Tamara, un film de Alexandre Castagnetti : Critique

Même s’il est conçu avec une vraie envie de moderniser le sous-genre, Tamara ne réussit pas à éviter la naïveté inhérente à son propos et au public visé.

Synopsis : Jour de rentrée en seconde pour Tamara, 15 ans. Elle espère que ses complexes liés à son surpoids vont s’estomper mais se retrouve à nouveau sujet de moqueries. Heureusement, elle retrouve sa copine Jelilah, avec qui elle décide de se lancer dans la chasse aux garçons. Elle tombe sous le charme de Diego, le beau gosse de la classe. Le plan drague se transforme en pari compliqué.

T + D = <3

« Grosse », « grosse », « grosse ». Le mot est répété au moins cinq fois dans les premières minutes du film, pour bien s’assurer que le physique un peu potelé de la jeune actrice devienne la caractéristique première de son personnage. Il faut bien admettre que les rondeurs d’Héloïse Martin sont loin du physique ventripotent de l’héroïne des bandes-dessinées de Zidrou et Darasse. Evidemment, son image photoshopée sur l’affiche a fait bondir tous les fans de cette BD culte, alors que, telle qu’elle apparait dans le film, Héloïse Martin ne correspond pas au diktat des canons de la beauté. Et pourtant ses kilos en trop sont trop peu handicapants pour que la voir ainsi qualifiée ne risque de décupler les complexes de nombreuses jeunes filles souffrant réellement de surpoids. Car c’est là le nœud du film : Parler à ces adolescentes mal dans leur peau sans risquer de les froisser. L’adolescence est un passage difficile, cela tout le monde le sait, et en faire un énième long-métrage n’aurait pas eu le moindre intérêt s’il n’avait pas été l’adaptation des aventures de cette célèbre lycéenne dodue. Le pari était donc d’autant plus délicat.

On pouvait légitimement craindre ce passage au format filmique, tant la précédente réalisation d’Alexandre Castagnetti, Le Grimoire d’Arkandias, fut un échec artistique assez inquiétant. Et pourtant, à la condition de fermer les yeux sur ce choix de casting discutable, ce teen-movie n’est peut-être pas aussi rose bonbon que ce que son affiche laisse craindre. Le chanteur de la Chanson du Dimanche a cette fois visé un public un poil plus âgé, et on sent aisément qu’il s’est fait plaisir pour l’occasion. Son goût pour les mises en scène clipesques trouve d’ailleurs sa pleine expression dans la scène d’ouverture, très inspirée des tubes de hip-hop girly. A plusieurs reprises, le réalisateur s’est même autorisé des audaces stylistiques, dont une scène parodiant Gravity ou encore un passage musical dans lequel il se permet d’apparaître dans la peau du chanteur.  Cette envie de liberté par rapport aux comédies romantiques édulcorées pour gamines partageant l’âge de Tamara, on le retrouve aussi le ton des dialogues qui peut parfois être assez cru. Sexe, drogue et omniprésences des réseaux sociaux, Castagnetti a compris comment fonctionne cette génération qu’il dépeint et qu’il vise. Pourtant, malgré ces éléments traités avec un rare réalisme, le scénario ne peut s’empêcher de sombrer dans un grand nombre de clichés.

Autour de Tamara, toutes les figures routinières du film de lycée féminin sont réunies, des petites pestes à la tête à claques en passant par les profs à la fois autoritaires et bienveillants. Il va de soi que le matériau d’origine (dont presque tous les personnages sont assez fidèlement exploités) n’y est pas pour rien, mais sa variation cinématographique ne va faire qu’amplifier leurs traits de caractère les plus stéréotypés. Le cœur même de l’intrigue, qui est la relation amoureuse Tamara et Diego (Rayane Bensetti), reste de bout en bout dans les rails de la comédie romantique la plus classique. Evidemment, cette romance, et les difficultés qu’elle va rencontrer, qu’il s’agisse des jalousies ou du blâme parental qu’elle suscite, a pour finalité de démontrer que ce qu’il y a de plus dur reste de surmonter ses complexes pour assumer sa vie amoureuse et sexuelle, et grâce à l’humour avec lequel il est amené, ce message  parvient à ne pas se faire trop pesant. Dans ce microcosme étudiant, le personnage le plus attachant est très certainement celui de la confidente à la gouaille bien huilé, un rôle ô combien caricatural dans lequel on se plait à retrouver la pétillante Oulaya Amara, la révélation de Divines.

Si le quotidien de ces jeunes souffre quelque peu de la caractérisation poussive de ces personnages secondaires, le film parvient à tisser une seconde histoire d’amour, qui se révèle mieux écrite que celle que vit le rôle-titre. Il s’agit de celle qu’entretiennent la mère de Tamara (Sylvie Testud) et Chico, son nouveau petit-ami (Cyril Gueï). Les thématiques abordées dans cette sous-intrigue assurent le cachet « mature » du film, celui-là même qui devrait lui permettre d’être partagé en famille. Tel est d’ailleurs aussi le but assumé de la présence de quelques comédiens populaires, à commencer par un Bruno Salomone irrésistible dans ses quelques scènes dans la peau du père ultra-narcissique. Finalement, la véritable qualité de cette adaptation est justement d’avoir su s’affranchir du format de la bande dessinée, qui est celui d’une série de gags, pour parvenir à construire une dramaturgie, certes classique mais qui tient la route sur la longueur. A l’inverse, son plus gros défaut est inévitablement celui de beaucoup de films de ce genre, à savoir son extrême bien-pensance. Aucun des sujets abordés ne l’est avec une once de subversion mais ils sont au contraire toujours pensés pour apparaître comme un modèle à son jeune public. Il est ainsi fort probable que les parents se plairont à voir leurs enfants devant un tel spectacle, mais il est difficile d’envisager que Tamara parvienne à séduire des spectateurs plus âgés que ces adolescentes qui se reconnaîtront dans son personnage principal. Un film de niche très limité donc.

Tamara : Bande-annonce

Tamara : Fiche technique

Réalisation : Alexandre Castagnetti
Scénario : Alexandre Castagnetti d’après la bande-dessinée de Zidrou et Darasse
Interprétation : Héloïse Martin (Tamara), Rayane Bensetti (Diego), Sylvie Testud (Amandine), Oulaya Amamra (Jelilah), Bruno Salomone…
Photographie : Yannick Ressigeac
Montage : Thibaut Damade
Décor : Patrick Dechesne, Alain Pascal Housniaux
Musique : Alexandre Castagnetti, Clément Marchand
Production : Gaelle Cholet, Guillaume Renouil
Société de production : Gazette et compagnie
Distribution : UGC
Durée : 100 minutes
Genre : Comédie romantique
Date de sortie : 26 octobre 2016

France – 2016

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Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

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