du personnage qui marque une rupture que certains jugeront rédhibitoire.

Mais que l’on se rassure, Bridget Jones reste Bridget Jones. La façon dont est construit ce Bridget Jones Baby semble reposer sur une interrogation constante sur la façon de faire se conjuguer le vieillissement acté de son héroïne et la modernisation de ses aventures. Il ne faut pas oublier que si Bridget Jones est devenu un phénomène de société, c’est grâce au renouveau qu’elle a apporté à la place de la femme dans les codes surannés de la comédie romantique. Depuis cette petite révolution culturelle, de multiples films et séries se sont calés sur le modernisme de cette icone féministe du 21ème siècle. Le seul fait que Bridget soit à présent une « femme d’âge mûr » (une MILF selon ses copines), et qu’elle conserve en tant que tel le rôle principal de cette rom-com reste en soit un fort joli pied-de-nez aux diktats de jeunisme du genre. Il était donc indispensable que le regard sociologique que porte le film sur l’Angleterre de 2016 soit lui aussi en adéquation avec la contemporanéité de ce concept audacieux. C’est ce que parvient à faire le scénario écrit par Emma Thomson en évoquant des problématiques aussi dans l’air du temps que la vulgarité assumée du post-féminisme ou encore l’homoparentalité.

La vie professionnelle de notre héroïne, qui a sacrifié ses velléités de vie de couple pour assurer sa carrière dans un milieu qui est lui-même phagocyté par le tout-numérique, est également une marque du réalisme contemporain dans la représentation des femmes quadragénaires d’aujourd’hui. En cela, le long-métrage a réussi son défi de fixer Bridget Jones dans un contexte qui a autant évolué qu’elle a mûri depuis qu’on l’a quitté, tout en justifiant la transformation qu’elle a subit durant ce laps de temps. Mais qu’en est-il de sa nouvelle (més)aventure amoureuse ? Sur ce point, on peut affirmer que Bridget Jones n’a pas changé d’un poil, en ce sens que son cœur hésite toujours entre passion et sécurité. Sur un schéma finalement similaire à celui du diptyque initial, la comédie romantique se construit sur un triangle amoureux… qui se révèle être tout à fois l’intérêt principal et la limite de ce film. Parce que Renée Zellweger a beaucoup perdu de l’énergie qu’elle pouvait donner à son personnage (elle a vieilli aussi, c’est inévitable), la première partie n’est au fond plaisante que grâce au pur plaisir de la retrouver et au pouvoir d’identification qu’elle véhicule, ce qui ne pourrait pas fonctionner sur le long terme (L’âge de raison l’a prouvé). Fort heureusement, la rencontre entre ses deux amants deviendra l’élément à la fois comique et mélodramatique le plus fort que Bridget Jones Baby ait à nous proposer et qui va assurer son succès.

Même si, face à l’inénarrable Colin Firth, Hugh Grant a cédé sa place de riche beau gosse fantasmatique à la star de Grey’s Anatomy Patrick Dempsey (à noter d’ailleurs que son absence est habilement justifiée), l’alchimie fonctionne à merveille. En cela, ce troisième chapitre de la franchise Bridget Jones est un modèle dans cette volonté d’utiliser de vieux pots pour faire la meilleure des soupes à laquelle Hollywood s’accroche désespérément depuis des années. Sans jamais sombrer dans la facilité de la simple redite, ce scénario prouve qu’il n’est pas nécessaire de se montrer à tout prix original pour que les effets tragicomiques fonctionnent, à la condition que le sujet et le genre soient maitrisés. En l’occurrence, que la réalisatrice du cultissime Bridget Jones’s Diary reprenne les commandes assure à certains passages d’être tout aussi mémorables que cette inoubliable course-poursuite en culotte qui marquait, à la fin du premier opus, la déclaration d’amour de Bridget à son cher Mark Darcy. C’est le cas de l’hilarante scène de l’arrivée à l’hôpital dans laquelle la complémentarité des deux hommes trouve son sens. S’achevant sur une fin ouverte, qui nous laisse un éventuel quatrième épisode toujours plus piquant, cette comédie romantique du meilleur cru parvient à redonner au personnage de Bridget Jones le statut qu’elle mérite, celui d’icône intemporel de la culture pop.

Bridget Jones Baby : Bande-annonce

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Bridget Jones Baby : Fiche technique

Réalisation : Sharon Maguire
Scénario : Emma Thompson et Dan Mazer, d’après les personnages de Helen Fielding
Interprétation : Renée Zellweger (Bridget Jones), Patrick Dempsey (Jack Qwant), Colin Firth (Mark Darcy), Jim Broadbent (Mr. Jones), Emma Thompson (Dr. Rowlins)…
Photographie : Andrew Dunn
Montage : Melanie Oliver
Direction artistique : David Hindle et Jonathan Houlding
Décors : Roya Fraser et Sara Wan
Création des décors : John Paul Kelly
Costumes : Steven Noble
Musique : Craig Armstrong
Production : Working Title Films, Universal Pictures
Budget : 35 000 000 $
Producteurs : Tim Bevan, Eric Fellner et Debra Hayward
Co-producteur : Jane Robertson
Distributeurs : StudioCanal
Durée : 123 minutes
Genre : Comédie, Romance
Date de sortie : 5 octobre 2016

Grande-Bretagne – 2016

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Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

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